L’église à la carte

Depuis environ deux décennies, le mouvement évangélique ressemble à une famille éclatée, où chaque membre de la famille ne se sent plus concerné par les problèmes familiaux, suites aux récurrentes querelles qui l’assaillent pour toutes sortes de raisons, valables ou non. Comme dans les bonnes familles, on retrouve des membres qui ont abdiqués puis ont « quitté » le noyau familial, ne se sentant plus en faire parti. À mon avis, aucune querelle n’est insoluble, vu de l’extérieur, surtout si nous ne sommes pas concernés. Beaucoup décident de vivre leur foi en marge de l’église locale ou encore, assistent régulièrement ou non à des cultes le dimanche matin d’une assemblée à une autre ou dans une seule assemblée, mais sans pour autant s’y engager.

Personnellement, je ne suis pas friand de la notion d’église locale, pas tant pour son fonctionnement que sa sacralisation comme principe de vie chrétienne. L’église locale n’est pas le problème en soit, à condition qu’on réalise que ce n’est rien d’autre qu’un moyen pour parvenir à se réunir tous ensemble, sous le même dénominateur que nous sommes sensés avoir en commun, c’est-à-dire, cette foi que nous en avons en Christ et qui est un don de notre Seigneur dans sa grâce. J’ai toujours dénoncé son manque d’ouverture et de libéralité. Et j’entends par là autre chose qu’un ordre de culte bien défini où seuls, le pasteur et celui qui préside le culte ont le droit de parole. Bien entendu, je ne suis pas contre l’ordre et je ne favorise pas le « n’importe quoi », mais je pense que le culte, si on tient absolument à l’appeler ainsi alors que ce terme m’apparaît être mortifère, se doit d’être une fête. Oui, c’est un moment privilégié où nous sommes tous réunis ensemble. Cependant, l’Église évangélique, bien intentionnée et avec un historique dynamique, semble avoir oublié avec le temps qui passe, ainsi que les habitudes cultuelles et sa reconnaissance comme religion reconnue, que nous sommes des êtres de relations et d’émotions. Tout ce qu’on reprochait aux catholiques, nous le reproduisons un peu. Le même format de culte, un clergé qui prêche et décide de tout et parfois, de rien du tout. Il n’y a que les images, les vitraux et toutes formes de sculptures sensées représenter des personnages bibliques qui ne s’y trouvent pas. Mais l’ambiance, dans plusieurs assemblées, est tout aussi ennuyante.

De l’autre côté, vous avez les assemblées évangéliques qui sont très dynamiques, axées sur la louange et le bruit assourdissants des instruments, joués comme dans un concert donné par un groupe bien connu. Les messages donnés par le ou les pasteurs sont souvent de l’évangile à l’eau-de-rose, une sorte de psycho-pop, de positivisme où, en réalité, les vies ne sont pas transformées. Ces églises ne sont que de grosses organisations religieuses offrant un tas de services, comme un espèce de gros mail ou centre d’achats pour que vous y trouviez de tout, en autant que vous donnez votre dîme et votre offrande. Les messages concernant les finances, la dîmes et l’offrande sont récurrents dans ce type d’assemblées. Si les finances ont une place importante dans le fonctionnement, encore faut-il se rappeler que ce n’est qu’un moyen et non une fin, permettant de parvenir aux objectifs de notre assemblée. L’argent n’est pas le mal en soit, c’est toujours le cœur mal disposé qui est la source du mal.

Il y a de plus en plus d’assemblées qui mettent l’accent sur les « services », comme si elles copiaient les menus de restaurants. D’ailleurs, je suis toujours un peu abasourdis quand je vois un écriteau sur le parvis de l’église ayant pignon sur rue et qui décrit les heures de « services », avec une certaine forme de pub, évoquant en réalité les heures de cultes. L’impression vu de l’extérieur, c’est que l’église appartient à un clergé, un pasteur principal, et il nous offre un service. Je suis en voiture, j’ai faim, je m’arrête en voyant les quelques restaurants qui présentent leurs menus, visibles de l’extérieur, puis je choisis. C’est l’église à la carte, l’église qui me présentera un menu qui me plaira, qui me satisfera et qui comblera mes besoins. Je ne vais pas au restaurant pour servir, mais pour être servi. En échange du repas, je donne le prix à payer, puis je laisse aussi un pourboire, selon le bon service reçu. Voilà comment je perçois l’église d’aujourd’hui.

Ce n’est plus une famille comme nous le voyons auparavant. Les gens viennent et repartent. Ils ne se plaisent plus, ils quittent pour une autre. Nous sommes à la recherche de services différents, alors on cherche ailleurs. Qui mange toujours au même restaurant? On aime varier. Après tout, nous pouvons réclamer notre liberté d’expression de foi. Je suis chrétien né de nouveau, je n’ai aucune obligation ni de compte à rendre à qui que ce soit. Bref, l’individualité évangélique. Ou encore, je reste chez moi à faire du jus de pied dans mes souliers à regarder des cultes sur l’ordinateur, car je n’ai pas envie de me déplacer et je suis bien dans mon confort, robe-de-chambre et café chaud à la main. Mais où sont passées la chaleur humaine, la communion et la fraternité? Peut-être que l’introspection n’est pas que du côté de l’Église évangélique, mais aussi de chacun. Bien entendu, on peut se réunir autrement que dans une « église locale », mais le principe de s’unir ne devrait jamais être une option, sans vouloir imposer quoi que ce soit.

Beaucoup ont quitté les assemblées évangéliques. Déception, frustration, trahison, jugement, condamnation… Toutes ces raisons sont bonnes pour quitter l’assemblée, j’en conviens. Et les assemblées ont une responsabilité que, bien souvent, elles refusent d’assumer. Ça aussi c’est un véritable problème. Il y a fort à parier que l’on ne vous demande jamais pardon pour le mal que l’on vous a fait. Ça aussi c’est une injustice, mais habituez-vous, la vie chrétienne est parsemée d’injustices. C’est pour cela que les notions de grâce et de pardon furent données par notre Seigneur. Ne vous attendez pas à autant de la part des hommes et des femmes, même si ils sont nés de nouveau. L’option la plus facile, c’est de demeurer chez soi, éviter d’être en contact avec d’autres chrétiens, puis vivre une vie chrétienne sans grande valeur. Non, ce n’est pas une forme de manipulation de ma part pour vous inciter à aller dans une assemblée locale, je vous ai déjà dit que je ne suis pas friand de ce concept. Par contre, je suis un mordu du contact et du partage avec les frères et les sœurs en Christ, mais la plupart se trouvent dans les assemblées locales. Vous ne trouverez aucun menu d’église satisfaisant si vous recherchez ce qui vous plaît. La vie chrétienne en est une de sacrifice de soi et qui, au final, procure une vie remplie de joie!

Patrick Galarneau

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