Boko Haram: Deux ans après le rapt de 276 lycéennes, l’école reste la cible

© AFP | De nombreuses manifestations ont eu lieu à travers le monde après l’enlèvement de 276 jeunes filles dans un lycée de Chibok, au Nigeria, en avril 2014.
Texte par Charlotte OBERTI 

Dernière modification : 14/04/2016

Jeudi marque les deux ans de l’enlèvement des 276 lycéennes à Chibok, dans le nord-est du Nigeria, par Boko Haram. Cet évènement tragique s’inscrit dans une série d’intimidations de la part des islamistes, en croisade contre l’éducation.

Il y a deux ans jour pour jour, 276 lycéennes étaient kidnappées, dans la nuit du 13 au 14 avril 2014, par des islamistes de Boko Haram. Des hommes avaient surgi dans l’internat de l’école des jeunes filles à Chibok, dans le nord-est du Nigeria, avant de les emmener de force. Fin mars, Human Rights Watch (HRW) révélait un autre rapt massif passé sous silence : celui de 500 femmes et enfants à Damasak le 24 novembre 2014.

Parmi les jeunes filles de Chibok, 57 ont réussi à s’échapper dans les heures qui ont suivi. Dans unentretien accordé à France 24 en février 2015, l’une d’elles, « Saa », a parlé des menaces qu’elle et sa famille ont reçus après qu’elle se soit enfuie. « Les hommes de Boko Haram nous ont menacées, nous disant que si nous allions dans n’importe quelle école du Nigeria, ils nous retrouveraient et tueraient nos familles ».

Les hommes de Boko Haram ont envoyé une preuve de vie pour au moins 15 des jeunes filles toujours entre leurs mains. Dans une vidéo qui aurait été enregistrée le 25 décembre et que CNN a pu récupérer, les adolescentes couvertes d’un hijab donnent leur nom. Les 15 adolescentes ont été formellement identifiées par les autorités.

Croisade anti-éducation

Empêcher les filles d’aller à l’école : c’est l’objectif que Boko Haram poursuit au Nigeria. Une croisade anti-éducation mise en lumière par le rapt massif des filles de Chibok. Et si l’événement a été très largement médiatisé, ce n’est qu’une des nombreuses manifestations d’un problème généralisé qui ne cesse de s’aggraver .

Les islamistes de Boko Haram, qui ont prêté allégeance à l’organisation État islamique, ne cachent pas leur mépris pour l’école, qu’ils affichent jusque dans leur nom : Boko Haram signifie « l’éducation occidentale est un péché ». Ainsi, ces intégristes ont mis en place une campagne de terreur systématique au Nigeria, et plus particulièrement dans le Nord-Est, berceau du groupe islamiste.

Dans un rapport publié lundi 11 avril par Human Rights Watch (HRW) l’ONG dénonce « l’intensification des attaques de Boko Haram contre les écoles, les élèves et les enseignants depuis 2009 dans les États de Borno, Yobe et Kano ». Entre 2009 et 2015, ces attaques auraient détruit plus de 910 écoles et forcé la fermeture de 1 500 autres, précise le rapport intitulé « ‘Ils ont incendié les salles de classe’ : attaques perpétrées contre l’éducation dans le nord-est du Nigeria ».

Écoles incendiées, professeurs assassinés

Par ailleurs, au moins 611 enseignants ont été délibérément tués et 19 000 autres ont été obligés de fuir, poursuit le rapport. Au cours de ces six années, le groupe a enlevé plus de 2 000 civils, dont de nombreuses femmes et jeunes filles et plusieurs groupes d’élèves. D’autre part, l’ONG pointe du doigt les forces de sécurité nigérianes, qui ont contribué au problème en utilisant des écoles comme bases militaires.

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Selon Adamu, un professeur exerçant dans la ville de Maiduguri, dans le nord-est du pays, la situation est en effet critique. « Boko Haram a distribué des affiches sur lesquelles il était écrit que s’ils voyaient un professeur en train d’enseigner, ils le tueraient », explique-t-il.

En février 2012, en l’espace de seulement deux semaines, au moins 12 écoles de cette localité ont été incendiées par les insurgés, dénonce HRW.

« Une génération entière d’enfants privés d’éducation »

Malgré son jeune âge, Hasan a également fait les frais de cette atmosphère de terreur. Il ne peut plus aller à l’école car son établissement a été détruit par Boko Haram. Il est un survivant de cette attaque. « Nous ne savions pas ce qui se passait. Nous avons juste senti une explosion, se rappelle-t-il. Je me suis levé et je suis retombé. J’ai essayé de me lever à nouveau mais je suis retombé. J’ai perdu une jambe. »

Comme Hasan, près d’un million d’enfants n’ont pas ou peu accès à l’éducation au Nigéria en raison des attaques de Boko Haram, étaye HRW.

>> À lire sur France 24 : Lutte contre Boko Haram : « À Maiduguri, c’est entre l’apocalypse et l’accalmie »

« Dans sa violente croisade contre l’éducation influencée par les valeurs occidentales, Boko Haram prive une génération entière d’enfants du nord-est du Nigeria de leur droit à l’éducation », a affirmé Mausi Segun, chercheuse sur le Nigeria auprès de la division Afrique de HRW. « Le gouvernement devrait fournir d’urgence des moyens de scolarisation adaptés à tous les enfants touchés par le conflit. »

Mais le gouvernement reste pour l’instant inactif, selon certains. Le 24 novembre 2014, 500 femmes et enfants ont été enlevés dans la localité du nord-est de Damasak, ont affirmé mercredi 13 avril à l’AFP des habitants de cette ville confirmant une information de HRW. Pendant un an et demi, les autorités avaient ignoré, et même démenti, les informations sur ce rapt massif, plus important que celui des 276 lycéennes de Chibok. Trois cents enfants, qui étaient élèves en primaire au moment des faits, sont toujours portés disparus depuis plus d’un an.

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