L’Omerta de l’AEBEQ dévoilée!

Une victime alléguée du pasteur Claude Guillot dénonce l’inaction des Églises Baptistes Évangéliques

Claude Guillot a été arrêté à la suite d’une enquête multisectorielle de plus d’un an menée par la police de Québec et la DPJ. Le pasteur aurait pu faire d’autres victimes. Toute information peut être transmise au 418 641-AGIR (2447).

PHOTO LE JOURNAL DE QUÉBEC, SIMON CLARKClaude Guillot a été arrêté à la suite d’une enquête multisectorielle de plus d’un an menée par la police de Québec et la DPJ. Le pasteur aurait pu faire d’autres victimes. Toute information peut être transmise au 418 641-AGIR (2447).

Une victime alléguée du pasteur Claude Guillot, arrêté mercredi pour avoir fait vivre l’enfer à cinq jeunes fidèles sur une période de 30 ans, accuse la haute direction des Églises Baptistes Évangéliques de ne pas avoir agi, malgré les «allégations claires d’abus sur des enfants».

Intercepté à son domicile de Shannon mercredi, le pasteur de l’Église Baptiste Évangélique de Québec-Est a fait face à 12 chefs d’accusation de séquestration, voies de fait armées et causant des lésions envers cinq garçons. Les victimes étaient âgées de 4 à 15 ans au début des sévices, qui se sont produits entre 1983 et 2014, à Québec et Victoriaville.

Adrien (nom fictif) est du lot. L’homme aujourd’hui dans la trentaine a connu l’accusé en janvier 1983, alors qu’il n’avait que cinq ans. À l’époque, il fréquentait une école de Victoriaville associée aux baptistes et dirigée par Guillot. Ce dernier l’aurait battu à coup de palettes en bois, jusqu’à la fin de l’année suivante.

Congédié

Guillot a été congédié de l’école en 1984 en raison de ses pratiques violentes et abusives, notamment envers Adrien. Malgré ces allégations, l’accusé est demeuré dans le giron de l’Association d’Églises Baptistes Évangéliques au Québec (AEBEQ).

Transféré à l’Église Baptiste Évangélique de Québec (Chauveau), il a été accueilli par le pasteur Terry Cuthbert, aujourd’hui l’un des directeurs de l’AEBEQ. Formé à son tour comme pasteur, Guillot a été nommé en 1990 à la tête de la nouvelle église de Québec-Est.

C’est au sein de cette organisation que le leader religieux aurait fait les quatre autres victimes, qu’il gardait captives dans son sous-sol de Neufchâtel, rue du Point-du-Jour. Ces jeunes fidèles lui étaient confiés par leurs parents, membres de son organisation. L’un d’entre eux a été battu et séquestré pendant 13 ans, un autre pendant 10 ans.

Punitions

Privés de nourriture, rationnés en eau, isolés de tout contact extérieur, les enfants recevaient des «punitions» sous forme de gifles au visage, de coups de poing au ventre et d’exercices physiques déraisonnables, selon deux jugements du Tribunal de la jeunesse rendus en février et avril 2015.

Adrien reproche aujourd’hui aux dirigeants de l’AEBEQ d’avoir imposé la «loi du silence» sur les agissements du pasteur, qui n’a quitté l’organisation qu’en 2003. «Toute ma vie, j’ai vécu avec la culpabilité de ne pas avoir eu le courage d’affronter votre organisation et dénoncer cet agresseur», confie-t-il, dans une lettre envoyée au Journal.

Soulagement

Claude Guillot a comparu mercredi, au palais de justice de Québec, menotté. Le juge Bernard Lemieux s’est assuré que l’accusé connaissait bien l’identité des cinq victimes alléguées, avec qui il ne doit pas communiquer. Le sexagénaire a répondu d’un «oui» réservé. Il demeure détenu jusqu’à son enquête sur remise en liberté, prévue demain.

De quoi soulager Elliot (nom fictif), un ancien fidèle de l’Église de Québec-Est, qui a été battu par ses parents au début des années 2000, sous indication de Claude Guillot. «J’ai hâte de voir la suite des choses. J’espère qu’il va payer pour tout ce qu’il a fait», a commenté le jeune homme, aujourd’hui âgé de 25 ans.

L’ASSOCIATION ÉVANGÉLIQUE N’A JAMAIS DÉNONCÉ

Se défendant d’avoir fermé les yeux sur les gestes de violence reprochés à Claude Guillot, la direction de l’Association d’Églises Baptistes Évangéliques au Québec (AEBEQ) reconnaît toutefois avoir été informée du possible comportement «sectaire», «dictateur» et «violent» de son ancien pasteur, et ce, des années avant de couper les ponts avec lui. Malgré cela, elle n’a jamais dénoncé la situation.

L’actuel directeur général confirme que son organisation avait eu vent d’allégations, dès le début des années 1990, concernant les agissements du pasteur de l’Église Baptiste Évangélique de Québec-Est, accusé hier d’avoir maltraité de jeunes fidèles. Gilles Lapierre assure cependant qu’il ignorait, à l’époque, que Claude Guillot avait été congédié d’une école baptiste de Victoriaville pour avoir battu au moins un jeune.

«Ce qui revenait souvent, c’est son intransigeance, son contrôle obsessif et le fait qu’il s’isolait», dévoile Gilles Lapierre, qui était à l’époque impliqué dans le conseil de l’Association d’Églises Baptistes Évangéliques au Québec (AEBEQ). Préoccupée par la situation, l’Église de Chauveau, la «grande sœur» de Québec-Est, aurait songé à alerter la DPJ, selon le directeur général de l’époque, Michel Habib.

Pas de plainte

Le projet ne s’est pas concrétisé. «C’était leur décision», lance Michel Habib, qui n’a pas non plus cru bon de dénoncer la situation. La division pancanadienne de l’AEBEQ aurait plutôt demandé à Chauveau d’accompagner Guillot dans la modification de son comportement. La tentative étant vaine, le pasteur a perdu son soutien financier.

Il est tout de même demeuré dans l’AEBEQ, qui dit n’avoir appris qu’en 1999 les rumeurs de violence envers les enfants de Québec-Est. Confronté par M. Habib, le pasteur aurait nié les faits. Fin de l’enquête interne. «On n’a pas eu de plaintes! C’était juste des rumeurs!» justifie M. Habib. Que s’est-il passé par la suite? «Je ne me rappelle pas», tranche-t-il. Il assure cependant avoir effectué un «suivi serré» auprès de Guillot. De quelle façon? «Je ne me rappelle pas.»

Démission

Guillot a finalement lui-même remis sa démission, en 2003. Personne n’a dénoncé ses agissements. «Pourquoi je l’aurais fait? Je n’ai été témoin de rien», plaide M. Habib, qui rappelle que les membres de Québec-Est appuyaient leur pasteur dans sa rigidité.

L’actuel directeur, Gilles Lapierre, concède que rien de concret n’a été fait à l’époque. «Je suis obligé de dire que c’est la réalité», glisse M. Lapierre, qui exprime aujourd’hui des regrets. «Est-ce qu’on aurait pu investiguer? Oui. Mais on n’avait pas d’accusations formelles disant: il a battu des enfants.»

Claude Guillot a été arrêté à la suite d’une enquête multisectorielle de plus d’un an menée par la police de Québec et la DPJ. Le pasteur aurait pu faire d’autres victimes. Toute information peut être transmise au 418 641-AGIR (2447).

Claude Guillot a été arrêté à la suite d’une enquête multisectorielle de plus d’un an menée par la police de Québec et la DPJ. Le pasteur aurait pu faire d’autres victimes. Toute information peut être transmise au 418 641-AGIR (2447).
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2 réflexions sur “L’Omerta de l’AEBEQ dévoilée!

  1. Pingback: La foi sans religion

  2. Habituellement, j’ai un peu de mal avec vos comptes rendus de visites d’églises, mais là je dois reconnaître que vous me faites plaisir, avec votre dénonciation de cette omerta. Gilles Lapierre vient prêcher ce dimanche dans mon église, à Côte des Neiges. Je l’écouterai avec beaucoup d’attention.

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