Je suis chrétien et je ne prie jamais…

Du moins, pas à la manière dont on nous l’enseigne depuis toujours. J’ai remarqué que nous prions sensiblement tous de manière très traditionnelle, dans la même position, avec le même genre d’inepties qui doivent certainement être d’un ennuie mortel pour celui qui nous a fait grâce. Il serait peut-être d’ailleurs plus que temps de lui faire grâce à notre tour, le dispensant de notre religiosité crasse, mais pas nécessairement volontaire. Oui, notre Dieu doit en avoir assez de nos conventions évangéliques où la prière est surtout instrumentalisée pour se donner bonne conscience quand nous sommes en groupe. Ainsi, la prière nous distingue de tous les autres groupes qui se réunissent corporativement.

 

J’ai remarqué que nous sommes trop souvent en mode « demandes », et au pluriel. Mais nous arrive-t-il d’écouter? Bizarrement, nous éjectons Dieu de plusieurs de nos décisions, de nos réunions d’églises, de la manière dont nous nous comportons et réfléchissons… Nous refusons de changer. On ne veut pas que Dieu travaille les points sensibles de notre vie. On ne veut pas que les choses changent quand on a établit nos zones de conforts, mais on le prie en lui demandant un tas de choses, commandant au Seigneur d’agir, puis, un « ainsi soit-il » pour terminer. Le pire, c’est qu’on demande à Dieu de la même manière qu’on demande à un esclave qui est à notre service. Nous lui disons de faire ceci dans nos vies, cela pour telle situation, et on le remercie pour avoir béni quand on a obtenu un emploi… mais même sans Dieu, l’emploi aurait été obtenu quand même.

 

Ce qui est triste de constater, c’est que si les chrétiens n’obtiennent pas ce qu’ils ont demandé, c’est parce que Dieu n’a pas répondu, ou pas entendu, ou encore, parce qu’il est fâché contre eux. Soit ils rendent Dieu coupables ou soit ils se culpabilisent de ne pas être à la hauteur des attentes de Dieu. Bien dommage à dire, mais il s’agit encore d’une des facettes cachées de cet évangile de prospérité. C’est un évangile de prospérité, car on se fait croire que nous obtiendrons tout ce que nous avons demandé, comme l’enfant assis sur les genoux du grand-père retraité déguisé en père Noël au centre d’achats. Ils se culpabilisent, car ils croient ne pas mériter ce qu’ils ont demandé, mais pas reçu. Ils s’irritent contre Dieu, car ils ont cru que Dieu se tenait à leurs côtés avec une baguette magique, afin d’exaucer tous leurs voeux.

 

Je me rappelle, alors que je côtoyais presque exclusivement des pasteurs, nous ne cessions de prier avant chaque rencontre. Position assise, tête penchée vers le bas, les yeux fermés, et un tas d’inepties sans saveur, sans couleur ni odeur qui sortaient de nos bouches, ce qui nous donnait la fausse impression que nous venions d’entrer en pleine présence de Dieu parce que nous avons obéi à une convention évangéliquement acceptable. Puis, avant chaque réunion pastorale, puis après. Avant chaque cours théologique, puis après, Avant et après chaque agapé. Avant et après chaque culte. Avant et après chaque réunion de membres. Avant et après chaque entretient dans mon bureau ou celui d’un autre pasteur. Avant et après chaque enseignement que je donnais. Avant et après chaque décision d’églises ou du conseil pastoral. Avant et après chaque… vous avez compris. La prière dans la religion évangélique est devenue protocolaire et non plus une relation intime avec Dieu. Quelle superficialité!

 

Mais que sommes-nous donc devenus? Des fonctionnaires de Dieu? Ou plutôt: des fonctionnaires de l’église évangélique? Lorsque Dieu dit: « ce peuple m’honore des lèvres, mais son coeur est éloigné de moi »… n’est-ce pas ce que nous vivons dans nos églises mortes? Bien entendu, nous sommes chrétiens. Évidemment, on ne veut pas déplaire à Dieu. Mais j’ai bien plus l’impression qu’on ne veut pas se déplaire entre nous et que nous chérissons le culte de notre propre image du bon croyant évangélique et sans tache. N’est-ce pas? Nous prêchons sur la prière, son importance, son impact et même, on la qualifie « d’arme secrète du chrétien ». Mais encore faut-il savoir ce qu’est prier! Même si nous savons ce qu’est prier, encore faut-il avoir un coeur proche de celui de Dieu, car comment pouvons-nous prétendre honorer Dieu, alors que notre coeur s’éloigne? Si la prière est devenue un protocole, ne vivons-nous pas alors de manière superficielle cette vie en Christ.

 

Mais alors, comment faut-il prier? Je vous demande alors ceci: comment parlez-vous à votre femme, ou à votre mari? Et bien voilà, c’est comme cela qu’il vous faut prier. Si vous agissez de manière traditionnelle, comment voulez-vous que Dieu ait le plaisir de vous répondre? Si vous utilisez la prière comme un protocole de conformité à la dynamique engendrée par l’église élargit, comment pensez-vous que Dieu puisse vous répondre? Ce n’est pas parce que vos projets vous réussissent que vous avez reçu la réponse de Dieu. Lorsque je parle à ma femme, je ne fais pas que lui quémander et qui plus est, quand j’en ai besoin. Je parle à ma femme, j’échange avec elle, je passe du temps en sa présence, parfois sans même parler. Je marche avec elle, en parlant ou en silence. Je suis en sa présence et ce, aussi souvent que faire ce peut. Dois-je m’adresser à elle en lui commandant d’agir? Seulement dans les moments où j’en ai besoin? Est-ce que parle avec elle de manière superficielle et sans âme? Suis-je éloigné d’elle alors que j’affirme l’aimer, mais seulement du bout des lèvres? Est-ce que je m’intéresse à elle, ou seulement à moi et mes besoins? Est-ce que je prononce des choses qu’elle désir entendre? Ou cela vient du coeur? Lui dis-je les mêmes âneries jour après jour, à la même heure, de manière protocolaire et sans intérêt? Alors si c’est le cas, elle est en train de préparer lentement mais surement son divorce!

 

Parfois, nos prières sont endormantes, stériles, trop longues, trop courtes, sans coeur et sans âme. Dans un tel cas, je préfère dire à Dieu que je n’ai pas envie de lui parler ni de l’écouter. Soyez chaud ou soyez froid, mais ne soyez pas tiède! J’ai aussi appris à me taire et à écouter Dieu. Ce qui m’étonnera toujours, c’est de constater à quel point on met Dieu dans tous nos projets. NOS PROJETS! Pas les siens! Les associations d’églises, trop souvent, se font des histoires et ils croient à leurs illusions. Du moins, ils tentent d’y croire. Ils se font des plans visionnaires avec des échéanciers et des plans d’avenir pour leurs organisations, mais Dieu n’a absolument rien dirigé. On se fait des plans, puis on demande à Dieu de bénir ce plan. L’homme a bien des projets, mais au final, c’est le plan de Dieu qui se réalisera, car le passage de l’homme est éphémère, mais Dieu est éternel et il a une vision beaucoup plus éloigné dans le temps pour savoir ce qui doit être réalisé ou non. Mais nous nous illusionnons dans nos projets et nous incluons Dieu à la fin, comme si Dieu était un objet. C’est à se demander si nous croyons sincèrement en Dieu.

 

Dieu n’est pas une marionnette dont on y insère notre main à l’intérieur pour le faire bouger selon notre volonté. Il est parfaitement souverain et sait ce qui est bon pour nous. Il n’a nul besoin de nos projets grandioses. Ce que Dieu désir, c’est un coeur qui se rapproche du sien, et non de nos projets dont nous instrumentalisons son nom pour le faire passer pour le plan de Dieu. Dans le fin fond de nos coeurs, admettons-le, il y a bien de nos projets, personnels, comme associatifs, qui n’ont en rien la faveur de Dieu, mais bien notre propre volonté que l’on veut se faire croire et faire croire qu’il s’agit de la volonté de Dieu. Cessons donc de nous illusionner et revenons à l’essentiel, la base et la fondation de notre foi, une foi simple et limpide. Ma prière est une relation directe avec Dieu. Je lui parle comme je parle avec ma femme. C’est mon père, mon ami, mon confident, c’est celui qui m’a sauvé la vie. Dieu n’est pas une béquille sur laquelle je m’appuis quand ça ne va pas ou quand j’en ai besoin pour réaliser mes voeux. Dieu est bon, mais pas bonasse. Si je passe pour un fou quand je parle à Dieu les yeux ouverts, alors que je déambule les rues ou le bord de l’eau, je n’en ai que faire, je tente de me maîtriser et de le faire dans mon for intérieur. Mais lorsque je suis seul, alors que je fais les tâches ménagères, ou que je suis en plein coeur de mon projet d’enseignement, je parle à Dieu comme si quelqu’un était physiquement en ma présence.

 

Je ne ressens pas le besoin de parler absolument. Mais je ressens le besoin d’être en relation avec Dieu. Je ne suis pas seulement en train de parler. En fait, je parle beaucoup moins que j’écoute. Je pourrais même dire que je ne parle presque jamais. Autrement dit, je ne prie pas. Je laisse Dieu s’adresser à mon coeur, car mon coeur est disposé à son écoute, bien plus qu’auparavant en tout les cas. Je ne ressens plus autant le besoin de parler à Dieu, car je sais qu’il me comprend, qu’il entend mon coeur, qu’il sait exactement ce dont j’ai véritablement besoin. Certains croient qu’il faut faire de longues prières. Les pharisiens aimaient bien faire de longues prières. Ils croyaient impressionner ceux et celles qui les croisaient en train de prier, mais surtout, ils ont osé croire qu’ils impressionnaient Dieu par leur fausse piété. Or, de très courtes prières sont amplement suffisantes, mais une grande écoute de Dieu ne sera jamais considérée comme exagéré. Prier longuement, c’est souvent le fruit de gens inactifs, peu productifs, peu enclin à agir. Ce sont ceux qui prient le moins mais qui sont le plus à l’écoute qui agissent davantage et pour les bonnes raisons. Avec ma femme, j’écoute davantage que je parle. Être à son écoute, c’est la comprendre davantage, la connaître et savoir qui elle est vraiment. Lui parler sans cesse, lui adresser des demandes continuellement, c’est être centré sur moi-même, contrairement à ce qu’on donne comme image aux autres.

 

Oui, nous agissons comme des pharisiens, à bien des égards, et la prière en est un des symptômes. Aucun chrétien ne m’impressionne par la longueur de sa prière, ni par la profondeur de ses propos. Il m’impressionne par sa transparence et sa pureté dans un coeur qui se révèle de manière authentique, comme ce publicain qui se frappait la poitrine de honte devant le Seigneur, pendant que le pharisien faisait sa propre éloge, dans sa prière adressée à Dieu. Prier, c’est devenu trop souvent centré sur le moi, l’égocentrisme. Ce n’est plus centré sur l’autre, Dieu.

 

Je ne prie plus, je parle à Dieu. Mieux encore, je fais silence pour être à son écoute, en espérant l’avoir bien compris et agir en conséquence.

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Aux victimes de Claude Guillot et de l’école « La Bonne Semence »…

Message de l’enquêteur du dossier Claude Guillot et l’école « La Bonne Semence »:

 

Bonjour,

 

Certains d’entre vous ont porté une plainte officielle à la Sûreté du Québec concernant les sévices subis durant votre fréquentation de l’école « La Bonne semence ».

 

Je suis l’enquêteur principal au dossier. J’invite donc toutes les victimes désirant porter plainte ou prêt à témoigner dans ce dossier à communiquer avec moi par courriel et / ou téléphone.

 

Sgt / Enquêteur: Patrick Munoz #8916

Courriel: patrick.munoz@surete.qc.ca

Téléphone bur: (819) 572-6044

 

 

 

Patrick Galarneau

Hidjab Day: la journée de l’obscurantisme et du faux débat.

A droite, une étudiante de Sciences Po qui porte le voile tous les jours. A gauche, une autre qui en a revêtu un en solidarité, lors du Hijab Day, le 20 avril.

Elles ont imaginé cet événement pour « sensibiliser sur la question du foulard enFrance ». Mercredi 20 avril, un groupe d’étudiantes de Sciences Po Parisorganisait un Hijab Day, appelant ceux qui le souhaitent à « se couvrir les cheveux d’un voile le temps d’une journée ». Sur la table installée dès 8 heures dans le hall de l’établissement, une dizaine de foulards sont mis à la disposition des volontaires, invités à poser leurs questions. Les organisatrices portent toutes un voile, la majorité le font pour l’occasion.

L’idée de s’emparer du débat est née il y a quelques semaines à Sciences Po, à la suite des propos de Laurence Rossignol, la ministre des droits des femmes, qui a comparé celles choisissant de porter le voile aux « nègres qui étaient pour l’esclavage ». La volonté de Manuel Valls, le premier ministre, de relancer le débat sur le port du voile à l’université — un débat clos par François Hollande, le président de la République, lors d’une émission télévisée jeudi — a fini deconvaincre les étudiants qu’il fallait mener une action.

En proposant aux volontaires de se voiler le temps d’une journée, l’objectif est de« mieux comprendre l’expérience de la stigmatisation vécue par de nombreuses femmes voilées en France », expliquent les organisatrices. Surtout, les étudiantes qui portent le foulard veulent en profiter pour s’emparer d’un débat qui les concerne et dont elles s’estiment absentes. « Ce qui me dérange, c’est qu’on parle à ma place », affirme Sonia, 20 ans, qui porte le voile « dans la vraie vie » et soutient l’initiative. « On ne se reconnaît pas dans l’image que donnent de nous lesmédias », renchérit Laëtitia, voilée depuis deux ans et membre du groupe à l’origine de la journée.

« Caractère prosélyte »

Mais l’initiative divise. Parmi les étudiants, tous sont favorables au débat. C’est la forme de l’action qui ne fait pas l’unanimité. « Je ne sais pas si cet événement est la meilleure manière de se mobiliser, mais je soutiens ces femmes qui portent le voile et veulent en parler : on ne leur donne pas assez la parole », estime Gaëlle, qui s’apprête à porter un hidjab pour la journée. Arthur, 24 ans, est, pour sa part, dubitatif quant à la pertinence d’un tel événement, qu’il juge uniquement symbolique : « Porter le voile quelques heures puis le retirer est absurde. Ça ne permet absolument pas de se rendre compte de ce que vit une femme voilée. »

Certaines associations étudiantes sont opposées au projet, à l’image de l’Union nationale interuniversitaire (UNI), qui juge que les étudiants sont incités à se voiler.« Ça n’est pas le débat sur le port du voile qu’on dénonce, c’est le caractère prosélyte de l’événement », affirme Carla Sasiela, responsable de l’organisation à Sciences Po.

Si les organisatrices insistent sur le caractère « interne à Sciences Po » du Hijab Day (l’établissement était fermé aux personnes extérieures), la portée de la journée, qui touche à la question ultrasensible en France du voile dans l’enseignement supérieur, dépasse l’IEP. Aux premières heures de la journée, il y avait plus de journalistes que d’étudiants devant le 27 rue Saint-Guillaume. La veille, une première page Facebook créée pour la journée a été supprimée en raison des nombreux commentaires haineux et racistes laissés par les internautes.

Au-delà de Sciences Po

Fatima El Ouasdi, présidente de l’association féministe Politiqu’elles, qui soutient l’initiative, n’est pas surprise par l’ampleur médiatique que suscite la journée. Mais elle le déplore. Comme beaucoup d’étudiants de Sciences Po, elle a fait une partie de ses études à l’étranger, où la question du voile à l’université ne se pose pas. « Le fait que le voile cristallise autant les passions est problématique. Le voile que l’on met, c’est sur les réelles préoccupations des Français », juge-t-elle.

Rachid est venu de loin pour apporter son soutien au Hijab Day. Ce Nanterrien (Hauts-de-Seine) de 50 ans salue l’initiative qu’il perçoit comme un« rapprochement » entre les musulmans et les non-musulmans dans un contextedifficile. « Le fait qu’un établissement comme celui-là, qui forme les futurs dirigeants du pays, veuille démystifier cette histoire de hidjab me donne de l’espoir », dit-il. Pour ce musulman pratiquant, la question du voile est complexe. Il n’y est pas opposé à condition qu’il s’agisse d’une décision personnelle, mais c’est un choix qui ferme des portes, « surtout dans le monde du travail », constate-t-il. Lorsque sa femme, « bac + 5 », a fait le choix de se voiler il y a dix ans, il s’est d’ailleurs inquiété. Aujourd’hui, elle est assistante maternelle, un poste « qui lui convient tout à fait » mais qui n’est pas à la hauteur de ses compétences, selon lui.

Rachid regrette que Sciences Po ne soit pas à l’origine du projet. La direction de l’établissement a autorisé la journée tout en précisant que sa tenue dans les murs de Sciences Po « ne saurait être interprétée comme un quelconque soutien de l’école à cette initiative ». Lui aurait préféré un « vrai débat encadré ».

Rachelle, 18 ans, fait partie des quelques étudiantes qui ont décidé de se couvrir les cheveux. La journée a certainement créé le débat, mais peu d’élèves ont finalement joué le jeu. Elle a choisi un foulard dans les tons rosés. En une matinée dans les rues adjacentes à l’établissement, trois personnes ont commenté sa tenue. « Je savais que cette question faisait débat en France, mais je ne pensais pas que c’était à ce point électrique », explique-t-elle surprise, avant de poursuivresa route. Elle veut quitter le quartier de Sciences Po, où « tout le monde est au courant de l’événement ». Impossible alors de se mettre réellement dans la peau d’une femme voilée.

La guerre en Syrie a conduit au trafic sexuel de plusieurs jeunes syriennes.

Soha, une Syrienne de 26 ans, victime de trafic sexuel pendant des années au Liban, le 13 avril 2016 dans une lieu indéterminé© Fournis par AFP Soha, une Syrienne de 26 ans, victime de trafic sexuel pendant des années au Liban, le 13 avril 2016 dans une lieu indéterminé

Un fouet accroché au-dessus d’un lit, de la lingerie au sol, des portes en fer et des fenêtres grillagées aux vitres peintes en noir.

C’est dans ce décor sinistre d’un bordel au nord de Beyrouth que Soha, une Syrienne de 26 ans, a été durant des années coupée du monde, soumise avec des dizaines d’autres filles aux pires formes d' »esclavage sexuel ».

« On devait coucher avec 15 à 20 hommes par jour, parfois avec 40 quand il y avait beaucoup de ‘travail' », affirme Soha dans une rare interview accordée à l’AFP dans une ville au sud du Liban où elle a trouvé refuge. Elle utilise un pseudonyme pour des raisons de sécurité.

Début avril, le scandale éclate avec le démantèlement du plus grand réseau de trafic sexuel découvert depuis le début de la guerre en Syrie qui a poussé plus d’un million de personnes à se réfugier au Liban.

Vue extérieure en date du 14 avril 2016 à Beyrouth du bâtiment où des Syriennes étaient victimes de trafic sexuel© Fournis par AFP Vue extérieure en date du 14 avril 2016 à Beyrouth du bâtiment où des Syriennes étaient victimes de trafic sexuel

Rendus vulnérables par la guerre, de plus en plus de Syriens sont victimes d’exploitation sexuelle entre autres au Liban ou en Jordanie, selon la police et des organisations internationales.

« On n’avait pas le droit de sortir; les gardes nous ramenaient vêtements, maquillage et nourriture », se souvient Soha, une brune à la voix douce et aux ongles peints en noir.

Agées de 20 à 28 ans, au moins 75 femmes, la plupart Syriennes, ont été libérées de cet enfer mais le chef du réseau est en fuite. Treize gardes et trois proxénètes ont été arrêtés.

La police des mœurs libanaise est elle soupçonnée de complicité et un gynécologue qui aurait pratiqué 200 avortements forcés a été identifié sans être arrêté.

– ‘Ligotée, battue’ –

« Si on refusait une sodomie, une fellation, une relation sans préservatif ou si un client n’était pas satisfait, on nous fouettait au petit matin », raconte Soha qui avait pu s’enfuir quatre mois avant l’opération contre le réseau.

Un fouet posé sur une table à l'intérieur u bâtiment où des Syriennes étaient victimes de trafic sexuel, le 14 avril 2016 à Beyrouth© Fournis par AFP Un fouet posé sur une table à l’intérieur u bâtiment où des Syriennes étaient victimes de trafic sexuel, le 14 avril 2016 à Beyrouth

Leur tortionnaire s’appelait I. R., un ex-membre des renseignements de l’air syriens aujourd’hui en fuite en Syrie, selon des sources de sécurité. Il était gérant de « Chez Maurice » et « Silver », deux maisons closes de la région de Maameltein, le « quartier rouge » du Liban.

« Il ligotait la fille en lingerie sur une table, lui jetait de l’eau froide et la battait, avec le fouet ou un tuyau en plastique. Si elle tentait de fuir, il lui donnait des coups de pied sur la tête, sur le ventre », assure Soha, tirant nerveusement sur sa cigarette. « Puis, elle devait reprendre le travail comme si de rien n’était ».

Les coups étaient infligés devant les autres filles, pour servir de « leçon », dit-elle, précisant qu’une victime fut si sévèrement battue qu’elle « est restée un mois au lit ».

Vue intérieure en date du 14 avril 2016 à Beyrouth du bâtiment où des Syriennes étaient victimes de trafic sexuel© Fournis par AFP Vue intérieure en date du 14 avril 2016 à Beyrouth du bâtiment où des Syriennes étaient victimes de trafic sexuel

« La seule fois où une fille pouvait sortir, c’est quand I. R. la ramenait chez lui pour passer la nuit et la ‘tester’, comme s’il s’agissait d’une marchandise », soutient Soha.

« Chez Maurice » et « Silver » ont été scellés à la cire rouge par la police qui a fermé d’autres maisons closes près de Beyrouth.

Originaire du sud de la Syrie, Soha a été amenée par ruse au Liban comme la plupart des victimes de traite. C’était en 2008, elle avait 18 ans et une connaissance d’I. R. lui avait promis qu’elle « travaillerait comme serveuse dans un restaurant ».

A l’arrivée, ce fut le choc. « Quand j’ai refusé de me prostituer, I. R. m’a battue ».

– ‘Fœtus enterrés’ –

« A leur arrivée au Liban, les filles étaient emprisonnées, leurs papiers et leur portable confisqués », explique à l’AFP le commandant Joseph Moussallem, porte-parole de la police libanaise.

Les proxénètes « choisissent des orphelines ou des filles de familles vulnérables », ajoute-t-il.

Scellées posées sur la porte du bâtiment où des Syriennes étaient victimes de trafic sexuel, le 14 avril 2016 à Beyrouth© Fournis par AFP Scellées posées sur la porte du bâtiment où des Syriennes étaient victimes de trafic sexuel, le 14 avril 2016 à Beyrouth

Certains « leur proposent un boulot, d’autres promettent des fiançailles avant d’emménager au Liban », selon Maya Ammar, porte-parole de Kafa (Assez!), une des ONG qui prend en charge les victimes.

« Beaucoup de femmes ont été violées le premier jour pour les soumettre », d’après elle.

Les filles étaient soit « achetées » et restaient indéfiniment prisonnière, soit « louées » quelques mois avant d’être passées à un autre réseau, selon Soha. « Je me suis sentie comme une ordure. Je ne sentais pas mon corps, il appartenait à mes tortionnaires, aux clients », confie-t-elle.

De nombreuses filles ont été forcées d’avorter « soit chez le médecin, soit en avalant des pilules », explique-t-elle. « Les foetus étaient enterrés dans un jardin derrière ‘Chez Maurice' ».

Vue intérieure en date du 14 avril 2016 à Beyrouth du bâtiment où des Syriennes étaient victimes de trafic sexuel© Fournis par AFP Vue intérieure en date du 14 avril 2016 à Beyrouth du bâtiment où des Syriennes étaient victimes de trafic sexuel

Selon le commandant Moussallem, certaines ont pensé au suicide. Les entremetteurs « les ont convaincues qu’au Liban, ils étaient tout-puissants ».

Les voisins de cette maison des horreurs, dotée de caméras de surveillance, affirment avoir entendu les cris des filles, mais dès qu’une personne appelait la police, I. R. était alerté et les cachait.

Une enquête a été ouverte après des accusations de « complicité » lancées par le leader libanais Walid Joumblatt contre « de hauts responsables de la police des moeurs » dans un pays miné par des affaires de trafic d’influence.

– Lois contradictoires –

Terrorisées, « les filles n’osaient pas parler aux clients », explique Soha. Finalement, plusieurs d’entre elles ont réussi à s’enfuir début avril, avec l’aide de clients.

Les membres du réseau risquent des peines de cinq à 15 ans de prison selon une loi de 2012.

Vue extérieure en date du 14 avril 2016 à Beyrouth du bâtiment où des Syriennes étaient victimes de trafic sexuel© Fournis par AFP Vue extérieure en date du 14 avril 2016 à Beyrouth du bâtiment où des Syriennes étaient victimes de trafic sexuel

Mais pour Mme Ammar, il y a deux lois contradictoires: l’une, qui réprime le trafic d’êtres humains, considère comme la femme comme victime, l’autre la pénalise. Des prostituées sont parfois arrêtées lors de coups de filets au lieu d’être protégées.

Selon Mme Ammar, les maisons closes de Maameltein étaient un secret de polichinelle, « mais quand elles ont fait la ‘une’, les gens ont été choqués ».

« Il y a des cas moins extrêmes mais ignorés », note-t-elle, citant des filles de Russie et d’Europe de l’est avec des « visas d’artistes » délivrés par la Sûreté générale, alors qu’elles doivent se prostituer au Liban.

Les ONG offrent une aide médicale, psychologique et légale aux victimes pour les aider à se reconstruire. Certaines ont porté plainte, d’autres sont rentrées en Syrie malgré la guerre.

 

sources: http://www.msn.com/fr-ca/actualites/monde/au-liban-des-syriennes-dans-lenfer-du-trafic-sexuel/ar-BBrTwaG?li=AAgh0dy&ocid=mailsignout

Boko Haram: Deux ans après le rapt de 276 lycéennes, l’école reste la cible

© AFP | De nombreuses manifestations ont eu lieu à travers le monde après l’enlèvement de 276 jeunes filles dans un lycée de Chibok, au Nigeria, en avril 2014.
Texte par Charlotte OBERTI 

Dernière modification : 14/04/2016

Jeudi marque les deux ans de l’enlèvement des 276 lycéennes à Chibok, dans le nord-est du Nigeria, par Boko Haram. Cet évènement tragique s’inscrit dans une série d’intimidations de la part des islamistes, en croisade contre l’éducation.

Il y a deux ans jour pour jour, 276 lycéennes étaient kidnappées, dans la nuit du 13 au 14 avril 2014, par des islamistes de Boko Haram. Des hommes avaient surgi dans l’internat de l’école des jeunes filles à Chibok, dans le nord-est du Nigeria, avant de les emmener de force. Fin mars, Human Rights Watch (HRW) révélait un autre rapt massif passé sous silence : celui de 500 femmes et enfants à Damasak le 24 novembre 2014.

Parmi les jeunes filles de Chibok, 57 ont réussi à s’échapper dans les heures qui ont suivi. Dans unentretien accordé à France 24 en février 2015, l’une d’elles, « Saa », a parlé des menaces qu’elle et sa famille ont reçus après qu’elle se soit enfuie. « Les hommes de Boko Haram nous ont menacées, nous disant que si nous allions dans n’importe quelle école du Nigeria, ils nous retrouveraient et tueraient nos familles ».

Les hommes de Boko Haram ont envoyé une preuve de vie pour au moins 15 des jeunes filles toujours entre leurs mains. Dans une vidéo qui aurait été enregistrée le 25 décembre et que CNN a pu récupérer, les adolescentes couvertes d’un hijab donnent leur nom. Les 15 adolescentes ont été formellement identifiées par les autorités.

Croisade anti-éducation

Empêcher les filles d’aller à l’école : c’est l’objectif que Boko Haram poursuit au Nigeria. Une croisade anti-éducation mise en lumière par le rapt massif des filles de Chibok. Et si l’événement a été très largement médiatisé, ce n’est qu’une des nombreuses manifestations d’un problème généralisé qui ne cesse de s’aggraver .

Les islamistes de Boko Haram, qui ont prêté allégeance à l’organisation État islamique, ne cachent pas leur mépris pour l’école, qu’ils affichent jusque dans leur nom : Boko Haram signifie « l’éducation occidentale est un péché ». Ainsi, ces intégristes ont mis en place une campagne de terreur systématique au Nigeria, et plus particulièrement dans le Nord-Est, berceau du groupe islamiste.

Dans un rapport publié lundi 11 avril par Human Rights Watch (HRW) l’ONG dénonce « l’intensification des attaques de Boko Haram contre les écoles, les élèves et les enseignants depuis 2009 dans les États de Borno, Yobe et Kano ». Entre 2009 et 2015, ces attaques auraient détruit plus de 910 écoles et forcé la fermeture de 1 500 autres, précise le rapport intitulé « ‘Ils ont incendié les salles de classe’ : attaques perpétrées contre l’éducation dans le nord-est du Nigeria ».

Écoles incendiées, professeurs assassinés

Par ailleurs, au moins 611 enseignants ont été délibérément tués et 19 000 autres ont été obligés de fuir, poursuit le rapport. Au cours de ces six années, le groupe a enlevé plus de 2 000 civils, dont de nombreuses femmes et jeunes filles et plusieurs groupes d’élèves. D’autre part, l’ONG pointe du doigt les forces de sécurité nigérianes, qui ont contribué au problème en utilisant des écoles comme bases militaires.

>> À lire sur France 24 : Enfants kamikazes, la nouvelle arme de guerre de Boko Haram

Selon Adamu, un professeur exerçant dans la ville de Maiduguri, dans le nord-est du pays, la situation est en effet critique. « Boko Haram a distribué des affiches sur lesquelles il était écrit que s’ils voyaient un professeur en train d’enseigner, ils le tueraient », explique-t-il.

En février 2012, en l’espace de seulement deux semaines, au moins 12 écoles de cette localité ont été incendiées par les insurgés, dénonce HRW.

« Une génération entière d’enfants privés d’éducation »

Malgré son jeune âge, Hasan a également fait les frais de cette atmosphère de terreur. Il ne peut plus aller à l’école car son établissement a été détruit par Boko Haram. Il est un survivant de cette attaque. « Nous ne savions pas ce qui se passait. Nous avons juste senti une explosion, se rappelle-t-il. Je me suis levé et je suis retombé. J’ai essayé de me lever à nouveau mais je suis retombé. J’ai perdu une jambe. »

Comme Hasan, près d’un million d’enfants n’ont pas ou peu accès à l’éducation au Nigéria en raison des attaques de Boko Haram, étaye HRW.

>> À lire sur France 24 : Lutte contre Boko Haram : « À Maiduguri, c’est entre l’apocalypse et l’accalmie »

« Dans sa violente croisade contre l’éducation influencée par les valeurs occidentales, Boko Haram prive une génération entière d’enfants du nord-est du Nigeria de leur droit à l’éducation », a affirmé Mausi Segun, chercheuse sur le Nigeria auprès de la division Afrique de HRW. « Le gouvernement devrait fournir d’urgence des moyens de scolarisation adaptés à tous les enfants touchés par le conflit. »

Mais le gouvernement reste pour l’instant inactif, selon certains. Le 24 novembre 2014, 500 femmes et enfants ont été enlevés dans la localité du nord-est de Damasak, ont affirmé mercredi 13 avril à l’AFP des habitants de cette ville confirmant une information de HRW. Pendant un an et demi, les autorités avaient ignoré, et même démenti, les informations sur ce rapt massif, plus important que celui des 276 lycéennes de Chibok. Trois cents enfants, qui étaient élèves en primaire au moment des faits, sont toujours portés disparus depuis plus d’un an.