Les fameux 5 ministères d’Éphésiens ch.4.11

Notes personnelles

D’abord, je rédige cet article pour le néophyte et non pour l’érudit. Je tente d’employer un langage simple, sans chercher à entrer dans la grande théologie ou l’analyse textuelle, afin d’être compris par tous. Alors oui, j’utilise des raccourcis et un langage accessible.

Introduction

Depuis que je suis chrétien, j’entends souvent parler de ces fameux 5 ministères que Dieu a donné à son Église. De même, je suis toujours étonné lorsque je consulte des théologiens sur le sujet et que ceux-ci croient que les églises locales avaient besoin de pasteurs-docteurs, selon l’article défini qui, d’après eux, relient les deux fonctions en une seule personne. D’un côté, tout cela me fait agréablement sourire, mais de l’autre, me fais sourciller, car il y a un fossé presque insurmontable pour changer la construction de pensée erronée de ces gens.

Voici donc le passage en question et qui, selon toutes vraisemblances, détermineraient l’ordre bien établit des ministères de l’Église:

Éph.4.11 (DRB) et lui, a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs

On ne tient pas compte du contexte historique et c’est une faiblesse éloquente parmi l’élite en théologie. On va plutôt faire approuver l’hypothèse de l’ordre hiérarchique selon:

  • d’autres passages, dont on ne tient pas non plus compte de leur contexte respectif
  • de présupposés théologiques, qui est une mauvaise formulation de départ dans l’interprétation et l’exégèse biblique
  • de la tradition religieuse, qui s’inscrit comme un héritage et et mur qui se dresse entre la pensée de l’auteur et ce qui est compris du lecteur ou du chercheur…

Le contexte

D’abord, dans certains cas, la rédaction se fit assez tôt après l’ascension de Christ, alors que pour d’autres, c’est venu plus tard. Et encore, certains écrivais du N-T se sont inspirés de d’autres écrivains du N-T, ce qui explique d’ailleurs certaines corrélations entre les textes, mais aussi des nuances et d’apparentes contradictions, mais qui s’expliquent par le fait que les écrivains n’avaient pas tous le même objectif ni le même lectorat.

Mais une chose est cependant certaine: Il s’agit d’un ordre chronologique. On peut y constater un certain ordre d’importance, car sans le ministère apostolique, le reste ne tient sur aucun fondement. Mais le but du texte n’est pas d’établir un ordre hiérarchique ni même de perpétuer le ministère apostolique, mais bien de décrire ce qui a posé les fondements de l’Église, selon ce qui s’est réellement produit historiquement. L’auteur ne fait pas dans la théologie, mais bien dans la description des faits historiques. Alors, voici une brève analyse historique, n’en déplaise à ceux qui ne s’adonnent qu’à la théologie:

  • Les apôtres: ils furent des témoins oculaires et auditifs directes du ministère de Jésus. Bien que l’on peut questionner dans un tel cas celui de l’apôtre Paul, selon l’un des critères du témoin directe, il n’en demeure pas moins un apôtre au sens stricte du terme, alors qu’il a rencontré Christ après sa résurrection et fut l’un de ses contemporains. Les apôtres posèrent donc les fondements de tout l’enseignement et la révélation de Christ comme Messie, sauveur et l’incarnation de Dieu (Ac.2.40-47). Ce sont eux qui formèrent l’Église et répandirent la bonne nouvelle en tout premier lieu. Ils viennent donc en premier dans l’ordre chronologique. Je rappelle qu’aucun écrit ne fut disponible encore pour la majorité du monde romain.
  • Les prophètes: les apôtres jouèrent les rôles de de diacres, de prophètes, d’évangélistes, de docteurs et de bergers. Ils accomplirent des guérisons et des miracles, pour rajouter à ça. Mais les prophètes étaient nécessaires pour une Église encore aux embryons, puisque la rédaction de certains écrits étaient tout aussi embryonnaires. Ils prophétisèrent donc à partir de ce qui a déjà été révélé, à savoir, le Christ, le Messie tant attendu, selon les prophéties anciennes à son sujet. D’ailleurs, les gens de Bérée consultèrent les écritures pour vérifier minutieusement si ce qu’on leur disait était effectivement exact (Ac.17.11). Mais de quelles écritures? Il est toujours question de celles qui étaient alors disponible: les prophéties de l’ancienne alliance. Cela correspondait-il à ce qui leur a été révélé et annoncé par les apôtres? C’est bien cela qui était à vérifier et qui fut avéré par la suite. Les apôtres et prophètes furent donc des dons offert à l’Église, pendant ce temps de rédaction des évangiles et ensuite, des lettres qui composèrent le canon du N-T.
  • Les évangélistes: après un certain temps, plusieurs chrétiens étaient suffisamment outillés pour parcourir le monde romain, afin d’y répandre la bonne nouvelle de Christ. Nous sommes alors à une époque charnière de l’histoire, car Christ est apparu à un moment opportuniste de l’histoire: la PAX ROMANA. C’est le plus long temps de paix dans toute l’histoire connue, un temps prospère pour l’empire romain: 200 ans de paix. C’est à l’intérieur de ce temps que Jésus est apparu et que le nom a pu se répandre aussi rapidement, grâce à l’étendue importante de l’empire, de la paix qui prévalait avec les ennemis potentiels, puis des infrastructures modernes des romains qui permettaient une transmission rapide, de l’Espagne jusqu’en Asie Mineure, puis du nord au sud de l’empire. De plus, on venait de partout dans le monde pour y marchander ou se rendre à Rome, que ce soit de l’Asie, de Bretagne ou de l’Afrique. Les évangélistes, tout comme les apôtres et les prophètes, bénéficiaient de peu de temps pour établir les fondements et y propager la bonne nouvelle. Les dispositions de l’empire a permis cette rapide propagation. Nous sommes encore au début de la formation de l’Église.
  • Les pasteurs: avec les années, plusieurs chrétiens purent être formés suffisamment pour y être établis comme évêques (pasteurs/anciens). Mais cela doit absolument être plus tard dans l’histoire de l’Église, car il faut des années avant de pouvoir acquérir cette maturité nécessaire pour prendre soin du troupeau. Ce n’est pas sans raison que l’on retrouve ce ministère en 4ième place dans la chronologie de la liste ministérielle.
  • Les docteurs: bien que plusieurs théologiens aiment associer pasteurs et docteurs dans la même personne, il n’y a aucune preuve qui peut suffire à conclure que c’est bel et bien le cas. Dans la chronologie historique, les docteurs viennent en dernier lieu, non pas en importance, mais par le temps que cela prend pour approfondir les écritures et expliquer de manière détaillée la corrélation entre les prophéties annoncées dans l’ancienne alliance et les enseignements des apôtres. On ne pouvait établir de docteurs au tout début, puisque les fondements n’y étaient pas posés. Le pasteur s’occupe du troupeau, le docteur est celui qui maintient la bonne doctrine. Le pasteur est aussi appelé à enseigner, mais au final, le docteur est mieux habileté pour le faire. Si on considère qu’il s’agit de la même personne, comment expliquer que nous avons des docteurs sans être appelés pour le ministère pastoral, puisque pour plusieurs d’entre eux, ils affirment ne pas en avoir eu l’appel? Le pasteur peut aussi être docteur, mais il y a bien une distinction de mots, car l’article défini dans Éph.4.11, ne signifie pas automatiquement une liaison, mais aussi une terminaison par distinctions.

Une meilleure compréhension

Bien que critiquée, voici la traduction en français courant et qui, à mon avis, semble davantage en accord avec le contexte historique et le sens des propos de l’auteur:

Éph.4.11 (BFC) C’est lui qui a fait des dons particuliers aux hommes : des uns il a fait des apôtres, d’autres des prophètes, d’autres encore des évangélistes, des pasteurs ou des enseignants.

Dans cette formulation, on peut supposer que ce sont soit des pasteurs, soit des enseignants. Ou encore, il s’agirait plutôt d’une manière de terminer l’exposé en nommant les 4 premiers ministères, pour ensuite terminer avec les enseignants. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas d’article de liaison entre les deux mots dans cette version et cela correspond un peu mieux au contexte historique et au contexte spécifique.

Liste exhaustive?

Non. Il s’agit tout simplement d’une description de la formation de l’Église dans le temps, un temps court, mais suffisant. L’apôtre n’a pas dressé une liste, mais une chronologie, selon les besoins du moment, avec les dons et ministères appropriés selon les besoins de chacune des tranches d’époque de la formation de l’Église. C’est très pentecôtisant cette manière d’interpréter ce passage de l’épître. On cherche absolument à établir 5 ministères au sein même de l’église locale.

Pour l’Église et non les églises

Lorsque je lis les théologiens, il semblerait que, pour plusieurs d’entre eux, les dons, particulièrement ceux de pasteurs et docteurs, furent donnés pour les églises locales. Pourtant, il y a deux choses qui militent contre leur théorie:

  • Les dons furent donnés à l’Église
  • L’église locale est une notion inexistante dans le N-T

En effet, lorsqu’on parle des dons offerts par Dieu, c’est toujours à l’Église, avec un grand E. On parle de l’Église partout dans les épîtres. Il arrive que les traducteurs nous parlent des églises dans le N-T. Ou encore, des lettres aux 7 églises d’Asie Mineure. Ou bien, des envoyés vers les églises de telles régions. Mais cette traduction ne respecte ni la pensée de l’auteur ni le contexte historique. Lorsque les auteurs s’adressaient à une communauté, il ne le faisaient pas à une assemblée ayant pignon sur rue, mais bien à l’ensemble des croyants d’une province ou d’une cité greco-romaine. Ainsi, si le traducteur affirme lettre aux éphésiens, d’abord, ce n’est pas aux éphésiens, mais aux croyants de la cité d’Éphèse. Ce n’est pas non plus l’église d’Éphèse, mais bien les croyants qui se réunissent un peu partout en petits ou grands groupes de la cité d’Éphèse. Aucune mention de la notion d’églises locales dans la pensée de l’auteur. En fait, les lettres, bien que destinées à l’intention directe d’un groupe de personnes au préalable, étaient, dans leur intention ultime, pour l’Église. C’est-à-dire, celle présente partout dans le monde et celle qui se perpétue dans le temps jusqu’à nous. Car l’Église ne se limitait pas à l’époque apostolique, bien que nous soyons les destinataires indirectes.

En conclusion

À titre personnel, je ne crois pas que l’Église se limite nécessairement à 5 ministères bien définis, ni même que celui qui est apostolique soit utile de nos jours, si ce n’est que nous persévérons nous aussi dans l’enseignement des apôtres, fondements de la foi chrétienne. De toute évidence, l’auteur ne met pas l’accent sur l’ordre hiérarchique ou d’importance, mais plutôt sur un ordre chronologique, conformément au développement de l’Église.

Sur ce, je vous dis à bientôt.

Patrick Galarneau

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