INERRANCE BIBLIQUE ET PERFECTION DE LA BIBLE (par: David Vincent)

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INERRANCE BIBLIQUE ET PERFECTION DE LA BIBLE

Je vous propose de continuer cette série de réflexions sur l’inspiration et l’interprétation de la Bible en abordant un sujet délicat, celui de l’inerrance biblique. Dans la présentation de mon blog, j’ai eu l’occasion d’exposer mes objectifs. Devant un sujet si sensible, je me permets de les rappeler ici :

Ce blog s’adresse avant tout à des personnes (chrétiennes ou non) cherchant à mieux comprendre la Bible pour mieux connaitre Dieu. Cela suppose donc d’abandonner certains préjugés pour laisser place au texte lui-même, replacer dans son contexte. Par ailleurs, pour que la discussion puisse être profitable, il faut que les personnes qui souhaitent intervenir le fasse dans un état d’esprit positif et surtout prennent le temps de lire complètement l’article. Je me permets d’insister sur ce point, car j’ai remarqué que, d’une manière générale mais surtout sur ce sujet en particulier,un certain nombre de personnes étaient particulièrement promptes à intervenir sans prendre le temps de lire ce que j’écrivais, ce qui entrainait souvent des réponses au mieux « hors sujet », au pire agressives.

Définition des termes et du sujet

La doctrine de l’inerrance biblique, confondue avec l’infaillibilité, est actuellement considérée comme fondamentale par beaucoup d’évangéliques. Elle a notamment été réaffirmée lors de la déclaration de Chicago.

L’inerrance biblique est une doctrine qui affirme que,  la Bible étant la Parole de Dieu , celle-ci est donc, « dans les manuscrits originaux, » préservée de toute erreur, théologique bien sûr, mais aussi historique et « scientifique ». Cette position se distingue donc de la doctrine de l’infaillibilité, qui considère au contraire que la Bible n’est infaillible que sur les questions théologiques, mais que cette infaillibilité ne s’étend pas aux domaines de l’histoire et « des sciences ».

Les partisans de l’inerrance biblique seront désignés dans cet article sous le nom d’ « inerrantistes » ou « fondamentalistes », sachant qu’aucun de ces termes n’a de connotation péjorative, puisqu’historiquement ce sont les « fondamentalistes » eux-mêmes qui se sont donnés le nom de « fondamentalistes » et non leurs adversaires.

Dans cet article, j’aimerais revenir plus précisément sur trois de leurs affirmations :

  1. Les chrétiens ont toujours cru à l’inerrance biblique. Cette doctrine n’a été remise en cause que par le libéralisme théologique apparu au XIXe siècle.
  2. La remise en cause de l’inerrance biblique est une remise en cause de l’autorité de la Bible
  3. La remise en cause de l’inerrance biblique est dangereuse pour la foi

Après avoir discuté ces trois points, je terminerai en expliquant pourquoi, selon moi, il est préférable de parler d’une « Bible parfaite » ou de « perfection biblique » plutôt que d’inerrance biblique.

Doctrine historique ou invention tardive ?

Le premier argument en faveur de l’inerrance biblique est la perpétuité de cette doctrine. On entend souvent dire que les chrétiens auraient toujours cru en l’inerrance biblique, et que celle-ci n’a été remise en cause que par les théologies libérales issues des Lumières. Un tel argument a sans aucun doute un poids considérable et m’a longtemps fait réfléchir.

Au tout début, j’ai cru à cette idée puis, au cours de mes études, j’ai eu l’occasion de travailler sur la littérature chrétienne ancienne et plus particulièrement sur les commentaires bibliques. C’est en étudiant ces textes que je me suis aperçu qu’aucun de ces auteurs anciens ne croyait en l’inerrance biblique. Au contraire, ceux-ci n’avaient absolument aucune difficulté à admettre que les récits bibliques puissent contenir des erreurs historiques et ils n’hésitaient pas à corriger celles-ci.

Les Pères de l’Eglise

Les Pères de l’Eglise ne pouvaient pas adhérer à l’inerrance pour deux raisons

1)  La première c’est qu’ils utilisaient comme texte biblique de référence la Septante et non le texte hébreu. Cela peut paraître anodin, mais cela remet en cause le fondement même de l’inerrance biblique. L’inerrance biblique affirme que le texte original est sans erreur, Cependant, en traduisant la Bible de l’hébreu en grec, les auteurs de la Septante ont modifié de nombreux passages en apportant des corrections historiques ou théologiques, voire même « scientifiques ». C’est la meilleure preuve qu’eux-mêmes ne considéraient pas le texte hébreu original comme inerrant. Or, deux points importants doivent être relevés. Premièrement, les chrétiens, ou au moins les docteurs de l’Eglise, étaient au courant de ces modifications, plusieurs passages de leurs écrits l’attestent très clairement. Deuxièmement, ils ont accepté de prendre ce texte modifié comme texte de référence. L’argument avancé pour justifier cette décision, et qui en tant qu’évangéliques devrait nous faire réfléchir, est la fidélité aux apôtres qui avaient déjà pris le texte de la Septante comme texte de référence.(1)

2) La deuxième raison qui empêche les Pères de l’Eglise d’adhérer à l’inerrance biblique est leur théorie de l’inspiration, essentiellement issue d’Origène, qui distinguait différents sens de l’Ecriture (2). Pour appuyer le fait que les Pères de l’Eglise croyaient en l’inerrance, on extraie souvent quelques citations hors contexte où les Pères semblent affirmer que la Bible est sans erreur. Mais en examinant le contexte de ces citations, on s’aperçoit que les Pères de l’Eglise affirmaient que la Bible était infaillible non dans son sens littéral, mais dans son sens allégorique. Et bien loin de nier les erreurs qui pouvaient exister dans le sens littéral, ils y voyaient au contraire une preuve de l’existence et de la primauté du sens allégorique ! Ainsi les Pères distinguaient l’infaillibilité de la Bible et l’inerrance biblique. La Bible était infaillible dans le sens où elle était un fondement sûr de la foi, à condition de la lire avec l’Esprit. En revanche, cette infaillibilité ne s’étendait pas aux données historiques ou « scientifiques ».

Et les Réformateurs ?

Que pensaient les Réformateurs de tout cela ? Pendant longtemps, même après avoir découvert la position des Pères de l’Eglise, je pensais que l’inerrance biblique était apparue au cours du Moyen Age et qu’elle avait été adoptée par l’Eglise catholique (jusqu’à Vatican II) (4) et j’étais prêt à concéder aux inerrantistes que les Réformateurs avaient repris cette doctrine et étaient donc de leur côté.

Cependant, un certain nombre de lectures récentes m’amènent de plus en plus à douter de cette position. Si je pense toujours que l’inerrance biblique s’est bien développée durant la période scolastique médiévale, j’ai de plus en plus de doutes concernant sa reprise par les Réformateurs, au moins certains d’entre eux. Après avoir commencé à étudier les écrits de certains Réformateurs, notamment Martin Luther, Jean Calvin et Théodore de Bèze, je ne pense plus qu’ils adhéraient à l’inerrance biblique. Au contraire, leur position me semble beaucoup plus proche de la mienne. Toutefois, je préfère attendre d’avoir lu complètement leurs œuvres avant de publier des articles sur cette question. (5)

L’autorité de la Bible dans la vie du croyant

Le deuxième argument consiste à dire que la remise en cause de l’inerrance biblique entrainerait une remise en cause de l’autorité de la Bible, ce qui conduirait notamment à une attitude de désobéissance envers Dieu.

Je pense de mon côté que ces deux choses sont tout à fait séparées et que le vrai problème de l’obéissance ne se situe pas là. Je traiterai aussi cette affirmation en deux points.

Fondamentalisme et obéissance

Tout d’abord, la première chose à souligner, c’est que l’adhésion à l’inerrance biblique n’implique pas nécessairement une vie d’obéissance à Dieu, bien au contraire. Un simple coup d’œil sur l’histoire nous montre que beaucoup de chrétiens fondamentalistes ont eu un comportement absolument contraire à l’Evangile et se sont servis de la Bible pour le justifier.

Un exemple tout simple : la convention Baptiste du Sud (6). Les Baptistes du Sud sont aujourd’hui la plus grande dénomination protestante américaine, mais beaucoup de gens oublient ses débuts et le pourquoi de sa création. A l’origine, cette convention avait été créée par les pasteurs baptistes qui refusaient l’abolition de l’esclavage et l’égalité entre les Blancs et les Noirs. Pendant la guerre de sécession, tous ces pasteurs baptistes se sont unanimement rangés derrière l’armée esclavagiste du Sud et ont présenté cette guerre comme une « guerre sainte », n’hésitant pas à écrire des livres pour défendre bibliquementl’esclavage et l’inégalité des races.

Plus récemment, on peut rappeler que le Ku Klux Klan, dans sa deuxième version, était majoritairement composé de WASP (White Anglo-Saxon Protestant). Il y avait bien sur des « protestants de tradition », mais aussi de nombreux protestants convaincus qui croyaient réellement en Dieu, en la Bible, … et en son inerrance. Cela ne les empêchait pas de se livrer à tous leurs crimes. Enfin terminons en signalant qu’aujourd’hui, le Klu Klux Klan, qui n’est heureusement plus qu’un groupuscule minoritaire, est encore dirigé par un pasteur fondamentaliste.

Fondamentalisme et violence

Sans tomber dans ces extrêmes, j’ai aussi pu constater que cette croyance rend très facilement agressif, en particulier lors des débats doctrinaux. L’explication de cette attitude est assez simple. En assimilant la Parole de Dieu à la Bible, puis la Bible à leur propre interprétation de la Bible, ils en viennent finalement à élever, sans s’en rendre compte, leur propre interprétation de la Bible au rang de Parole de Dieu. De fait, ne pas être d’accord avec eux, c’est ne pas être d’accord avec Dieu.

Ainsi des questions qui peuvent paraître assez anodines ou concerner des sujets compliqués, qui demandent beaucoup de prudence, peuvent très vite dégénérer en véritable pugilat.

Bien évidemment, en disant cela, je ne veux pas généraliser. Il y a aussi, et heureusement, des personnes qui peuvent croire à l’inerrance biblique et manifester véritablement l’Evangile et les fruits de l’Esprit (douceur, tempérance, etc.) dans leur comportement. Ce que je veux souligner, c’est que ces deux points, l’inerrance biblique et une réelle vie chrétienne, ne sont pas liés et croire en l’inerrance biblique ne garantit absolument pas de mener une vie conforme à l’Evangile. L’obéissance à Dieu est avant tout une attitude de cœur. Celui qui ne veut pas obéir trouvera toujours une raison pour ne pas le faire.

L’inerrance biblique et la foi chrétienne

La dernière question concerne le rapport entre l’inerrance biblique et la foi chrétienne. Je suis bien conscient que l’adhésion à l’inerrance biblique est liée à une volonté sincère d’être fidèle à l’enseignement de Jésus et qu’en défendant l’inerrance biblique, les inerrantistes ont la réelle conviction de défendre la Bible. Toutefois, je pense aussi qu’on peut être sincère, mais sincèrement dans l’erreur et qu’en réalité la doctrine de l’inerrance est dangereuse pour le christianisme.

Une telle affirmation peut paraître extrême. Même sans y adhérer on peut se demander en quoi l’inerrance peut-elle être dangereuse ? A mon sens, elle est dangereuse tout simplement parce que si cette croyance se révèle fausse, elle peut être une cause de chute, car elle met le chrétien devant une fausse alternative.

Assez récemment, j’ai eu l’occasion d’étudier la « crise moderniste » durant laquelle l’inerrance a été discutée au sein de l’Eglise catholique. Ce qui m’a particulièrement frappé, ce sont les causes qui ont amené un certain nombre de catholiques, comme Ernest Renan ou Alfred de Loisy, à perdre la foi. Ils n’ont pas perdu la foi parce qu’ils ont constaté certaines erreurs dans la Bible. Ils ont perdu la foi parce que l’Eglise, sans répondre à leurs remarques, se contentait de répéter que cela n’était pas possible. Sans examiner sérieusement les objections soulevées, l’Eglise campait sur une position intransigeante qui était tout simplement indéfendable lorsqu’on étudiait les textes avec soin. La seule réponse possible étant la « politique d’autruche «  : se cacher la tête pour éviter de voir les problèmes.

Autruche

Or ce même problème se retrouve aujourd’hui dans certaines franges du monde évangélique. Ainsi, il n’y a pas si longtemps, j’ai pu lire mot pour mot ceci sur un site évangélique :

  1. Soit la Bible est infaillible dans tous les domaines
  2. Soit elle n’a aucune valeur

En réduisant le choix à ces deux alternatives, les défenseurs de l’inerrance causent de grands dommages, car si la personne s’aperçoit que la proposition 1) est fausse, alors elle basculera  dans l’opinion 2)

Ce « faux choix » est d’autant plus problématique que les inerrantistes évangéliques reproduisent exactement les mêmes erreurs que l’Eglise catholique au moment de la crise moderniste. Ils affirment haut et fort que la Bible est inerrante et pour appuyer cela, outre quelques versets sortis de leurs contextes, inventent des fausses contradictions qu’ils résolvent (« technique de l’homme de paille »), mais refusent toujours de s’attaquer aux « vrais problèmes ». Lorsqu’on leur propose de discuter de ces vrais problèmes, la réponse est toujours la même : « je n’ai pas le temps ». Une telle attitude est tout simplement désastreuse sur le long terme, et illustre parfaitement ce que les sociologues appellent le « paradoxe des conséquences ».

En sociologie, on parle de « paradoxe des conséquences », lorsque notre action aboutit au contraire de notre intention. L’intention des inerrantistes est de valoriser la Bible pour défendre son autorité. Mais en soutenant une position insoutenable, ils aboutissent au résultat contraire. En réalité, je pense que le fondamentalisme est le meilleur allié du libéralisme qu’il prétend combattre.

Inerrance biblique et rabbinisme

Un deuxième danger de l’inerrance est que cette doctrine pousse à déformer le sens du texte biblique. Pour résoudre les « contradictions apparentes », on en vient à inventer toutes sortes de théories totalement aberrantes qui permettent de concilier ces « contradictions apparentes ».

Les rabbins avaient déjà su faire preuve d’une grande imagination. Un exemple qui m’a toujours fait sourire est le cas de l’adultère de David avec Bethsabée. Le texte biblique affirme très clairement que David a commis un adultère avec Bethsabée. Mais en même temps, l’auteur du Psaume 51, que la tradition considère comme la prière de repentance de David après son adultère, affirme, s’adressant à Dieu : « J’ai péché contre toi seul, et j’ai fait ce qui est mal à tes yeux, en sorte que tu seras juste dans ta sentence, sans reproche dans ton jugement. »

Affirmation étonnante de la part de quelqu’un qui vient de commettre un adultère et de faire assassiner le mari ! Le minimum serait quand même de reconnaître dans ce cas qu’il a péché contre Dieu, mais aussi contre ce pauvre Urie. Pour résoudre ce problème, les rabbins ont donc inventé une théorie très ingénieuse pour expliquer qu’en réalité David n’a jamais commis d’adultère avec Bethsabée, même si le texte biblique prétend explicitement le contraire.

Ce cas peut paraître caricatural, mais les fondamentalistes évangéliques savent faire aussi bien. Du côté évangélique, une belle illustration de ce genre de pratiques nous est fournie par les théories concernant les récits de la résurrection. Au lieu de reconnaître honnêtement que les récits des différents évangiles présentent entre eux des divergences, on en vient à élaborer des théories complètement farfelues pour tenter de les concilier. Ce genre d’élucubrations, qui ne convaincra que les convaincus, tend plus à décrédibiliser le christianisme qu’autre chose. Par ailleurs, en prenant l’habitude de déformer les passages historiques pour gommer les divergences, on risque très vite, sans s’en rendre compte, de se mettre à faire la même chose pour les textes doctrinaux.

La perfection de la Bible

Cela veut-il dire que la Bible n’est pas parfaite ? Au contraire, j’affirme haut et fort le contraire. La Bible est parfaite, car la manière dont elle est conçue lui permet de remplir idéalement le rôle pour lequel elle a été conçue. Je résumerai cela en deux points

  1. La Bible est suffisamment fiable pour qu’on puisse croire à son témoignage (Luc 24 : 27)
  2. Mais la Bible n’est pas inerrante pour ne pas faire d’ombre à la personne dont elle rend témoignage, et qui est la seule véritable « Parole de Dieu » (Jean1 : 1)

La fiabilité de la Bible

D’une part la Bible est suffisamment fiable pour rendre témoignage de la personne de Jésus de Nazareth. Ce point sera développé plus en détail dans une prochaine série, j’évoquerai donc simplement deux idées :

-Une fiabilité de la transmission : Les textes de la Bible sont les mieux transmis, et sans comparaison aucune, de l’Antiquité. Cela est particulièrement vrai pour le Nouveau Testament, les nombreuses traductions, copies et citations, font que grâce à nos méthodes de critique textuelle, nous pouvons connaître avec certitude le texte original. Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas des divergences, mais ces dernières sont parfaitement repérables dans le texte et, la plupart du temps, n’ont de toute façon aucune incidence sur le sens du texte.

-Une fiabilité du contenu: Le contenu est aussi fiable d’un point de vue historique. De nombreux indices internes, mais aussi des preuves externes (découvertes archéologiques, récits d’historiens païens, etc.) viennent confirmer l’historicité des récits bibliques.

 La Parole de Dieu : Jésus de Nazareth (7)

Cependant, elle n’est pas infaillible car elle n’a pas vocation à remplacer la Parole de Dieu faite chair : Jésus. En effet, contrairement à d’autres religions, le christianisme ne conçoit pas la Parole de Dieu comme un Livre mais comme un Homme. Les Ecritures rendent témoignage de la Parole de Dieu, mais ne sont pas un synonyme de « Parole de Dieu ».

Lorsque Jésus s’apprêtait à quitter ses disciples il leur a promis de leur envoyer l’Esprit. Le danger de l’inerrance biblique est de remplacer l’Esprit par la Bible. Cette doctrine a explicitement été formulée dans ce qu’on appelle le « cessationisme » : les dons de l’Esprit, dont parle l’apôtre Paul, n’étaient valables que pour la génération apostolique, en attendant justement que la Bible soit achevée. L’achèvement de la Bible a rendu obsolète ces dons. Ainsi, la Bible a remplacé les manifestations de l’Esprit. (8)

Inerrance biblique et orgueil

Enfin, je pense que la non-inerrance est aussi là pour nous préserver de l’orgueil. J’ai particulièrement été frappé de voir comment dans certains débats,notamment sur la théorie de l’évolution, cette doctrine pouvait rendre les chrétiens orgueilleux. Parce qu’ils sont persuadés de détenir la vérité, les chrétiens ne se soucient même pas de l’avis des différents spécialistes mais se pensent habilités à se prononcer sur toutes les questions, y compris (surtout ?) celles qu’ils ne maitrisent pas. Or, il me semble que cette attitude est fondamentalement contraire au principe « de l’esprit corporatif » véhiculé par l’Evangile. Cependant, cette question mériterait d’être davantage creusée et j’espère l’approfondir dans les semaines ou les mois à venir, afin de partager mes réflexions avec vous.

Conclusion

Les problèmes de l’inerrance

Pour résumer brièvement, je pense que la doctrine de l’inerrance comporte deux faiblesses majeures.

a) La première c’est qu’elle est basée sur un présupposé anachronique, au moins pour l’Ancien Testament, En effet, la doctrine de l’inerrance biblique affirme que les textes bibliques sont inerrants dans leurs manuscrits originaux. Cela suppose donc l’existence d’un manuscrit original pour chaque livre qui aurait été ensuite continuellement copié sans changement par les différents scribes. Si une telle idée peut être acceptée pour le Nouveau Testament, elle  n’a aucun sens pour les périodes précédentes comme je l’ai expliqué dans un article précédent.

b) Par ailleurs, la doctrine de l’inerrance n’est défendable qu’en restant dans le domaine de la spéculation. Mais dès lors qu’on aborde les problèmes concrets et qu’on en vient à des passages précis, les inerrantistes désertent massivement la discussion et laissent les questions sans réponse. Ce refus de traiter les problèmes est une position insoutenable sur le long terme.

Les conséquences de l’inerrance biblique

L’adhésion à l’inerrance biblique peut entrainer deux problèmes principaux :

a) Un mauvais fondement de la foi qui peut conduire à la perte de celle-ci. En remplaçant Christ par la Bible et en pensant que l’inerrance biblique est indispensable au christianisme, le chrétien se place en grand danger puisque la découverte d’éléments invalidant l’inerrance biblique peut alors très vite le conduire à la perte de la foi chrétienne. En revanche, une foi fondée directement sur Christ ne peut pas être ébranlée.

b) L’orgueil et la violence. Tous les inerrantistes, et heureusement (!), ne sont pas orgueilleux et violents, mais un survol historique et mon expérience personnelle m’ont montré que cette doctrine était très favorable au développement de ces deux sentiments pour les raisons que j’ai explicitées un peu plus haut.

Le chrétien face à la Bible

Enfin, en conclusion, je dirai que face à la Bible, chaque personne peut avoir deux attitudes :

  1. L’aborder avec des préjugés et tordre les textes pour les adapter à nos préjugés. Ces préjugés peuvent être aussi bien des préjugésfondamentalistes (la Bible ne peut pas faire d’erreurs historiques) quelibéraux (les miracles sont impossibles)
  2. Aborder le texte tel qu’il se présente à nous et essayer de comprendre pourquoi Dieu l’a voulu ainsi.

C’est cette deuxième option que j’ai choisie. Je termine donc en disant que je n’adhère pas à l’inerrance biblique, non parce que celle-ci aurait été impossible, non parce que je doute des miracles, mais parce qu’une étude approfondie des textes contredit cette position et que s’il en est ainsi, ce n’est pas que Dieu a mal fait les choses, mais simplement qu’Il n’a pas voulu que la Bible soit inerrante. Libre à nous de l’accepter ou de le refuser.

Note

(1) Pour plus de détails sur cette question, voir ma série d’articles sur la Septante :Sommaire des études sur la Septante, où j’illustre mes différentes affirmations par des passages très précis. Pour un exemple précis de modification textuelle reprise par les auteurs du Nouveau Testament, on peut signaler la citation d’Amos 9 dans le discours de Jacques. 

(2) Voir mon article sur les trois sens des Ecritures qui s’inspire de cette théorie, sans la reprendre totalemen

(3) Article à venir

(4) Au sein de l’Eglise catholique, la doctrine de l’inerrance a commencé à être remise en cause lors de la « crise moderniste », avec notamment les travaux de l’Ecole Biblique de Jérusalem. Elle a été définitivement abandonnée par les autorités ecclésiastiques après le concile Vatican II et le dernier catéchisme publié par le Vatican, le Youcat, approuvé par Benoît XVI, affirme expressément la non-inerrance de la Bible.

(5) J’espère avoir l’occasion dans les années à venir de rédiger un mémoire sur cette question. Si c’est le cas, je publierais les résultats de mes travaux sur ce blog

(6) Sur ce sujet, on peut consulter le livre de Sébastien Fath, Militants de la Bible aux Etats-Unis (2004), qui offre une première introduction et contient une bibliographie intéressante pour ceux qui veulent approfondir la question. Il a fallu attendre 1995 pour que la Convention se repente officiellement de son passé ségrégationniste.

(7) Voir mon article précédent : Religion du Livre et Parole de Dieu

(8) Une série d’articles sera consacrée à ce sujet

About David Vincent
Chrétien. Etudiant en histoire & sciences religieuses. Blogueur : didascale.com
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2 réflexions sur “INERRANCE BIBLIQUE ET PERFECTION DE LA BIBLE (par: David Vincent)

  1. Cher Monsieur,
    Je suis tombé sur votre blog via l’article d’hier sur le monisme qui expose des vues dont je me sens proche. Votre parcours m’a intrigué, et j’ai immédiatement cherché à déterminer vos vues sur l’inspiration – réflexes liés aussi bien à mes actuelles recherches doctorales qu’à de précédentes expériences sur d’autres blog.
    Vous avez certainement raison concernant la non corrélation entre inerrantisme et vie chrétienne cohérente. Il ne me semble pas, toutefois, que l’arrogance soit leur apanage, et il n’y a orgueil de linterprète dans cette perspective que lorsqu’il confond son interprétation avec la parole-même de Dieu – ce qui n’est pas un pas nécessaire vous en conviendrez, tout comme vous conviendrez qu’il peut y avoir des inerrantistes courtois (j’espère en être).
    Concernant l’argument de la LXX chez les Pères, il me semble qu’il est superflu, pour la raison suivante :
    1) Les auteurs du NT utilisaient (la plupart du temps) l’une ou l’autre des recensions de la LXX,
    2) Les auteurs avaient une doctrine de l’inspiration de l’Ecriture qui soit impliquait l’inerrance, soit ne l’impliquait pas (je suis d’avis qu’elle l’impliquait). S’ils étaient inerrantistes, votre argument est superflu. S’ils ne l’étaient pas, votre argument l’est aussi, car les inerrantistes veulent l’être parce qu’ils croyaient que Jésus et ses apôtres mandatés par lui l’étaient tout autant.
    Enfin, sur Calvin, je vous laisse libre de votre interprétation, mais ma propre pratique du bonhomme me laisse penser que vous fourvoyez fortement sur l’interprétation du Réformateur de Genève – et toute la tradition réformée qui l’a constamment lu et relu s’accordera sur ce point avec moi (et le professeur Léonard ne m’a pas du tout convaincu de cette thèse)
    Ces points de détails passés en revue, après vous avoir lu de manière attentive, je n’arrive pas vraiment à déterminer votre position :
    – sur la non-inerrance : quels exemples d’erreurs caractérisés en tant que tels trouvez vous dans la Bible pour repousser l’idée d’inerrance ?
    – sur l’inspiration : qu’entendez-vous par ce terme ? Le texte est-il inspiré ou plutôt l’auteur ? Quels bénéfices l’inspiration confère-t-il au texte biblique par comparaison avec des textes non inspirés ?
    – sur l’Ecriture : considérez qu’elle est la parole-même de Dieu, ou seulement le compte-rendu (faillible) de la révélation (faillible ou infaillible) accordée par Dieu aux prophètes et apôtres ?
    Au final, je ne saisis visiblement pas votre doctrine de l’Ecriture. Seriez-vous prêt à la préciser pour vos lecteurs, qu’ils soient ou non évangéliques ?
    Un très grand merci,

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  2. — Bonjour.
    — Quand je lis ma version française de la Bible (la version Ostervald), je remarque plusieurs choses :
    * Une citation erronée de Malachie 3, 1 dans le Nouveau Testament (devant QUI Dieu envoie Son Messager ?) Et septante ou pas, Malachie 3, 1 dit la même chose ! “Question bête” : pourquoi Dieu, qui ne change pas, aurait-Il tout-à-coup décidé d’envoyer Son Messager (Jean-Baptiste) devant un Autre que Lui ?
    * Quand je lis Genèse 15, 6 en pensant à la signification française de “croire à” qui veut dire “admettre l’existence”, je me dis que c’est très mal approprié au contexte. Abram croyait à l’existence de l’Éternel car Celui-Ci lui parlait presque tous les jours ! Mais jusqu’à ce passage, il ne croyait pas que l’Éternel disait vrai quant à sa descendance : il ne prenait pas l’Éternel au mot ! Du coup, je préfère lire :
    Genèse 15, 6 : «Et Abram crut l’Éternel (sans “à” !), qui lui imputa cela à justice.»
    — C’est mieux approprié au contexte de ce passage, non !?… Et dans tout le Nouveau Testament, de nombreux passages où il est écrit “croire en” peuvent très bien se lire “croire” !
    — Voici les trois significations :
    * Croire à, c’est admettre l’existence.
    * Croire en, c’est faire confiance.
    * Croire, c’est tenir la chose pour vraie, prendre au mot celui qui dit et expose cette chose.
    — Or, “question bête” : comment peut-on avoir confiance si on ne tient pas ce que l’Autre dit pour vrai, si on ne Le prend pas au mot ?
    — Un autre passage qui pose problème : Jean 1, 1-2. Dans le texte grec, Jean a utilisé une transposition qui n’est rendue dans aucune de nos versions françaises, sauf celle d’Olivétan ! Et pour avoir osé traduire ainsi, en pleine inquisition catholique, Olivétan est mort empoisonné ! De plus, le mot grec traduit par “avec” dans ces deux versets est PROS, ce qui veut dire, entre autres sens, “à” ! Expression courante dans notre langage où on dit fréquemment, “La parole est À Untel”, n’est-ce pas !?… On ne dit pas “La parole est avec Untel” : ça n’a pas de sens !
    — De sorte que je préfère lire :
    Jean 1, 1-2 : «Au commencement était la Parole, et la Parole était à Dieu, et Dieu était la Parole. Elle était au commencement à Dieu.»
    — Voyez-vous : c’est avec de petites modifications comme celle-là, qui se remarquent à peine, que le diable réussit à obscurcir l’intelligence de nombreux chrétiens qui, en général, ne demandent pas à l’Auteur de la Parole Son Avis et soutiennent “mordicus” que ce que le Nouveau Testament dit est vrai et sans erreur !
    — Si vous demandez à Dieu Son Avis concernant Sa Parole écrite, croyez-moi : vous aurez une toute autre vision de Dieu car la Bible rend témoignage de Dieu.
    — Cordialement, au Nom du Seigneur Jésus-Christ !

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