Une rétractation honorable et digne

RETRACTATIO : SOYEZ DES ARTISANS DE PAIX. A PROPOS DE MON DERNIER ARTICLE SUR CHARLIE HEBDO

Quelques heures après la tuerie de Charlie Hebdo, j’ai publié un article sur le sujet qui a suscité beaucoup de réactions. Comme certains ont pu le constater, j’ai finalement décidé de retirer l’article en question, qui devenait beaucoup trop polémique, et j’aimerais brièvement vous expliquer pourquoi. Pour cela, je reviendrai d’abord sur ce qui m’a conduit à rédiger l’article, avant d’évoquer les principes que je n’ai pas respectés et les erreurs que j’ai commises.

Je suis Charlie

Immédiatement après l’attaque contre Charlie Hebdo, une vague de soutien s’est déclenchée avec le slogan « Je suis Charlie ». Ce slogan a en particulier été repris par plusieurs chrétiens sur Facebook et cela m’a quelque peu dérangé. C’est ce qui m’a décidé à écrire cet article où j’ai abordé deux questions :

  1. la question de la compassion humaine et de sa variabilité
  2. le rapport du chrétien à la liberté d’expression

Les règles oubliées

Cependant en écrivant cet article j’ai enfreint plusieurs principes que je m’étais fixé :

  1. Ne pas écrire sur un « sujet d’actualité », car ce n’est pas le but du blog
  2. Ne pas publier précipitamment : j’ai écrit et publié l’article en quelques heures, alors que d’habitude j’attends plusieurs jours, voire plusieurs semaines !

Ce non respect des principes et cette absence de recul m’ont conduit à commettre plusieurs erreurs que je regrette.

Les erreurs commises

Tout d’abord j’ai manqué de cohérence en tombant dans plusieurs travers que je prétendais dénoncer. Je voulais distinguer l’acte en lui-même (la tuerie que je condamne fermement) et l’instrumentalisation de celui-ci, car c’est cette instrumentalisation qui me dérangeait. Néanmoins, d’une certaine manière, j’ai aussi instrumentalisé cet acte puisque je m’en suis servi pour lancer plusieurs débats.

Par ailleurs, je reprochais aux gens une réaction trop émotionnelle, mais là encore mon article portait ce défaut : j’ai immédiatement réagi sans prendre le temps de la réflexion.

De plus, le ton de mon article était parfois inadéquat. Dans le but de susciter le débat, j’ai volontairement été plus provocateur que d’habitude, par le choix de l’image, mais aussi par l’utilisation de certains termes, et je le regrette. D’une part, parce que de manière générale ce n’est pas mon style d’écriture, d’autre part parce que dans cette situation précise, avec des morts, cela était particulièrement inapproprié.

Certaines formulations ont aussi été maladroites et pouvaient laisser penser que je prônais une certaine « concurrence victimaire » qui conduisait à minimiser ce drame, alors que je voulais plutôt encourager les gens à regarder aussi ce qui se passe ailleurs. A titre d’exemple, je viens à l’instant d’apprendre l’exécution de deux journalistes tunisiens par la branche libyenne de l’Etat islamique.

Un mauvais choix

J’en viens maintenant au dernier point, qui me semble être le plus important. Au-delà de ces propos excessifs, je pense que ma grande erreur est d’avoir mal choisi l’occasion. Je voulais profiter de cet évènement pour lancer des débats qui me paraissaient, et qui me paraissent toujours, importants.

Toutefois, avec un peu de recul, je ne pense pas que cette situation dramatique se prêtait réellement à cela. Le choc était encore trop grand pour qu’on puisse discuter sereinement de ces questions et d’une certaine manière mon article a été contre-productif.

Beaucoup de personnes ont apprécié mon article et m’ont apporté leur soutien, mais d’autres ont réagi violemment, et au final il n’y a pas eu de réelles discussions. Chacun restait sur ses positions sans qu’il y ait d’échange. Je ne peux donc pas dire que l’objectif soit atteint et je pense que cela est entièrement de ma faute.

Des artisans de paix

Enfin, cet article devenait beaucoup trop polémique et ce n’est pas vraiment le but de mon blog. Par ailleurs, il a été une cause de chute pour un certain nombre de personnes, ce qui est un contre-témoignage chrétien. L’objectif de ce blog est de réfléchir sur la foi chrétienne, aux doctrines et aux pratiques. Si les sujets abordés étaient directement en rapport avec cela et constituent des exemples très concrets (qui est mon prochain ? que penser de la liberté d’expression ?), le contexte était beaucoup trop tendu pour un débat serein, et j’en suis entièrement responsable.

Mon erreur est d’avoir voulu « profiter » de cet évènement tragique pour lancer des débats, et je regrette cela. Je pense que j’aborderai à nouveau ces sujets, mais plus tard et d’un point de vue plus théorique, sans les lier à des évènements réels.

En attendant, je laisse place au recueillement pour les victimes de cette tuerie et sur mon blog, je reviendrai aux séries prévues (prédestination, personne de Jésus, etc.) 

Conclusion

Enfin, j’aimerais terminer avec trois points :

  1. Remercier ceux qui m’ont apporté leur soutien et ceux qui ont manifesté leur désaccord avec des remarques constructives, ce qui m’a permis de comprendre les erreurs que j’avais commises.
  2. Demander pardon à ceux qui ont été choqués.
  3. Préciser à ceux qui m’ont insulté, que je ne leur en veux aucunement. Je comprends qu’ils aient pu être blessés, et je regrette cela car ce n’était pas le but.
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Charlie Hebdo: Obésité médiatique morbide, Junk News et opportunisme de la nouvelle

La polémique en simultané des événements

Si j’ai publié cet article de David Vincent dans l’article qui va suivre celui-ci, ce n’est pas pour alimenter une polémique, mais pour démontrer que, parfois, nous faisons des erreurs et que, plutôt que de se camper dans l’orgueil, on reconnaît sa juste part des torts. L’article que David Vincent avait publié récemment sur la tragédie du Charlie Hebdo et qui fut repris par le site de Actu-chrétienne.net, ne m’a pas du tout choqué et je demeure persuadé que l’auteur de l’article était rempli de bonnes intentions. Toutefois, les bonnes intentions ne suffisent pas dans certaines situations, pour le moins, assez particulières, comme cette tragédie qui frappe l’imaginaire collectif français et dont la plaie vient tout juste d’être ouverte de façon béante. L’article a provoqué moultes réactions des plus cinglantes envers David Vincent sur le site d’Actu-chrétienne.net (https://actualitechretienne.wordpress.com/2015/01/08/david-vincent-les-journalistes-de-charlie-hebdo-ne-sont-pas-des-martyrs-de-la-liberte-dexpression/comment-page-3/#comment-194387). Les insultes ont fusées de toutes parts et au final, rien de constructif n’en est ressortit dans tous ces « échanges chrétiens », L’article en soit était loin d’être mauvais, mais il n’était pas approprié dans le contexte actuel d’une tragédie comme celle qui a frappé le Charlie Hebdo, mais en plus, nous venons d’apprendre la mort de six personnes, dont quatre otages et les deux djihadistes en cavale. D’ailleurs, j’en profite pour souligner que beaucoup trop d’articles sur le sujet ont été publié dernièrement, alors que le drame venait tout juste de se produire, que les cadavres étaient encore chauds et que la police française en étaient aux balbutiements d’une traque qui vient tout juste de se terminer, quelque part autour de 19:30, heure de Paris.

Big Brother et notre obésité médiatique morbide

Il semble y avoir eu opportunisme médiatique à travers tous les réseaux sociaux de qui allait produire la meilleure nouvelle « Home Made ». Il y a probablement une prise de conscience et une introspection à faire en ce moment, car en plus des nouvelles en boucles 24/24, nous avons une multitude d’apprentis journalistes-blogueurs qui se préoccupent de l’actualité en publiant presque simultanément la nouvelle en compétition avec les médias traditionnels. Il y a un certain danger que j’y perçois dans toute cette accessibilité de la nouvelle, et c’est ce que j’appelle « le syndrome de l’actualité morbide », mais aussi de la torsion de l’information. Le risque d’avoir la mauvaise information dans tout ce flot de nouvelles sur le même sujet, est grand. Bien entendu, nous avons « Big Brother » qui a filmé chaque scène de la tragédie, par le téléphone cellulaire d’un « No Body » qui va publier immédiatement la tragédie qui se déroule sous ses yeux et y trouver son compte auprès des nombreux internautes qui cliquent sur sa chaîne youtube. Instantanément, notre Big Brother du moment passe soudainement de l’anonymat à la reconnaissance publique majeure. C’est ça maintenant la toute nouvelle dynamique de l’information au 21 ième siècle. Cependant, il s’agit d’un moment figé dans le présent et qui dure souvent quelques minutes ou même, quelques secondes. Puis, on recherche un autre acteur de cette omniprésence « Big Brotherienne » afin de savoir le « avant » et le « après » et si possible, un autre angle du « pendant » de l’événement. Et finalement, on retrouve une multitude de publications de vidéastes amateurs dont le son et l’image ne sont pas toujours clairs et bougent en même temps, mis on se régale de toute ces informations amateurs. Je reconnais que ce type de médias peut être très utiles, mais nous sommes devenus si voyeurs et si passifs devant nos écrans de télécommunications que c’est à se demander si on ne se nourrit pas à la fin de « junk news »,..

La sagesse de publier ou non et le « quand »

Certains l’auront appris à leurs dépends et à la dure, comme ce fut le cas pour David Vincent et qui ne mérite aucunement toutes les insultes qui lui ont été dirigées. Il faut relativiser les choses toutefois devant cette vague d’insultes. Les événements viennent d’ouvrir grand une plaie, et l’émotion collective est très vive. Il ne s’agit que d’un commentaire mal formulée même bien intentionné, puis on se rencontre qu’il aurait été préférable de demeurer silencieux, peu importe la qualité de notre article. Personnellement, j’ai préféré me tenir en périphérie de la tragédie pour rédiger un article de manière plus générale, tout en oubliant pas au passage d’offrir mes condoléances aux familles des victimes et des français. Comme croyant, je prône un certain recul avant de réagir et ne pas se servir de l’actualité du moment pour ouvrir des débats à chaud. Ce recul permet de mieux réagir lorsque le contexte nous le permet et le même article peut être mieux reçu à ce moment-là.

En conclusion

Gardons-nous de réagir dans l’immédiat lorsqu’un événement tragique survient. Contentons-nous de démontrer notre soutient et notre compassion, car c’est aussi notre témoignage qui en dépend. Parfois, nous nous laissons emporter par nos émotions et c’est un choix volontaire que nous faisons en agissant ainsi. Il faut donc être disposé à en assumer les conséquences. Par contre, j’ai beaucoup aimé le tout dernier article de David Vincent qui a fait amande honorable en présentant sincèrement ses excuses, pour avoir offensé plusieurs personnes. Il a aussi répondu de manière noble aux critiques constructives, faisant preuve de sagesse, puis il n’a jamais répliqué aux insultes dont il faisait l’objet.