Le Jésus personnel: l’influence de la psychologie (complet)

Introduction

Depuis les années 80, on entend régulièrement que Jésus est notre sauveur, qu’il suffit de l’accepter dans nos cœurs, afin d’avoir la vie éternelle. Ce Jésus personnel, c’est celui de l’humanisme. Le Jésus personnel, c’est celui de la psychologie moderne, qui affirme que nous sommes nos propres responsables de nos malheurs, que nous sommes les seuls à blâmer, qu’il ne sert à rien de blâmer les autres et que c’est à nous et à nous seuls de régulariser notre vie pour mieux vivre avec soi-même.

 

Vous n’avez plus de comportements, mais des maladies

Le Jésus personnel n’est pas venu de lui-même subitement comme ça. Il est venu en même temps que le DSM révisé complètement, et paru en 1980. Maintenant, chaque comportement a le nom d’une maladie mentale. C’est le manuel, la Bible des psychiatres et des psychologues. Le DSM était assez rudimentaire avant 1980, mais a grandement évolué depuis. Sa dernière édition est paru en 2013: DSM V. La précédente en 1994: DSM IV.

L’influence de la psychologie, de la psychiatrie et du manuel DSM révisé, se sont fait sentir dans les campagnes d’évangélisations, que ce soit les télévangélistes, les prédicateurs connus d’Amérique ou les grandes campagnes d’évangélisations de prédicateurs, répétant le même message d’une ville à l’autre. Ces campagnes ressemblent en tout point aux tournées de rock stars bien connus mondialement. C’est à toute fin pratique, un star-system évangélique, où on mise sur le libre-arbitre des auditeurs pour gonfler leurs rangs d’adeptes.

 

Campagnes d’évangélisations du Jésus personnel

Au Québec, nous avons connu une puissante vague de campagnes d’évangélisations bien organisées, dont plusieurs se sont données dans le mythique amphithéâtre des Canadiens de Montréal, l’un des clubs sportifs les plus prestigieux au monde. Le Forum de Montréal était un monument reconnu mondialement, de par les exploits qui s’y sont produits sur la scène sportive. Le Forum de Montréal fut souvent comparé à la Mecque, comme lieu de pèlerinage et un symbole d’adoration aveugle. Je me rappelle moi-même d’avoir rencontré un membre des Canadiens de Montréal, Ryan Walter, qui fut invité à donner son témoignage dans l’une de ces campagnes données au Forum de Montréal, chandail du tricolore sur le dos. Ryan Walter nous a séduit par son témoignage du Jésus personnel, car il était un membre de la plus prestigieuse équipe de hockey au monde, un club adoré ici, mais même dans toute l’Amérique, en Europe ou en Chine. En effet, ses partisans sont issus de partout dans le monde, bénéficiant ainsi de l’adoration de ce club aux nombreux exploits et de par sa particularité historique, culturelle et linguistique. C’était au début des années 80.

 

L’influence de la psychologie

Mais revenons à l’influence de la psychologie moderne, particulièrement celle qui a débuté en 1980.

En effet, nous apprenons, lors de consultations en psychologie, que nous sommes les seuls à blâmer, que nous ne pouvons changer les autres mais seulement soi-même, que nous sommes les maîtres de notre vie. Nous ne pouvons plus accuser les autres pour nos malheurs et cela semble faire bien du sens pour nos instances évangéliques actuelles, qui prône un Jésus personnel, qui va de pair avec la psychologie moderne de la responsabilité seule. Si les mauvaises actions des uns et des autres sur notre vie s’expliquent, elles ne peuvent en aucun cas justifier nos shems de pensées et nos comportements. Nous sommes donc les seuls qui seront tenus pour responsables, ce qui est en partie vrai. Avec la psychologie moderne, nous ne pouvons plus avoir un ton accusateur au « TU ». On n’a plus le droit de viser celui ou celle qui nous a fait du mal. Nous sommes seuls face à notre problème. Cette influence de la psychologie va donc nous forcer à réinterpréter la Bible, de manière à ce que nous soyons forcés de pardonner et de justifier les mauvaises actions des autres à notre endroit. Le pardon n’est donc plus une grâce, mais une obligation. La réparation n’est plus exigée, car il faut se concentrer sur soi. Nous n’avons plus le droit d’avoir d’émotions fortes, faute de quoi, nous serons alors étiquetés de « VENGEURS ». Si nous ressentons de la colère, nous ne sommes plus nous-mêmes: nous sommes des colériques incapables d’amour. Si on se fâche contre notre agresseur, ce n’est pas l’agresseur qui sera stigmatisé, mais la victime, car celle-ci a exprimé une émotion accusatrice, au lieu de faire une introspection sur elle-même, à savoir pourquoi elle a subi le mal.

 

La victime est pathétique

Si vous êtes une victime, c’est que vous ne contrôlez pas votre vie. Vous êtes toxique pour la vie des autres et vous n’êtes pas fréquentables. En effet, beaucoup d’assemblées ne font plus de disciples, ils désirent des gens parfaitement équilibrés et dénués de problèmes, sans aucune étape intermédiaire pour y parvenir. Votre pasteur a pourtant prêché plusieurs sermons qui auraient dû porter ses fruits dans votre personne, de sorte que, vos problèmes seraient sensés être disparus. Or, ce n’est pas le cas. Le Jésus personnel que l’on prêche aurait dû régler tous vos problèmes. Vous avez donc un problème de sanctification. Vous avez accepté Christ dans votre cœur, mais rien ne se passe. On se contente de prières du bout des lèvres pour vous, mais l’action des uns et des autres est absente dans la vie de celui ou celle qui en a cruellement besoin. Vous êtes contraints, par une pression coercitive, à vous la fermer avec vos plaintes. Louez donc Dieu pour ce qu’il vous a donné, et adorez-le tout simplement au lieu de vous plaindre. N’accusez pas votre bourreau, car Dieu l’aime aussi. N’éprouvez pas d’émotion de colère, de tristesse ou de déception, car Jésus vous aime personnellement et il guérit tous vos problèmes par magie. Et ce n’est pas bien de ressentir des émotions comme la colère, car il est écrit: « Ne vous couchez pas sur votre colère » (Éph.4.26). Il vous faut toujours être joyeux, car c’est écrit: « Soyez toujours joyeux d’appartenir au Seigneur. Je le répète, soyeux toujours joyeux » (Php.4.4). Ainsi, on ne veut pas de gens qui éprouvent des problèmes dans l’église. On veut des gens joyeux, même si cela n’est qu’une façade évangélique. On oublie volontairement ou par ignorance, les passages où la compassion pour les plus vulnérables est de mise.

 

Le pardon: une grâce ou une obligation

Combien de fois ais-je lu et entendu ceci: « Mon frère (ou ma soeur), il FAUT que tu pardonnes ». Mais depuis quand le pardon est une obligation? Dieu était-il dans l’obligation de nous pardonner? Absolument pas! Voici un passage, dont je sens que j’ai l’obligation de citer, afin de ne pas m’attirer les foudres des chrétiens humanistes: « Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » (Éph.2.8-9). D’abord, ceci répond au « JÉSUS PERSONNEL » de manière éloquente, car il ne s’agit pas d’un choix d’accepter Christ ou de le refuser, mais c’est bien une grâce de Dieu et un don, qui n’est pas de notre ressort, mais celui de Dieu. Par la suite, la grâce est une action volontaire et non une obligation. Bien entendu, certains des partisans du « IL FAUT PARDONNER » diront que le N-T dit: « pardonnez-vous réciproquement », et comme le temps de verbe est à la deuxième personne du pluriel, il s’agit ni plus ni moins d’une obligation. Or, le pardon est une grâce et non une obligation. Si c’est une obligation, la grâce n’est plus une grâce, mais une obligation. Il est donc nécessaire de revoir son interprétation: il s’agit d’une exhortation, d’un encouragement, et non d’un ordre! Et si c’est par obligation, n’est-ce pas là une oeuvre de notre part? Or, ce n’est pas par les œuvres que nous sommes justifiés et ce n’est pas ce qui est agréable à Dieu.

 

Les uns les autres: une notion oubliée

Beaucoup d’assemblées évangéliques misent sur la notion d’église locale, servent les intérêts de l’église locale, et les membres sont au service du fonctionnement de l’église locale. Les membres ont appris ce que les américains ont appris du discours de John F.Kennedy, en l’adaptant à la notion d’églises locales: « Ne vous demandez pas ce que l’église peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre église ». Or, pour y parvenir, il faut une notion importante, souvent oubliée dans nos milieux: « LES UNS LES AUTRES ». L’église est une communauté, et non un principe de vie, ou une vision du pasteur, ou un but à atteindre. On se fixe des objectifs ecclésiastiques, comme une entreprise se fixe des objectifs de rendement, où chaque employé sert la cause de l’entreprise, quelle soit ecclésiastique ou séculière. Si vous êtes un canard boiteux, on vous ciblera comme indésirables.

 

Si l’église n’est pas un hôpital, elle est encore moins une entreprise!

 

Précisions

D’abord, je précise que j’ai plusieurs contacts et amis pasteurs. Certains sont des évangélistes connus et font des campagnes d’évangélisations où ils prêchent un « jésus personnel ». J’ai de très bonnes relations avec plusieurs parmi eux et c’est un privilège de les compter parmi mes amis ou mes contacts. Cet article n’est pas une dénonciation, mais un cri du cœur au nom du Seigneur, ainsi que des victimes de toutes sortes. Je n’ai aucun intérêt personnel et je ne suis nullement concerné par mes propres propos. Dans ma vie de tous les jours, j’enseigne, j’exhorte, j’encourage, j’aime, je prends soin, je dénonce les charlatans, mais surtout, je cherche l’union entre les croyants de tous horizons, œcuménisme exclut. Sur ce dernier point, aucun compromis possible. C’est donc un appel à ces contacts et amis que je lance. Un appel à un « Jésus sauveur » et non un « Jésus personnel » qui va régler tous tes problèmes. Un Jésus qui accomplit des miracles dans nos vies, par le simple fait de venir nous chercher là où nous sommes, parfois dans notre crasse, bien empêtré dedans sans pouvoir en sortir seul.

 

La psychologue au service de l’âme?

La psychologie, à elle seule, ne peut résoudre les problèmes de l’âme. Elle décrit des comportements et des shems de pensées (constructions de pensées). Elle apporte des solutions qui seront toujours temporaires, et la psychologie ne pourra jamais résoudre la nature humaine. Certains manquent de foi lorsqu’ils affirment qu’aucun miracle ne puisse être fait dans la vie des croyants. Mais les autres manquent de jugement lorsqu’ils affirment que ta vie sera rempli de miracles. Si Jésus a guérit un aveugle-né, qu’il a ressuscité Lazarre, qu’il a redressé une femme bossue depuis 18 ans, qu’il a chassé des légions de démons de l’intérieur d’un homme, pourquoi ne pourrait-il pas opérer des miracles dans ta propre vie? Est-il vivant, oui ou non? Est-il encore présent et souverain, oui ou non? Toutefois, le miracle n’est ni une garantit ni une obligation. La médication pour un schizophrène ou pour un bipolaire n’est pas à dédaigner. Mais il est encore possible que Jésus opère des miracles dans ta vie, qu’importe la nature de ce qui t’accable. Ce qui est à éviter, c’est la pensée magique de ce Jésus personnel qui va nettoyer ta vie et va te la rendre plus que rose. C’est une fausseté issue de l’évangile de prospérité.

L’un des exemples qui me vient en tête, c’est le cas de mon père: c’était un alcoolique notoire et un toxicomane. Les médecins les plus qualifiés ont affirmé, sans l’ombre d’un doute, que la médecine, la psychologie ou la psychiatrie ne pourraient le guérir ni même le récupérer. En d’autres termes, ils affirmèrent que mon père serait un légume qui se parlerait tout seul dans la rue, puis mourrait de sa belle mort lente. Si on lui imposait une cure de désintoxication, il en mourrait! Pourtant, c’est lors d’une campagne d’évangélisation, saoul mort, qu’il fut touché par Dieu directement au cœur! À cet instant, il est entré en cure, en 1981, et non seulement en est-il sorti vivant, mais plus jamais il n’a touché une seule goutte d’alcool. Et oui, dans une campagne d’évangélisation où on prêchait un « Jésus personnel ». Néanmoins, le Seigneur touche les cœurs à sa manière, et Dieu a tout simplement enlevé le besoin d’alcool de mon père. Oui, bien sûr, la cure lui fut imposé, mais c’est la régénération de son être qui l’a guérit définitivement. Dans ce cas-ci, un miracle fut opéré, et la cure a fonctionné comme un charme, au lieu de le tuer!

 

Le « Jésus personnel »: une illusion

Les années 80 ont été des années de prospérité pour l’évangile, alors qu’un grand réveil s’est opéré, pas seulement au Québec, mais dans le monde entier. Malheureusement, il est resté bien peu de choses de cette prospérité, car voyez-vous, le « Jésus personnel » n’a pas trouvé racine dans les cœurs de ceux et celles qui le reçurent avec un cœur joyeux. Comme dans la parabole du semeur, beaucoup reçurent l’évangile et grandirent rapidement, mais la graine de la semence ne prit racine, car ce n’était pas de bonnes terres pour semer. Nous sommes parfois trop hâtif pour mesurer les impacts des campagnes d’évangélisation, car ce n’est que sur du moyen et long terme que l’on peut évaluer avec un peu plus de justesse, les succès de ces campagnes. Les miracles ne sauvent pas l’âme et le « Jésus personnel » ne sauve pas.

 

Bien que l’on peut croire avoir accepter Jésus dans son cœur, c’est Christ qui nous a accepté, pas le contraire.

 

Mon pasteur est psychologue

Devant tant de souffrance et de problématiques de toutes sortes, les pasteurs se sentent parfois, et même, très souvent, démunis. Le pasteur des souffrants est souvent leur psychologue, bien plus que le pasteur de leur assemblée. Bien malin qui peut les blâmer. Nous avons assisté d’ailleurs à une nouvelle mode dans le monde évangélique: une recrudescence de psychologues chrétiens qui font de la Bible un livre de psychologie. Ceux et celles qui me connaissent savent que je suis entouré de psychologues, chrétiens et non-chrétiens. Loin de moi l’intention de dénigrer la psychologie et les psychologues. Si cela permet un diagnostique beaucoup plus juste que des « je vais prier pour toi mon frère ou ma sœur », ou encore: « Remet ton sort à l’Éternel et il interviendra avec puissance dans ta vie », il y a néanmoins certains problèmes qui interfèrent dans la vie des croyants et de la bonne marche de la communauté chrétienne.

 

Le pasteur travaille, malgré lui, en collaboration avec des psychologues, souvent, sans même le savoir. Les chrétiens aux prises avec la maladie mentale, la dépression (considérée comme maladie mentale dans le DSM IV) ou un mal de vivre, trouvent leurs solutions palliatives dans les médicaments et la consultation psychologique ou psychiatrique, ce qui influencent leur degré de confiance dans l’intervention de Dieu dans leur vie. Comprenez-moi bien: il ne s’agit aucunement d’évacuer l’aide médicale et psychologique de nos vies. Il s’agit simplement d’observations et de constats, pour le moins alarmant. On ne cessera pas de consulter notre docteur pour une évaluation de notre corps, comme on ne cessera pas de faire examiner notre voiture chez le garagiste. Toutefois, il est étonnant de constater la plus grande confiance des chrétiens envers la médecine qu’envers le Dieu sauveur. C’est plutôt ça qui m’inquiète. Est-ce un non-vote de confiance envers Dieu? Est-ce un désaveu de la vie communautaire de l’église, qui éprouve tant de mal à prendre soin et à aimer?

 

L’amour: solution de biens des maux

Dans les années 50, une sombre et choquante étude fut faite dans des orphelinats américains sur des enfants en bas âge. D’abord, on a offert les besoins primaires à un groupe d’enfants, selon la pyramide de Maslow, sans toutefois leur donner la moindre affection. L’autre groupe reçu la même chose, mais avec l’amour en plus. Et bien, cette étude, bien que révoltante dans sa méthodologie, a démontré que l’amour est certainement le ciment de l’équilibre humain, car le groupe qui a reçu les besoins primaires et essentiels, selon la pyramide de Maslow, qui ne tient pas compte du besoin d’amour, sont tous morts! L’autre groupe n’a subit aucun traumatisme ni problème.

 

Si l’élaboration de la pyramide de Maslow était parfaite, elle aurait placé l’amour au haut de la pyramide, bien avant le besoin de manger, boire, dormir, évacuer les déchets corporels ou se vêtir. L’apôtre Paul a de nombreuses fois miser sur l’amour pour solidifier les fondations de l’évangile, car sans l’amour, nous ne sommes que des airains qui résonnent (1Co.13). Bien que la connaissance et la foi ne soient pas à dédaigner, sans l’amour, la connaissance et la foi résonnent comme des cymbales pour ceux et celles qui ont besoin qu’on leur manifeste concrètement de l’amour bien avant des citations bibliques comme conseils moralisateurs. La psychologie, les médicaments, le garagiste, le docteur, la lecture assidue de la Bible, assister à des réunions cultuelles, l’argent, le matériel, le sexe ou fréquenter un groupe de prières, ne régleront jamais le problème d’amour, essentiel à la vie humaine. Nous avons été créé pour être en relation les uns avec les autres, pas pour être personnellement en Jésus. C’est d’ailleurs un commandement qui se rattache au premier: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est là le grand et premier commandement. Et le second lui est semblable, Tu aimeras ton prochain comme toi–même » (Mt.22.37-39). D’ailleurs, l’enseignement de l’apôtre Jean, qualifié, avec justesse, d’apôtre de l’amour, a dit ceci: « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur, car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas » (1Jn.4.20).

 

Ce sont donc ceux qui manifestent un amour véritable pour Dieu qui auront un impact très considérable sur les souffrants de l’église, car leur véritable amour pour Dieu se manifeste sans contredit sur les brebis du Seigneur. Cet amour peut effectivement guérir bien des maux. Et le simple fait que nous ayons autant de chrétiens souffrants dans les bureaux de consultations de psychologues est, à mon humble avis, un symptôme manifeste et éloquent que quelque chose cloche dans notre merveilleux christianisme.

 

Un pasteur trop occupé

Combien de pasteurs connaissent chacun des membres ou adhérents par leur nom? Combien parmi eux connaissent ou cherchent à connaître chacun d’entre eux? Plusieurs pasteurs me trouveront injustes de tenir de tels propos accusateurs, qui insinuent, à mots à peine voilés, leur désinvolture face à tant d’indifférence de leur part. Comme je l’ai mentionné, j’ai un grand respect pour mes amis pasteurs et je ne m’oppose pas à l’appel de Dieu et du don qu’il a fait à plusieurs d’entre eux. Certains pasteurs se sont éloignés de la vocation inhérente à leur don, alors que d’autres furent élus par des hommes et des femmes mal affermis et ont fait preuve d’opportunisme dans leur « carrière » ecclésiastique. Quelle tristesse! Il y a de bons bergers, mais parfois, dans certains cas, ils se sont éloignés de leur mission première, soit, celle de paître les brebis. Lorsqu’on tente de les rencontrer, ils sont soit occupé à leur préparation de la prédication, soit en réunion, soit dans une convention pastorale, soit dans un plan de marketing évangélique ou sont appelés comme conférenciers un peu partout. Tout cela n’est pas un mal en soit, mais est-ce là leur appel? Si c’est le cas, qu’ils cessent leur pastorat et se concentre là où Dieu les appelle véritablement. Dans le cas contraire, qu’ils cessent de se laisser imposer un agenda et reviennent à la maison pour paître ceux et celles que Dieu a mis à leur disposition.

 

Mais ce que beaucoup reçoivent comme réponse, c’est que dans une si grande gestion ecclésiastique de style « entreprise », on a des anciens pour faire ce travail. Et encore là, bonne chance pour obtenir un rendez-vous. Après tout, ces anciens ne sont pas nécessairement des salariés de l’église pour se permettre de répondre aux besoins dans de brefs délais. Ils ont des obligations professionnelles et familiales, et on ne peut leur imposer davantage. Ainsi, celui qui est pasteur est un ouvrier qui, somme toute, est sensé mériter son salaire. Mais que l’on croit que ce soit en argent ou non, ce salaire est indubitablement lié à son don. S’il a un double honneur, et s’il est supposé obtenir le respect de ses ouailles, n’est-ce pas encore une fois inhérent à son don? Qui est le dépositaire de son don? Le pasteur ou Dieu? Qui l’a établit? Lui-même, les hommes, ou Dieu? À qui est-il sensé obéir? À un agenda imposé ou à Dieu, qui est le tributaire du don qui lui a été octroyé?

 

Bien que l’on aime affirmer que l’on ne suit pas un homme mais Dieu seulement, l’amour du berger est aussi important. Suivre Christ seulement, tout à fait! Mais cela ne se fait pas aussi facilement seul que bien accompagné par un homme qui est placé comme un berger, afin d’aider les croyants, particulièrement les néophytes, à progresser vers la maturité et la stature parfaite de Christ. Ce don n’a pas été donné à l’Église sans raison.

 

Si seulement les bergers étaient bergers, bien des maux ne se retrouveraient pas sur le divan d’un psychologue.

 

Le « Jésus personnel » dans la Bible

Voici quelques passages intéressants:

Est 16:21 (E-21) En effet, Dieu qui règne sur tout ce qui existe, a transformé ce jour en jour de joie et non d’extermination pour le peuple qu‘il a choisi.

Ps 33:12 Bienheureuse la nation qui a l’Eternel pour son Dieu, le peuple qu‘il a choisi pour son héritage !

Ac 15:7 Et une grande discussion ayant eu lieu, Pierre se leva et leur dit, Hommes frères, vous savez vous–mêmes que, dès les jours anciens, Dieu m’a choisi entre vous, afin que par ma bouche les nations ouïssent la parole de l’évangile, et qu’elles crussent.

Ac 1:24 Et priant, ils dirent, Toi, Seigneur, qui connais les coeurs de tous, montre lequel de ces deux tu as choisi,

Jn 15:16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis, afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure ; afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne.

Lu 6:13 Et quand le jour fut venu, il appela ses disciples. Et en ayant choisi douze d’entre eux, lesquels il nomma aussi apôtres,

Ac 22:14 Et il dit, Le Dieu de nos pères t’a choisi d’avance pour connaître sa volonté, et pour voir le Juste, et entendre une voix de sa bouche;

1Co 1:27 Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour couvrir de honte les hommes sages ; et Dieu a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes ;

 

Conséquences du « Jésus personnel »

Un Jésus à la carte

  • À chacun son interprétation: Il y a autant d’interprétations qu’il y a de chrétiens. Il s’avère une excellente chose que chacun puisse exercer son propre jugement, mais encore faut-il accepter de grandir adéquatement et ce, conformément à ce qui est écrit: LES UNS LES AUTRES. Non, je ne suis pas un partisan de l’église locale et je me suis maintes fois prononcé à ce sujet. Néanmoins, l’impact de gens matures dans la foi en Christ n’est certainement pas nuisible. Oublions les assemblées et les chrétiens toxiques un instant. Sachons reconnaître certains principes. Les cités évangélisés par les apôtres, en l’occurrence, l’apôtre Paul, étaient composées de plusieurs micro-assemblées, sans pour autant être des assemblées locales. Il s’agissait de groupes d’individus, formant l’ensemble des croyants de la cité. Bien qu’en petits groupes, ils se retrouvaient régulièrement tous ensemble, persévérant dans l’enseignement des apôtres (Ac.2.40-47). Non pas dans l’enseignement du pasteur « un tel », mais bien dans l’enseignement des apôtres. Non pas du prophète « un tel », mais bien dans l’enseignement des apôtres. Ce n’était pas un Jésus personnel, mais un Jésus sauveur, qui a pourvu en dons pour l’édification de l’Église. Non, pas des églises locales, mais bien pour l’Église. Voyez-vous, la notion des distinctions ecclésiastiques était inexistante dans la pensée des auteurs du N-T. Avec un Jésus personnel, c’est à chacun son interprétation, selon sa perception, et non selon la pensée de ses auteurs. Le Jésus personnel permet à chacun de tirer ses propres déductions, et on le perçoit très bien dans bien des sermons de plusieurs pasteurs, tout comme on le perçois chez plusieurs chrétiens évangéliques.
  • D’une dénomination à une autre: Oui, chacune d’elles travaillent indépendamment des autres. Elles ont même le culot, dans certains cas, à faire concurrence à une autre association ou fédération d’églises dans un même quartier, parfois en s’installant devant une église d’une fédération « concurrente ». Elles font du recrutement pour leurs organisations au lieu de travailler de concert pour l’évangélisation et le salut des âmes perdues. Elles démontrent ainsi qu’elles travaillent pour leurs propres intérêts.
  • Je choisi l’église qui me convient: Dans ce cas de figure, c’est une forme de Jésus à la carte, mais cette fois, c’est une église à la carte, car on peut s’illusionner que celle-ci sera faite sur mesure pour nous. On cherche des services, un pasteur qui prêchera conformément à notre pensée théologique, car on refuse la remise en question. On changera d’église sous ce prétexte. On affirmera que celui-ci est dans l’erreur et on justifiera le bien-fondé de cette prise de décision. Oui, dans bien des cas, c’est justifié, mais je m’adresse aux motifs du cœur, pas aux raisons valables.

 

Un évangile dilué

  • Un Jésus à l’eau-de-rose: Le Jésus personnel amène bien des croyants à croire, à tort, qu’il ne faut pas juger. S’il ne faut pas condamner, il faut certainement juger de tout, car dans ce cas, comment appliquer Mt.18, alors que, dans certains cas, nous avons à dénoncer le comportement mauvais d’un frère en Christ? Et dans ce cas, on ne peut même plus l’appeler « frère ». Nous sommes exhortés au discernement, et non à l’aveuglement. Le Jésus personnel, c’est, « on ne sait pas ce qu’il y a dans sa vie, donc, il ne faut pas juger ». C’est aussi: « Seule Dieu juge ». Vous savez, nous sommes même appelés à condamner, mais il s’agit des œuvres mauvaises. Mais au préalable, il faut avoir discerné, donc, jugé de ces choses. La psychologie moderne nous a influencé à un humanisme crasse où, il est interdit de juger la personne, car il faut la comprendre. La Bible n’est plus la référence, c’est la psychologie moderne et la pensée de ce siècle. Or, à qui nous soumettons-nous? Aux hommes et à la pensée de ce siècle, ou à Dieu? (Ro.12.1-2).
  • Évangile de prospérité: C’est l’évangile qui va opérer des miracles dans ta vie à coups sûrs. Ta vie sera meilleure et tu vas être délivré de tout. Il va te bénir, à un point tel que, dans ta vie professionnelle, tu vas bénéficier d’augmentations, de promotions, ou encore, tu prospérera financièrement. Les gourous ont très bien compris cela! C’est croire que, plus on est nombreux dans une assemblée, plus Dieu nous a béni. Cette pensée est issue du mérite par les efforts, car il s’agit bien de nos oeuvres en tant qu’assemblée, et comme pasteur, que nous avons grandit. Comment doit-on considérer les petites assemblées? Elles sont moins bénies? Elles sont moins dans l’obéissance? Plus l’assemblée est grande, plus elle est diluée en qualité. Cette affirmation s’observe dans TOUTES les mégachurch, et on peut aisément observer le message de l’évangile de prospérité dans TOUTES les mégachurchs, sans exception. Mais la bénédiction n’est pas inhérente au succès. Je plains alors le prophète Jérémie, qui n’a obtenu aucun succès. Il n’en demeure pas moins un des plus grands hommes de Dieu. La bénédiction et la prospérité, c’est la vie en abondance: la vie éternelle. Mais dans le Jésus personnel c’est: « si tu acceptes Jésus dans ton coeur, il accomplira des miracles dans ta vie. tu réussiras dans tes entreprises ».

 

Des relations superficielles

  • Avec Dieu: Nous affirmons avoir un culte personnel avec Dieu. Quel langage étrange! Lorsque j’ai débuté dans le christianisme, on nous a longuement vanté le culte personnel. Comme si j’avais besoin d’un moment précis où je fais un culte personnel. Sans dénigrer la lecture de la Bible ou le temps de prière, n’est-ce pas nos vies qui se doivent d’être des cultes rendus à Dieu? Car il s’agit bien de cela! Nos vies sont des sacrifices rendus à Dieu. Or, une petite lecture du soir avec une prière avant le repas ou avant le dodo, ce n’est pas ce que j’appelle « un culte à Dieu ». Et cette formule est très rigide sur le plan spirituel. Personnellement, je crois énormément sur la spontanéité et non sur l’organisation cultuelle, qu’elle soit solitaire ou en groupe. Bien souvent, nous agissons comme si nous n’étions que des chrétiens de noms, tellement nos vies sont ternes sur ce plan. Nos vies devraient être des témoignages vivants. Nous devrions être le sel de la Terre, c’est-à-dire, avoir un goût si particulier, au lieu d’être fade et sans goût. Nous devrions aussi être des lumières du monde, et non des chrétiens cloîtrés dans un bâtiment ou dans notre formulation de pensée erroné du Jésus personnel, avec qui j’entretiens une relation religieuse cultuelle. Si vous croyez que cela plaît à Dieu votre culte personnel, vous vous enfoncez un doit dans l’œil jusqu’à l’épaule!
  • Avec les autres: Le Jésus personnel nous est ramené en pleine figure lorsque nous entrons en relation avec les autres. En réalité, nous ne sommes pas incités à développer des relations interpersonnelles, sous le dénominateur commun de cette foi en Christ, mais bien à générer des façades évangéliques, où le patois de Canaan fait figure de langage abstrait qui ne veut rien dévoiler de notre vie personnelle. On se prépare pour « aller à l’église » (je hais profondément cette formulation traditionnelle), puis on arrive dans le parvis du bâtiment, que l’on appelle faussement « église » avec notre sourire évangélique où l’entretient des apparences est primordial. Il ne faudrait surtout pas créer de malaises avec nos soucis, alors, on répond « oui ça va bien, grâce à Dieu »… Mais faut-il blâmer ces chrétiens, alors qu’ils n’ont jamais été encouragé à entrer sincèrement en relation, sauf pour une poignée de mains? Combien de petits groupes se forment dans une assemblée, mais qui ne daignent même pas aller vers les autres? On établit sa petite zone de confort. Allez, faites le test: allez dans une assemblée plusieurs semaines de suite, vous constaterez que les gens s’assoient toujours au même endroit, puis discutent toujours avec les mêmes personnes. Pourquoi? La formule ecclésiastique actuelle qui prévaut dans le christianisme n’est pas conçu pour développer l’aspect relationnel, car nous sommes sous le modèle empirique clérical antique, triste héritage d’un catholicisme moyenâgeux, mieux connu sous sa péjorative appellation: âge des ténèbres. Et avec la prolifération des réseaux sociaux, facebook en tête, si un autre croyant n’est pas d’accord avec nous, on le supprime, comme on jette un déchet à la poubelle. N’est-ce pas merveilleux? Oui, je suis sarcastique 😉
  • En communauté: Je ne connais pas beaucoup d’assemblées où les chrétiens sont incités à être des acteurs plutôt que des spectateurs. On impose le silence des ouailles durant le culte au lieu de les laisser s’exprimer librement. On leur impose un message de 45, voir même, 60 minutes dans certains cas, puis on les remercie de leurs présences, après quoi, on quitte tout bonnement le lieu de culte. On offre un service au lieu de s’édifier les uns les autres. Cette manière de faire s’est cristallisée dans le temps, depuis la forme homilétique de Jean Calvin. Jamais on n’a considéré que l’homélie était une méthode adaptée à un contexte particulier. Ce ne sont pas des messages bibliques, comment tendent à nous faire croire les différents clergés du christianisme, mais bien des thématiques, selon le ressentit du pasteur, qui détient injustement le monopole du droit de parole. Le pasteur ne paît pas les brebis, il donne ses sermons à la manière homilétique de Jean Calvin, célèbre réformateur du 16ième siècle. Où est l’aspect relationnel tant évoqué dans tout le N-T, ainsi que de la notion tout aussi abondante de: « LES UNS LES AUTRES »? Ce ne sont pas des sermons ni des monologues soporifiques dont les gens ont besoin, mais bien d’être en relation les uns les autres. C’est exactement dans cette notion que les chrétiens apprennent à grandir, pas dans les sermons, dont seulement 10% du sermon est retenu dans notre cerveau. Ce que les gens retiennent bien davantage, c’est l’aspect relationnel. C’est ainsi que nous avons été créé, pas pour être des passifs auditifs. Ce qui fait que notre relation communautaire est bien superficielle. Qui peut exprimer son désir de se confier dans un tel somnifère ecclésiastique?

 

Conclusion

Le Jésus personnel a fait bien des dégât, car combien parmi les chrétiens furent déçus de ne pas obtenir ce qu’on leur avait fait miroité, par un message dilué d’un Jésus à L’eau-de-rose? Dans d’autres cas, un Jésus qui allait régler leurs problèmes personnels? Bien que, en effet, Jésus est la solution pour notre salut, nous marchons encore ici-bas avec plusieurs de nos travers et difficultés. Dans un Jésus personnel, on n’évoque rarement les épreuves que l’on va subir durant cette merveilleuse aventure de la vie en Christ. Je dis merveilleuse, car mes épreuves, aussi douloureuses furent-elles, ont contribué à la consolidation de ma foi et de mon espérance en Christ. Le Jésus personnel est la résultante d’une psychologie humaniste où, chacun est face à lui-même, devant ses propres choix d’entrer dans la religion chrétienne ou la refuser. Mais c’est bien Christ qui nous choisi et non le contraire. Nous pouvons avoir l’impression de l’avoir choisi, en effet, mais c’est bien une folie que de refuser la lumière de Dieu qui luit sur nous. La psychologie ne changera aucunement votre nature, mais si seulement les chrétiens manifestaient un véritable amour entre eux, je peux vous garantir que bien des psychologues feraient banqueroute.

 

 

Patrick Galarneau

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2 réflexions sur “Le Jésus personnel: l’influence de la psychologie (complet)

  1. Je réagis par rapport au post « la victime est pathétique » ironiquement, nous sommes les premiers à utiliser les versets servant à fustiger les autres de tout un tas de maux qu’ils ont commis.

    Mais on occulte très volontairement quand cela est pas pour nous, cette suite de verset dans Matthieu 5:3Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux!
    4Heureux les affligés, car ils seront consolés!
    5Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre!
    6Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés!
    7Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde!
    8Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu!
    9Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu!
    10Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux!
    11Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. 12Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous.

    Ceux-là sont très souvent utiliser pour s’auto-rassurer, mais on s’en sert jamais pour défendre quelqu’un ou pour rassurer une personne. Ne serais-ce pas une forme d’hypocrisie ?

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