« Pour que cesse l’Omerta » – Jacques

Je me suis entretenu avec la mère de Jacques (nom fictif), au sujet de ce qu’a vécu son fils au sein de l’école La Bonne Semence, affiliée à l’église de Victoriaville. C’est une mère éplorée et désemparée qui s’est confiée à l’auteur de ces lignes. La première chose qu’elle m’a dite d’entrée de jeu, c’est que jamais elle n’a su et jamais elle ne s’est doutée de l’ampleur des sévices vécus par son fils, Jacques. Comme elle me l’a spécifié à quelques reprises: « si j’avais su, jamais je n’aurais envoyé mes enfants à cette école. Je me sens coupable de ce qu’a vécu mon fils« . Monique (nom fictif de la mère), a envoyé ses trois enfants à l’école La Bonne Semence.

J’ai demandé à Monique, mère de Jacques, à quel moment elle a su ce qui se passait à l’école La Bonne Semence: « Mes fils ne me parlaient pas de ce qui se passait. Le Dimanche, à l’église, rien ne transpirait, rien ne paraissait. À un certain moment, j’ai moi-même travaillé au sein de cette école, et en aucun cas je n’ai été témoin de ce qui s’y passait. Tout se faisait dans le plus grand des secrets. J’ai su lorsque mon fils, alors qu’il avait 12 ans, nous (sa famille) a confié qu’il n’en pouvait plus des sévices corporels qu’il subissait aux mains de Claude Guillot« .

Notes de l’auteur: Selon les dires de Monique, il n’y avait pas que Claude Guillot qui administrait les raclées, mais les plus mémorables provenaient de sa main. Monique m’a nommé plusieurs personnes ayant terrorisé les enfants à cette école de l’église baptiste évangélique de Victoriaville, mais pour le bon déroulement de l’enquête en cours, et parce qu’aucune autre accusation n’a encore été porté, je ne nommerai pas ces individus.

À la question suivante: « Il y a 35 ans, la correction corporelle était encore effective dans plusieurs établissements scolaires du Québec, même au public. Que pensiez-vous de cette forme de correction dans le milieux éducatif de l’école La Bonne Semence »?

La réponse de Monique:  « Les pasteurs nous ont effectivement confirmé qu’il y avait bel et bien une correction qui pouvait se traduire de manière corporelle, mais que celle-ci était faite avec et par amour. Lorsque nous avons su ce qui se passait, nous avons compris que les pasteurs nous ont carrément mentis. À cette époque, sur la feuille d’inscription, il y avait une mention au sujet de la correction corporelle, à savoir si, comme parents, nous l’acception. Toutefois, ce n’était ni éducatif ni correctionnel, c’était de la violence gratuite ».

 

Question suivante: « À quel moment avez-vous retiré vos enfants de l’école »

Réponse de Monique: « Nous étions tous réunis chez moi, mon mari, Jacques et le pasteur de l’époque. Le pasteur a affirmé que mes fils devaient accepter la correction corporelle, faute de quoi, on devait les mettre à la porte de l’école. Pour Jacques, il a prit lui-même la décision de quitter l’école. J’ai retiré mes deux autres enfants de cette école évangélique« .

 

Question suivante: « Que s’est-il passé par la suite »?

Réponse de Monique: « Ce ne fut pas facile par la suite pour mes enfants à l’école publique. Ils n’étaient pas aussi avancés que les autres élèves sur le plan de l’éducation. Ils ont subi de l’intimidation et aucun de mes deux fils n’a terminé son secondaire. Pour ma fille, c’est différent. Elle s’en est mieux tirée. Elle n’a pas subi le même traitement que Jacques, comme si Guillot en avait personnellement contre Jacques, car ce dernier lui résistait avec son fort caractère« 

 

 

Question suivante: « Outre l’école La Bonne Semence, avez-vous déjà eu un quelconque contact avec monsieur Claude Guillot »?

Réponse de Monique: « Ça s’est limité à de simples bonjours le dimanche matin, avec le sourire, mais sans plus« 

 

Conclusion

Monique m’a expliqué que Jacques a vécu beaucoup de révolte après tous ces événements qui ont marqué sa jeunesse. Selon elle, Jacques démontrait une agressivité envers elle, comme s’il lui en avait voulu pour ce qui lui est arrivé. Du moins, c’est son impression, car elle ressent toujours cette culpabilité. Elle n’a pas vu son fils pendant 11 ans (1999 à 2010). Ça fait maintenant cinq ans qu’elle a renoué avec son fils. Jacques ne l’a pas eu facile. Sa révolte et son agressivité l’ont mené en prison, pour un total de huit ans en tout. Monique m’a expliqué que ce fut très difficile ces derniers mois de revivre tous ces souvenirs, et certains éléments lui ont été révélés par Jacques au cours de ces derniers mois où, déjà, elle a dû surmonter plusieurs épreuves très difficiles au sujet de sa santé précaire.

 

J’ai retenu une phrase marquante de Monique qui, pour un chrétien comme moi, est lourd de sens: « Je disais à mon fils qu’il est mon fils et sera toujours mon fils, que je l’aime, et qu’importe comment notre relation a parfois été difficile, je lui ai pardonné, je le pardonnerai toujours, car je l’aime, il est mon fils »! N’est-ce pas justement cet amour qui caractérise notre Dieu envers nous, croyants, même lorsque nous sommes parfois loin de lui?

 

Merci à vous Monique et bon courage dans cette épreuve et pour votre santé.

 

Patrick Galarneau.

 

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Une réflexion sur “« Pour que cesse l’Omerta » – Jacques

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