Je ne peux plus m’assoir en compagnie de Dieu

Paul Ohlott / Je ne peux plus m’asseoir en compagnie de Dieu !
PAR RÉDACTION le 18 NOVEMBRE 2014 • ( 161 )
« La moquerie, ce n’est pas de Dieu ! »… Voilà une phrase que j’ai dû entendre des milliers de fois. Malheur à moi qui essaie de dire certaines vérités avec une causticité parfois saupoudrée d’une légère onction d’ironie.
J’ai découvert il y a peu la raison de cette causticité incontrôlable lorsque je cherche à faire un peu de nettoyage dans les délires spirituels, toujours aussi florissants… En effet, il paraît que « les savons sont généralement caustiques ». Bref, je ne vais pas entrer dans les détails du processus de saponification, mais visiblement, il faut un peu de causticité pour nettoyer efficacement.

Lorsque les chrétiens s’indignent de ce qu’ils perçoivent chez moi comme étant de l’infâme moquerie, ils me citent toujours le psaume 1, où il est écrit : « Heureux qui ne suit pas les conseils des gens sans foi ni loi, qui ne s’arrête pas sur le chemin de ceux qui se détournent de Dieu, et qui ne s’assied pas avec ceux qui se moquent de tout ! ». Il y a un détail intéressant dans ce passage, mais avant de m’y pencher, j’ai poursuivi la lecture des psaumes jusqu’à tomber sur le psaume 59 v 9, où nous lisons cette parole qui semble réjouir le coeur du psalmiste : « Mais toi, Eternel, tu te ris d’eux, tu te moques de toutes les nations ».

Et là, je me suis interrogé… vais-je pouvoir encore m’asseoir en compagnie de Dieu, vu qu’il semble lui aussi être un moqueur patenté. Plus encore, vais-je pouvoir encore lire les psaumes, puisque le psalmiste se montre complice de Dieu en se réjouissant d’assister à la moquerie divine…

Et c’est alors que j’ai décidé d’éteindre mes a priori évangéliques et d’allumer mon cerveau. Un flot de questions survint instantanément : existerait-il différents types de moqueries ou différents degrés dans la moquerie ? Et si tel est le cas, ne faut-il pas dépasser l’apparence (le propos moqueur) pour aller voir en profondeur l’état d’esprit et la légitimité d’user de moquerie (ce qui est complexe sur internet, car on perçoit difficilement le véritable ton employé par la personne qui écrit un commentaire et Dieu sait que la tonalité a toute son importance dans un échange entre deux personnes) ? Est-ce que l’intention (disposition de coeur et objectif visé) qui se cache derrière le propos perçu comme moqueur, ne serait pas in fine plus importante que la moquerie en tant que telle ?…

Submergé par toutes ces questions, un détail du psaumes 1 m’interpelle… Le passage nous donne un élément de réponse édifiant. Ce verset condamne un type de moqueur bien particulier : « celui qui se moque de tout ». Le psaume 1 n’interdit pas la moquerie en soi, mais le moqueur qui « se moque de tout » et notamment de Dieu, puisque le contexte du psaume 1 parle des gens « sans foi ni loi » qui « détournent de Dieu » ! Et effectivement, Galates 6v7 rappelle bien la condamnation de cette moquerie dénoncée dans le psaume 1 : « Ne vous y trompez pas: on ne se moque pas de Dieu. Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi ».

Me voilà rassuré ! En effet, ma moquerie n’est jamais tournée contre Dieu (la crainte de Dieu étant le commencement de la sagesse…) et elle ne détourne aucunement les gens de Dieu, du moins dans l’intention (nul n’est parfait et on peut tous commettre des erreurs). Bien au contraire, cette moquerie ou cette causticité que je revendique, s’en prend aux ennemis de Dieu : la religiosité hypocrite, les fausses croyances, les sectes, les loups, les faux ministères, les comportements délirants (y compris chez mes frères et soeurs évangéliques…)…etc.

Ceux qui sont restés en mode évangélique primaire (oups, un peu caustique cette expression), vont me rétorquer que je cherche à me justifier en jouant sur les mots, alors que la PAROLE DE DIEU EST LIMPIDE ET QUE LA MOQUERIE VIENT DU DIABLE. Bon… si toutes sortes de moqueries viennent du diable, Dieu a besoin de délivrance, mais en outre, s’il faut comprendre toute la Bible de manière littérale sans allumer son cerveau (alors que la Parole nous demande d’avoir une intelligence renouvelée dans l’Esprit et que Dieu nous a aussi créé avec un cerveau), cela signifie que l’Apôtre Paul est actuellement en enfer (ce qui, accessoirement, pose divers autres problèmes…). Eh oui ! Il ne vous a pas échappé, grands lecteurs de la Bible que vous êtes, que l’Apôtre Paul a traité ses frères de Galatie d’insensés et l’Apôtre Pierre d’hypocrite (en le moquant légèrement en public), alors que Jésus a été très clair : « Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d’être puni par les juges; que celui qui dira à son frère: Raca! mérite d’être puni par le sanhédrin; et que celui qui lui dira: Insensé! mérite d’être puni par le feu de la géhenne » (Matthieu 5 v 22)… Wow… chaud time pour l’Apôtre Paul !

Pour ceux qui veulent vérifier mes propos concernant l’Apôtre Paul, en voici les références : «O Galates insensés ! Qui vous a ensorcelés ? Pourtant, c’est une claire vision de Jésus-Christ mort sur la croix qui vous a été présentée» (Galates 3v1) ; «Comment pouvez-vous être aussi insensés ? Ce que vous avez commencé par l’Esprit de Dieu, voulez-vous l’achever maintenant par vos propres forces ? Avez-vous fait de telles expériences pour rien ? Il n’est pas possible que ce soit pour rien» (Galates 3v3) ; «quand Pierre vint à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement, parce qu’il avait tort. En effet, avant l’arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, il mangeait avec les frères non juifs. Mais après leur arrivée, il prit ses distances et cessa de manger avec les non-Juifs par peur des partisans de la circoncision. Les autres frères juifs se comportèrent aussi lâchement que Pierre, et Barnabas lui-même se laissa entraîner par leur hypocrisie. Quand j’ai vu qu’ils ne se conduisaient pas d’une façon droite, conforme à la vérité de la Bonne Nouvelle, j’ai dit à Pierre devant tout le monde : « Toi qui es Juif, tu as vécu ici à la manière de ceux qui ne le sont pas, et non selon la loi juive. Comment peux-tu donc vouloir forcer les non-Juifs à vivre à la manière des Juifs ?» (Galates 2 v 11-14)

Diantre !!! Il y a pire… bien pire… Jésus lui même a utilisé le mot « insensé » ! « Insensés que vous êtes ! Dieu qui a fait l’extérieur n’a-t-il pas aussi fait l’intérieur ? » (Luc 11 v 40). Pour sa défense, on peut arguer que ce sont pas vraiment ses frères étant donné qu’il s’adresse à des religieux… Mais est-ce vraiment recevable, étant donné qu’il est à noter que dans sa déclaration de Matthieu 5v22, il accorde du crédit au Sanhédrin (« celui qui dira à son frère: Raca! mérite d’être puni par le sanhédrin »). Alors Jésus va-t-il lui aussi se retrouver en enfer ?…

Que ceux qui veulent entendre, entendent… Pour les autres, ils peuvent toujours s’asseoir loin de moi, sur un autre banc… Mais pour ma part, je garde la compagnie de Dieu 🙂

Paul OHLOTT

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L’église à la carte

Depuis environ deux décennies, le mouvement évangélique ressemble à une famille éclatée, où chaque membre de la famille ne se sent plus concerné par les problèmes familiaux, suites aux récurrentes querelles qui l’assaillent pour toutes sortes de raisons, valables ou non. Comme dans les bonnes familles, on retrouve des membres qui ont abdiqués puis ont « quitté » le noyau familial, ne se sentant plus en faire parti. À mon avis, aucune querelle n’est insoluble, vu de l’extérieur, surtout si nous ne sommes pas concernés. Beaucoup décident de vivre leur foi en marge de l’église locale ou encore, assistent régulièrement ou non à des cultes le dimanche matin d’une assemblée à une autre ou dans une seule assemblée, mais sans pour autant s’y engager.

Personnellement, je ne suis pas friand de la notion d’église locale, pas tant pour son fonctionnement que sa sacralisation comme principe de vie chrétienne. L’église locale n’est pas le problème en soit, à condition qu’on réalise que ce n’est rien d’autre qu’un moyen pour parvenir à se réunir tous ensemble, sous le même dénominateur que nous sommes sensés avoir en commun, c’est-à-dire, cette foi que nous en avons en Christ et qui est un don de notre Seigneur dans sa grâce. J’ai toujours dénoncé son manque d’ouverture et de libéralité. Et j’entends par là autre chose qu’un ordre de culte bien défini où seuls, le pasteur et celui qui préside le culte ont le droit de parole. Bien entendu, je ne suis pas contre l’ordre et je ne favorise pas le « n’importe quoi », mais je pense que le culte, si on tient absolument à l’appeler ainsi alors que ce terme m’apparaît être mortifère, se doit d’être une fête. Oui, c’est un moment privilégié où nous sommes tous réunis ensemble. Cependant, l’Église évangélique, bien intentionnée et avec un historique dynamique, semble avoir oublié avec le temps qui passe, ainsi que les habitudes cultuelles et sa reconnaissance comme religion reconnue, que nous sommes des êtres de relations et d’émotions. Tout ce qu’on reprochait aux catholiques, nous le reproduisons un peu. Le même format de culte, un clergé qui prêche et décide de tout et parfois, de rien du tout. Il n’y a que les images, les vitraux et toutes formes de sculptures sensées représenter des personnages bibliques qui ne s’y trouvent pas. Mais l’ambiance, dans plusieurs assemblées, est tout aussi ennuyante.

De l’autre côté, vous avez les assemblées évangéliques qui sont très dynamiques, axées sur la louange et le bruit assourdissants des instruments, joués comme dans un concert donné par un groupe bien connu. Les messages donnés par le ou les pasteurs sont souvent de l’évangile à l’eau-de-rose, une sorte de psycho-pop, de positivisme où, en réalité, les vies ne sont pas transformées. Ces églises ne sont que de grosses organisations religieuses offrant un tas de services, comme un espèce de gros mail ou centre d’achats pour que vous y trouviez de tout, en autant que vous donnez votre dîme et votre offrande. Les messages concernant les finances, la dîmes et l’offrande sont récurrents dans ce type d’assemblées. Si les finances ont une place importante dans le fonctionnement, encore faut-il se rappeler que ce n’est qu’un moyen et non une fin, permettant de parvenir aux objectifs de notre assemblée. L’argent n’est pas le mal en soit, c’est toujours le cœur mal disposé qui est la source du mal.

Il y a de plus en plus d’assemblées qui mettent l’accent sur les « services », comme si elles copiaient les menus de restaurants. D’ailleurs, je suis toujours un peu abasourdis quand je vois un écriteau sur le parvis de l’église ayant pignon sur rue et qui décrit les heures de « services », avec une certaine forme de pub, évoquant en réalité les heures de cultes. L’impression vu de l’extérieur, c’est que l’église appartient à un clergé, un pasteur principal, et il nous offre un service. Je suis en voiture, j’ai faim, je m’arrête en voyant les quelques restaurants qui présentent leurs menus, visibles de l’extérieur, puis je choisis. C’est l’église à la carte, l’église qui me présentera un menu qui me plaira, qui me satisfera et qui comblera mes besoins. Je ne vais pas au restaurant pour servir, mais pour être servi. En échange du repas, je donne le prix à payer, puis je laisse aussi un pourboire, selon le bon service reçu. Voilà comment je perçois l’église d’aujourd’hui.

Ce n’est plus une famille comme nous le voyons auparavant. Les gens viennent et repartent. Ils ne se plaisent plus, ils quittent pour une autre. Nous sommes à la recherche de services différents, alors on cherche ailleurs. Qui mange toujours au même restaurant? On aime varier. Après tout, nous pouvons réclamer notre liberté d’expression de foi. Je suis chrétien né de nouveau, je n’ai aucune obligation ni de compte à rendre à qui que ce soit. Bref, l’individualité évangélique. Ou encore, je reste chez moi à faire du jus de pied dans mes souliers à regarder des cultes sur l’ordinateur, car je n’ai pas envie de me déplacer et je suis bien dans mon confort, robe-de-chambre et café chaud à la main. Mais où sont passées la chaleur humaine, la communion et la fraternité? Peut-être que l’introspection n’est pas que du côté de l’Église évangélique, mais aussi de chacun. Bien entendu, on peut se réunir autrement que dans une « église locale », mais le principe de s’unir ne devrait jamais être une option, sans vouloir imposer quoi que ce soit.

Beaucoup ont quitté les assemblées évangéliques. Déception, frustration, trahison, jugement, condamnation… Toutes ces raisons sont bonnes pour quitter l’assemblée, j’en conviens. Et les assemblées ont une responsabilité que, bien souvent, elles refusent d’assumer. Ça aussi c’est un véritable problème. Il y a fort à parier que l’on ne vous demande jamais pardon pour le mal que l’on vous a fait. Ça aussi c’est une injustice, mais habituez-vous, la vie chrétienne est parsemée d’injustices. C’est pour cela que les notions de grâce et de pardon furent données par notre Seigneur. Ne vous attendez pas à autant de la part des hommes et des femmes, même si ils sont nés de nouveau. L’option la plus facile, c’est de demeurer chez soi, éviter d’être en contact avec d’autres chrétiens, puis vivre une vie chrétienne sans grande valeur. Non, ce n’est pas une forme de manipulation de ma part pour vous inciter à aller dans une assemblée locale, je vous ai déjà dit que je ne suis pas friand de ce concept. Par contre, je suis un mordu du contact et du partage avec les frères et les sœurs en Christ, mais la plupart se trouvent dans les assemblées locales. Vous ne trouverez aucun menu d’église satisfaisant si vous recherchez ce qui vous plaît. La vie chrétienne en est une de sacrifice de soi et qui, au final, procure une vie remplie de joie!

Patrick Galarneau