La masturbation est-elle péché? (2ième partie)

Introduction

Dans le premier article, nous avons vu que l’acte est le symptôme manifeste de ce qu’il y a dans le coeur. D’ailleurs, c’est le coeur qui est placé au banc des accusés devant Dieu et non l’action en soit. C’est notre coeur qui nous condamne. Lorsque Ève convoita le fruit défendu, le péché fut déjà engendré avant même qu’elle le prenne dans sa main. Les actions sont simplement les preuves évidentes de la disposition de notre coeur.

Qu’en est-il alors de la masturbation?

Le geste de la masturbation en répugne plus d’un. Il semble en totale incompatibilité avec une vie sanctifiée en Christ. Je comprends que pour plusieurs chrétiens, la masturbation puisse être difficilement compatible. Depuis toujours, grâce à notre héritage religieux, les hommes et les femmes éprouvent de la honte devant ce Dieu qui a encore cette image du Dieu sévère ou méchant, ou encore, attristé par le moindre de nos faits et gestes condamnés par l’Église catholique. Nous avons été longtemps maintenu dans l’ignorance, dans la peur des tourments de l’enfer, par la manipulation de l’obscurantisme religieux qui nous contraignait à une obéissance servile sans droit de réplique ni d’esprit critique. Dans une telle perspective, Dieu pourrait être présenté comme un habile manipulateur, comme le Diable a toujours cherché à le présenter. Les manipulateurs utilisent la manipulation et la peur. Ils isolent leurs victimes pour mieux les soumettre et avoir un plein contrôle sur elles. La sexualité est si intime et personnelle, qu’elle est sujette à bien servir la manipulation de l’obscurantisme religieux et y imposer le joug de la honte. Cette honte contraint la victime à se soumettre et s’en remettre pleinement à ses bourreaux.

Désir sexuel

Le tout premier commandement de Dieu aux êtres vivants c’est: MULTIPLIEZ-VOUS ET SOYEZ FÉCONDS. Ce n’était pas un commandement dans lequel nous pouvions obéir ou désobéir, il s’agit d’un commandement intrinsèque. Autrement dit, Dieu a inscrit l’identité sexuelle et le désir d’y propager la vie, dans l’être vivant, qu’il soit animal ou humain. Dieu a alors donné une identité et une raison à la vie. Le désir sexuel est le moteur de la vie pour l’homme et la femme. Ce désir est intimement lié à la volonté de Dieu d’y propager la vie, le désir étant intrinsèque, et le motif raisonnable pour se multiplier. Sans ce désir, point d’humanité. Dieu est un Dieu vivant. Le Dieu des vivants. Il est donc normal et intrinsèque à la personne même de Dieu que la vie y soit multipliée. Ce désir est en accord avec l’identité sexuelle que Dieu a inscrit dans l’être humain. Il a inscrit la pensée de l’éternité (Ecc.3.11). En effet, l’homme n’est pas né pour lui-même, mais pour les générations futures, dont il est garant. Pour se faire, il propage sa lignée, conformément à cette volonté intrinsèque qui fut placé par Dieu au tout début.

Le désir sexuel ne peut donc être réservé qu’à ceux et celles qui sont en unions, puisque cela s’inscrit dans l’identité même de la nature humaine, voulue par Dieu. Cette identité se révèle très tôt dans dans le développement de chaque être humain. Le désir sexuel apparaît en même temps que la maturation physique, prêt et disposée à la procréation et la multiplication de la vie. Si l’acte sexuel est destiné à la multiplication de la vie, Dieu y a ajouté l’ingrédient ultime qui motivera chaque être humaine à obéir à ce commandement intrinsèque placé en lui de manière naturelle. Le désir apparaît donc inévitablement avant son union avec l’autre personne de sexe complémentaire, qui procurera donc une génération subséquente. S’il n’y a pas ce désir comme moteur, il n’y a donc pas de raison de s’unir ni de se multiplier. Le désir s’inscrit donc dans l’être humain, puis dans le processus relationnel intime.

Et le célibataire?

Comme le désir n’apparaît pas au moment de l’union, mais bien avant, Tous ont alors éprouvés le désir sexuel avant l’engagement ultime. Il serait donc hypocrite et contradictoire de tenter de supprimer son désir, dans un prétendu objectif de pureté et de piété religieuse. Le désir est présent tôt dans le développement de l’être humain, qu’il soit homme ou femme. Le célibataire qui a recourt à la masturbation met en évidence deux choses essentielles dans sa pratique solitaire:

1- son besoin relationnel

2- son besoin physique naturel et inscrit dans son identité par Dieu

Nombre de fois où j’ai lu et entendu que la masturbation était péché, sous prétexte que, par exemple, l’homme penserait à une femme au moment de s’y adonner. Cela est vu comme un péché, toujours en citant Mt.5.28. Or, nous avons expliqué ce passage dans l’article précédent. Lorsque l’homme a recourt à l’imagerie mentale pour sa stimulation sexuelle en solitaire, il exprime son désir relationnel avec une femme. La masturbation n’étant que le symptôme et le geste ultime qui exprime son besoin d’être en relation avec une femme, afin d’y exprimer pleinement son désir et son besoin d’être avec une femme. Dieu a dit: IL N’EST PAS BON QUE L’HOMME SOIT SEUL. Beaucoup de chrétiens qui proscrivent la masturbation, allèguent que, en Christ, nous avons tout ce dont nous avons réellement besoin. Donc, la masturbation n’est pas un besoin et doit être proscrite. C’est charnel et péché, car celui qui se masturbe a recours à un autre moyen que le Christ pour satisfaire son besoin, à la fois sexuel et relationnel. Mais cela est faux et met un joug inutile sur les croyants célibataires. Dieu a créé un complément: la femme. Mais celui qui est encore célibataire, n’est pas exempt de ce désir intrinsèque. Le sublimer ne va pas régler son problème. Il va plutôt en créer un autre. La masturbation n’est pas le problème. C’est son désir qui est le problème. Mais encore: le désir étant voulu par Dieu, est-ce véritablement le problème?

Je pense que le problème se situe à d’autres niveaux. D’abord, cet héritage de culpabilités inutiles. Cette image que l’on s’est fait de Dieu ou que les religieux nous ont présenté. La manière dont on nous a enseigné sur les aspects sexuels de la part de l’Église catholique. Voilà le véritable problème. Nous avons du mal à accepter que le désir sexuel est non seulement normal, mais qu’il a été voulu par Dieu. Mais les religieux et son obscurantisme qui lui est propre, ont décidé d’être plus purs que Dieu lui-même, comme si cela était possible. C’est bien de la fausse piété que de croire que l’on puisse sublimer le désir sexuel et se concentrer uniquement sur l’oeuvre de Dieu. Or, la sexualité et tout ce qui lui est inhérent, est justement l’oeuvre de Dieu. Lorsque le célibataire, homme ou femme, a recours à la masturbation, il manifeste son désir d’être en relation, conformément à cette volonté naturelle et voulue par Dieu, lorsque Dieu a dit: IL N’EST PAS BON QUE L’HOMME SOIT SEUL. Il est donc faux de prétendre que nous avons tout en Christ. Sur le plan spirituel, oui. Mais sur le plan humain, c’est faux. Nous avons été créé pour être en relation les uns avec les autres, et non seulement avec Christ.

Conclusion

Je ne cherche pas à choquer ceux et celles qui se privent volontairement de cet aspect, ni à les rendre coupables de faire ou ne pas faire, mais bien à mettre un éclairage sur cet aspect. Qu’en est-il des enfants en âge d’éveil sexuel? Allons-nous les empêcher d’avoir recours à la masturbation, alors qu’ils sont en âge de maturité physique pour procréer? Allons-nous les décourager de la vie chrétienne par toutes sortes d’impositions d’abstentions qui se traduisent de plusieurs manières, dont la masturbation, et ainsi, les voir s’éloigner? Et qu’en est-il de ces chrétiens sortis des assemblées, à cause de ces discours culpabilisateurs? Je crains que nous ayons éloigner plus de gens de Christ que nous en ayons rapprochés, avec de tels raisonnements

Patrick Galarneau

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La masturbation est-elle péché? 1ère partie

La question est récurrente, notamment par les célibataires, qu’ils soient de sexe masculins ou féminins. Si les hommes en parlent plus ouvertement, il y a encore un tabou persistant à ce sujet chez la gente féminine.

Dans l’union d’un homme et d’une femme, il est permis d’éprouver du désir sexuel et de s’y adonner dans ce cadre bien précis. Le mariage peut alors justifier le désir, la pratique et les pensées sexuelles sans que l’on ait à s’en sentir coupable. Pourtant, ce même désir existe chez le célibataire. Alors, pourquoi le célibataire n’aurait-il pas le droit de vivre son désir? Combien de fois ais-je lu et entendu, de la part de beaucoup de chrétiens, qu’ils cherchent à vaincre le péché de la masturbation! D’autres proscrivent avec force cette pratique qu’ils considèrent aux antipodes d’une vie de sanctification en Christ. Certains vont se faire violence, afin de cesser de se masturber, pour enfin vivre une vie conforme à ce qui serait exigé pour vivre une foi véritable en Christ.

Mais la masturbation est-elle le véritable problème?

Deux passages sont évoqués pour proscrire la masturbation et la placer dans la catégorie des péchés anti-chrétiennes:

  • Ge 38:8 Alors Juda dit à Onan : Tu connais ton devoir de proche parent du mort : tu dois donner une descendance à ton frère. Épouse donc sa veuve. 9 Mais Onan savait que l’enfant ne serait pas considéré comme le sien. C’est pourquoi, chaque fois qu’il avait des rapports avec sa belle–soeur, il laissait tomber sa semence à terre, pour ne pas donner d’enfant à son frère. 10 Cette conduite déplut au Seigneur qui le fit mourir lui aussi.
  • Mt 5:28 Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son coeur.

1- Dans le cas d’Onan, nous savons que ça n’a aucun sens ni de lien avec la masturbation. Longtemps, l’Église catholique s’est servi de ce passage afin de stigmatiser les populaces sous sa juridiction et la contraindre à une obéissance aveugle par la culpabilité et la peur de l’enfer. La masturbation était ciblée comme étant un vice abjecte et immoral. Cette culpabilité est demeurée longtemps, et le demeure encore pour beaucoup, comme un triste héritage bien ancré dans notre construction de pensée.

Pourtant, le contexte n’évoque en aucun cas un problème lié à la masturbation, mais bien au refus d’Onan d’offrir une postérité qui ne lui appartiendrait pas. Plutôt que d’obéir à ce que l’Éternel lui avait demandé, Onan a murmuré contre Dieu dans son coeur. C’est le coeur d’Onan qui était en cause ici, et non la masturbation. D’ailleurs, il s’agissait d’une relation sexuelle incomplète, selon la prescription de Dieu et non de s’être masturbé. Remarquez aussi qu’Onan et son frère décédé, étaient tous deux issus d’une relation adultère avec une femme cananéenne de la part de leur père, Juda. Canaan étant maudit par Dieu depuis Noé. Il serait alors probable qu’en réalité, Dieu ne cherchait pas nécessairement à multiplier les fils illégitimes de Juda, mais bien à mettre en relief leur coeur mauvais et non-inclinable vers la repentance et ainsi, l’impossibilité des fils de Canaan à devenir des enfants adoptifs de l’Éternel. Cet épisode fait la démonstration que la condamnation et la malédiction prononcée par Noé sur le fils de Cham, Canaan, était tout à fait justifiée et obtenant l’approbation de Dieu. Cette histoire est une instrumentalisation pour en faire la démonstration. Si Onan avait obéi de plein gré et avec un coeur disposé, la malédiction aurait pu prendre fin à ce moment. C’est une occasion ratée pour les cananéens de faire cesser la malédiction, malédictions dont ils n’avaient aucune conscience.

2- En ce qui concerne les paroles de Jésus, ceux qui proscrivent la masturbation par le passage de Mt.5.28, ont mis en relief un seul verset, le déracinant de son passage, afin d’imposer leurs propres scrupules comme moyens de contraintes. Car là où il y a quelqu’un quelque part qui est heureux, il y aura toujours quelqu’un quelque part pour le lui interdire. Le pire, c’est que ces proscripteurs osent affirmer que ceux et celles qui ont recours à la masturbation, sont des gens charnels qui n’ont pas compris la grâce et la sanctification en Christ. Ils font les fiers avec leurs prétendue piété où ils se pavanent en se faisant violence par l’abstinence de choses simples de la vie, comme si cela leur conférait un statut hiérarchique privilégié. Ils se sentent donc en mesure de démontrer leur grandeur spirituelle, d’imposer des jougs sur le dos de la majorité, puis de chercher à les soumettre à leurs principes religieux par la manipulation et la culpabilité. À l’époque de Jésus, ceux qui agissaient ainsi, c’était les pharisiens.

Mais regardez bien ce que Jésus déclare, par cette démonstration :

Luc 18.

9 ¶  (BFC) Jésus dit la parabole suivante à l’intention de ceux qui se croyaient justes aux yeux de Dieu et méprisaient les autres :

10  (BFC) Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l’un était Pharisien, l’autre collecteur d’impôts.

11  (BFC) Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui–même : O Dieu, je te remercie de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, mauvais et adultères ; je te remercie de ce que je ne suis pas comme ce collecteur d’impôts.

13  (BFC) Le collecteur d’impôts, lui, se tenait à distance et n’osait pas même lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine et disait : O Dieu, aie pitié de moi, qui suis un pécheur.

14  (BFC) Je vous le dis, ajouta Jésus, cet homme était en règle avec Dieu quand il retourna chez lui, mais pas le Pharisien. En effet, quiconque s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé.

Maintenant, que signifie le passage de Mt.5.28? Parle-t-il de la masturbation, comme le suggère nos proscripteurs?

  • D’abord, les rabbins affirmaient que les hommes qui n’avaient pas commis l’acte d’adultère, n’étaient pas trouvé coupables et étaient déclarés innocents. La loi ne pouvait que punir l’acte. La loi ne peut opérer aucune transformation du coeur. La notion d’adultère n’est pas le sujet de ce passage. Il s’agit d’une instrumentalisation de cette notion afin d’illustrer le propos de Jésus et mettre en relief une vérité incontournable. Jésus voulait montrer que devant les hommes, le coeur de l’homme ne pouvait être mis en évidence pour être punissable et que la loi avait ses limites. Or, si les hommes peuvent vivre une vie qui a toutes les apparences de pité devant les hommes, il n’en est pourtant pas ainsi devant Dieu. C’est le coeur de l’homme qui est mis sur le banc des accusés, car les actes ne sont que les symptômes manifestent de la disposition du coeur. Les pharisiens faisaient leurs actes de noblesse devant les hommes pour être reconnus de tous, mais Dieu connaissait leur état de coeur. Pendant ce temps, le simple citoyen juif, pécheur, ne recevait aucune considération ni aucune éloge de qui que ce soit pour son coeur juste. Mais au final, c’est Dieu qui est le juste juge et scrute les coeurs de tous et chacun. Ainsi, Jésus se sert de la notion d’adultère pour illustrer cette vérité.
  • L’adultère n’est pas de la fornication. L’adultère concerne le brisement d’un engagement qui nous lie à l’autre personne, une violation de cet engagement. La masturbation du solitaire ne viole aucun engament. Si Jésus a utilisé la notion de l’adultère pour illustrer son propos, c’est d’abord parce qu’on se cachait derrière l’absence d’acte pour se justifier de sa piété, puis aussi parce que Jésus connaissait les coeurs des accusateurs. En réalité, beaucoup de ceux qui accusent et condamnent les gens pris en adultères sont eux-mêmes adultères dans leurs coeurs, car ils désirent, mais ils sont freinés dans leurs élans par la peur du jugement, de la condamnation et d’être la risée de tous, eux qui accusent et qui seraient maintenant accusés. S’ils étaient certains de ne pas subir de conséquences, ils passeraient à l’acte assurément!

Maintenant que j’ai mis la table pour le sujet principal, je reviendrai dans un deuxième article pour traiter du sujet principal.

À bientôt.

Patrick Galarneau