Réfugiés syriens: et nous au Québec que ferons-nous?

C’était hier, en journée, alors que je réfléchissais à toute cette masse de migrants africains mais surtout, de ces syriens qui fuient la guerre, la désolation, mais pas le traumatisme engendré par toutes ces horreurs, que je me suis posé cette question.

Lorsque j’observe tout ce qui se passe en Europe, avec ces centaines de milliers, voir même, un nombre qui pourrait se calculer en millions de réfugiés, que je me demande ce que nous ferons en tant qu’églises au Québec. Les premiers ministres au Canada, Stephen Harper comme chef conservateur du Canada et ses homologues provinciaux, dont ceux du Québec et de l’Ontario qui pressent le pas pour que l’on accueille des migrants syriens, sont en discussions à ce sujet. Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, propose que le Québec accueille sa large part de réfugiés syriens.

Toutefois, ce sujet épineux pose quelques problèmes. D’abord, nous sommes en pleine campagne électorale fédérale et les sondages ne sont plus aussi favorables pour les conservateurs de Stephen Harper, qui convoite un troisième mandat d’affilé, bien qu’il soit légèrement en tête. Et cette avance, il le doit, entre autre, à la question de la sélection des migrants qui seront potentiellement accueillis dans notre beau et grand pays. Les prétendants au pouvoir, Justin Trudeau chef libéral du Canada, ainsi que Tom Mulcair, chef du NPD (Nouveau Parti Démocratique) du Canada, se sont engagés à retirer les troupes canadiennes d’Irak et ainsi, à ne plus combattre ISIS (Daech) s’ils sont élus. Dans le cas de Trudeau, il propose davantage une aide sur le terrain pour former les troupes directement impliquées.

Nous savons que le Canada est directement impliqué dans cette guerre contre le terrorisme. Stephen Harper désire consolider la présence de l’armée canadienne dans les régions touchées par la crise humanitaire en Syrie et en Irak, combattant avec la coalition internationale contre le califat auto-proclamé d’ISIS. Le pays est divisé à ce sujet, car cette implication de notre armée signifie, pour beaucoup de nos concitoyens canadiens, un risque potentiel d’être visé par des attentats terroristes de cellules dormantes un peu partout à travers le pays. Or, c’est sur cette corde sensible de la peur que Trudeau et Mulcair grugent des intentions de vote au détriment des conservateurs. Le pays a toujours été divisé en deux grandes idéologies bien distinctes:

  • humanistes: le Québec et l’Ontario sont davantage pour l’émancipation de l’individu, donc, les programmes sociaux sont en tête de listes lorsque les électeurs sont appelés à voter. Ils sont plus réfractaires devant un état interventionniste et ils perçoivent de l’ingérence dans la vie de l’individu lorsque le gouvernement canadien impose ses lois et ses implications armées à l’internationale, sauf si c’est pour le maintient de la paix (les casques bleus). Dans les deux cas, l’attachement à la reine d’Angleterre n’est qu’un vieux symbole archaïque dont on devrait se défaire.
  • étatiques: tout l’ouest canadien est traditionnellement conservateur et en faveur de lois qui régentent la vie des citoyens canadiens d’est en ouest du pays pour un meilleur vivre ensemble. Le communautarisme prime sur l’individualisme. La figure d’autorité qu’est la reine d’Angleterre est symbolisé et représenté par le gouvernement canadien. C’est une idéologie qui tend vers l’interventionnisme de l’état, tant dans dans le pays qu’en-dehors.

La crise syro-irakienne est donc, actuellement, au coeur de la campagne électorale fédérale canadienne et divise le pays en deux. Il est difficile de gérer cette crise dans un tel contexte, car le processus de migration et de sélection de migrants arrive à un moment où des décisions doivent être prises, mais peut-être en pleine passation des pouvoirs gouvernementaux si ce pouvoir doit changer de mains cet automne.

L’autre problème consiste à savoir où seront répartis tous ces migrants et comment les intégrer dans une culture aussi ambivalente que la nôtre. Le biculturalisme canadien, qui, autrefois, consistait en un problème linguistique de cette dualité entre le français et l’anglais, peut faire en sorte que ces migrants, qui arriveront sous peu, adopteront une attitude peu encline face à la culture canadienne. Ce qui pourrait avoir comme résultat, une ghettoïsation de ces groupes, qui préféreront se retrancher en communautés, demeurant parmi nous, mais dans une communauté distincte et repliée. Bien que cela se produirait sans doute dans une culture unie, les probabilités de retranchement à l’intérieur de notre pays se voient décuplées.

Et enfin, que se passera-t-il si nous avons un gouvernement minoritaire? Comment seront accueilli les migrants dans un tel cas? Comment viendra-t-on en aide directement à ces personnes traumatisées, qui ont tout perdu et qui furent dans l’obligation de tout abandonner derrière elles? Combien parmi eux justifieront l’entrée de leurs familles demeurées encore dans leur pays dévastés? Ce processus risque de s’échelonner sur plusieurs années. Et encore: ces gens doivent se nourrir, se loger et payer des impôts. Avons-nous suffisamment d’emplois pour toute cette main-d’oeuvre qui arrive comme un cheveux sur la soupe? Et si on leur trouve du travail, quels types d’emplois pouvons-nous leur garantir et pour combien de temps? Nous constatons en Europe, en France, plus particulièrement, un taux de chômage très élevé et implicitement, une radicalisation de plusieurs français d’origine maghrébine. Lorsque l’employabilité n’est pas au même diapason que sa main-d’oeuvre, les risques de révoltes sont bien présentes, surtout si ce manque affecte des communautés plus que d’autres.

Dans le prochain article, je veux aborder l’implication éventuelle de nos églises au Québec, concernant cette crise migratoire.

Patrick Galarneau

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