Les femmes, opposées ou complémentaires? Cinquième partie. Explication théologique.

INTRODUCTION

Nous avons observé, préalablement, la nouvelle liberté que l’apôtre Paul offrit aux femmes. Nous constatons aussi les limites à cette liberté nouvelle, en concomitance à l’évolution des mœurs de la société dans laquelle s’inscrivit l’Église. Il y a donc une vérité immuable, celle de la conciliation qui transcende les époques, puis les vérités circonstancielles, comme son nom l’indique, dépend des circonstances, particulier à une époque ou un contexte. En Israël, il n’y eut pas de femme de pouvoir, sauf dans des cas très particuliers. Ces cas très particuliers ont donc transgressé les règles internes de la nation hébraïque, et pourtant, ces transgressions étaient non seulement nécessaires, mais désirées par Dieu lui-même. Il importe donc de faire preuve de discernement dans l’interprétation des écritures pour distinguer ces vérités.

 

CHOIX ARGUMENTAIRE

Citons les versets d’abord:

1Tm.2.12 Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme ; mais elle doit demeurer dans le silence.
13 Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite ;
14 et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui, séduite, s’est rendue coupable de transgression.

Plusieurs chrétiens d’aujourd’hui, dont l’auteur de ces lignes, justifient l’égalité des hommes et des femmes par le passage suivant:

Ga.3.28 Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ.

Or, le problème, c’est qu’il s’agit du même auteur: l’apôtre Paul. Y aurait-il contradiction de ce dernier par hasard? Pas du tout. Tous les versets cités ci-haut sont dans des contextes différents, à des auditoires et des lecteurs différents. Bien que la province de Galatie soit un peu plus au nord d’Éphèse, le sujet n’est pas le même, ni son contexte d’ailleurs. Remettons les passages dans leur juste contexte et ne cherchons pas à justifier nos prises de positions en instrumentalisant des versets choisis pour nos propres fins.

 

Pour la dernière citation, Paul fait référence à nos positions respectives devant Dieu et sur le plan spirituel. En effet, il n’y a plus de distinction de race, de sexe ou de rang social qui tienne en Christ. Toutefois, nous vivons dans une réalité mondaine et nous sommes soumis à l’obligation de se montrer conciliants, sans pour autant dénaturer le message de l’évangile. Dans le cas de la citation de l’apôtre Paul en 1Tm.2, il ne s’agit pas de la place de la femme dans l’Église, mais bien dans la société. Ah oui??? Pourtant, l’apôtre Paul dit que la femme ne peut enseigner les hommes dans l’Église, c’est bien ça qu’il est écrit, non? En effet. Par contre, ne nous leurrons pas: l’Église n’est pas sujette à ériger son propre microcosme, comme si elle se trouvait à l’extérieur de la cité dans laquelle l’Église prend forme. Et entendons-nous sur le terme  »Église »: il s’agit bien de l’Église universelle qui prend forme, là où elle se trouve, dans les différentes cités de l’empire romain. Dans le cas qui nous préoccupe, l’Église pose ses fondations un peu partout, dont à Éphèse.

 

En prenant pour acquis nos traditions ecclésiastiques, nous en venons à croire que chaque cité avait ses églises locales ayant pignon sur rue. C’est faux. Cette pensée n’appartient pas au Nouveau Testament, mais bien à nos traditions religieuses. Il s’agit de l’Église avec un grand  »E », puisque l’église locale est une notion inventée plus tard dans l’histoire de l’Église. Ce ne sont donc pas des églises locales qui s’érigent, mais bien l’Église universelle qui s’érige un peu partout dans l’empire romain, là où l’évangile fut annoncé. De plus, vous constaterez qu’il s’agit de l’Église qui se trouve à Éphèse, et non d’une église ayant pignon sur rue à Éphèse. C’est le corps de Christ qui prend forme, et ce corps ne répand pas ses membres découpés un peu partout dans l’empire. Ce ne sont pas des églises, mais bien l’Église au sens large du terme qui prend forme.

 

L’Église n’est donc pas un microcosme social, comme on le retrouve aujourd’hui dans le schisme chrétien de nos jours, mais bien un corps uni par son dénominateur commun à chaque croyant, qui est Christ. Christ est donc la tête de ce corps unique et il pose les fondations sur le monde connu de l’époque. Comme Jésus, l’Église se soumet aux règles internes de sa société d’accueil, sans pour autant verser dans la compromission. On ne peut pas séparer notre rôle de citoyen à celui d’homme ou de femme appartenant à Dieu. Nous avons cependant à rendre à Dieu ce qui lui appartient, et à César ce qui lui appartient. D’ailleurs, vous remarquerez que l’apôtre Paul exhorte ses lecteurs pour tout ce qui concerne les affaires sociales et étatiques et ce, depuis le verset un de 1Tm.2. Il ne s’agit en aucun cas d’affaires strictement spirituelles, bien que Paul exhorte à la prière pour les rois et les instances qui nous gouvernent, tout comme il l’a fait à l’intention des chrétiens de Rome en Ro.13. Paul poursuit son élocution au sujet des femmes. Ajoutons à cela que l’apôtre Paul dit: JE NE PERMET PAS À LA FEMME… L’apôtre Paul se prononce en son nom et non celui de Christ. Oui, c’est en sa qualité d’apôtre, mais il s’agit d’une intervention personnelle, en son nom à lui. Ainsi, il ne s’agit pas de la position de la femme dans l’Église, mais bien de la femme interpellée à se montrer conciliante, par rapport à ce qui était acceptable à son époque et ce, afin de ne pas être un sujet de scandale, exerçant ainsi une triste diversion sur l’érection de l’Église, encore aux embryons de sa riche histoire.

 

ARGUMENTS DE L’APÔTRE

Car Adam a été formé en premier: c’est du moins ce que nous raconte le chapitre deux de la Genèse, mais pas le premier chapitre. Les versets 26-28 nous dit ceci:

Ge.1.26 ¶ Dieu dit : Faisons les humains à notre image, selon notre ressemblance, pour qu’ils dominent sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre et sur toutes les bestioles qui fourmillent sur la terre.
27 Dieu créa les humains à son image : il les créa à l’image de Dieu ; homme et femme il les créa.
28 Dieu les bénit ; Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez–vous, remplissez la terre et soumettez–la. Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui fourmillent sur la terre.

Ici, Dieu s’adresse à l’homme et à la femme, pas seulement à l’homme, pas seulement à la femme, mais bien aux deux. La création fut donnée aux deux et non pas un des deux. L’autorité sur la création fut donnée aux deux et non pas un des deux. Puis, ce fut la fin de ce sixième jour. Le chapitre premier se termine ainsi. Or, c’est couper la suite du texte et influencer sa compréhension du deuxième. La suite, qui se trouve au chapitre deux et qui aurait dû être au chapitre un:

Ge.1.29 ¶ Dieu dit : Je vous donne toute herbe porteuse de semence sur toute la terre, et tout arbre fruitier porteur de semence ; ce sera votre nourriture.
30 A tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, à tout ce qui fourmille sur la terre et qui a souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Il en fut ainsi.
31 ¶ Dieu vit alors tout ce qu’il avait fait : c’était très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : le sixième jour.
Ge.2.1 ¶ Ainsi furent achevés le ciel et la terre, et toute leur armée.
2 Le septième jour, Dieu avait achevé tout le travail qu’il avait fait ; le septième jour, il se reposa de tout le travail qu’il avait fait.
3 Dieu bénit le septième jour et en fit un jour sacré, car en ce jour Dieu se reposa de tout le travail qu’il avait fait en créant.

 

Maintenant, nous passons au chapitre de l’explication de manière littéraire. Le verset 4 aurait dû être le premier verset de ce chapitre, la division des chapitres et des versets ne s’est fait qu’à partir du treizième siècle, avec l’ecclésiastique anglais Étienne Langton. Bon, il est vrai que les juifs avaient divisé les textes anciens (ancienne alliance) par versets, mais pas par chapitre. Je considère donc que la division de deux premiers chapitres de la Genèse ne sont pas bien faits et en influence la compréhension et l’interprétation des lecteurs. Enfin bref…:

Ge.2.4 ¶ Voilà la généalogie du ciel et de la terre, quand ils furent créés. Au jour où le SEIGNEUR Dieu fit la terre et le ciel,
5 il n’y avait encore aucun arbuste de la campagne sur la terre, et aucune herbe de la campagne ne poussait encore ; car le SEIGNEUR Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n’y avait pas d’homme pour la cultiver.

Dans ce chapitre, l’auteur semble y mettre son empreinte personnelle en expliquant la nature de la création, selon le modèle de pensée typiquement sortie de la psychologie bien masculine. Le découpage des chapitres un et deux semblent indiquer que les auteurs de ce découpage cherchaient à influencer la compréhension des lecteurs, dans la mesure où, les trois premiers versets seraient une continuité bien mal construite pour y interpréter une création préalable de l’homme, puis de l’assujettissement de la femme qui aurait été tirée de sa côte. Or, le premier chapitre indique davantage l’empreinte divine dans la création, alors que l’explication au verset 4 du deuxième chapitre est celui du rédacteur. Évidemment, interprété comme je le suggère pose inévitablement le problème de l’autorité des écritures et de son inspiration plénière.

 

INSPIRATION PLÉNIÈRE ET TRAVAIL CONJOINT

Pourtant, l’un n’empêche pas l’autre. Pour la plupart des chrétiens, la rédaction est le fruit unilatéral de Dieu, soufflé par son Saint-Esprit. Or, l’intervention humaine est voulut et fait partie intégrante de la révélation, Dieu utilisant le langage et les concepts des hommes, par son rédacteur choisit, afin de transmettre sa révélation adaptée à des destinataires directes. Encore une fois, pour bien des chrétiens, il s’agirait ici d’une torsion de la révélation, ce qui est totalement faux et biaisé comme perception. Lorsque le Saint-Esprit conçu l’enfant Jésus dans le sein maternel d’une femme ayant tout autant besoin du sauveur, n’a-t-il pas encore une fois employé un être humain pour y mettre au monde le Jésus parfait et sans tache? La révélation fut faite chair, alors que la révélation des écritures de l’ancienne alliance fut consignée de manière rédigée et à l’intention de ses destinataires directes. Jésus n’est pas venu dans toute sa gloire divine, mais bien comme un être humain, à l’image de sa mère, mais à la perfection de son père dans le ciel.

 

L’auteur de la Genèse y met son empreinte personnelle et ce, toujours en accord avec la révélation parfaite de Dieu. Ses concepts, typiques à l’homme patriarcal qu’il est, sont les véhicules accessoires, mais nécessaires, afin de trouver écho dans la compréhension de ses contemporains. C’est à ce niveau qu’intervient la patte humaine dans l’oeuvre de rédaction biblique. Il ne s’agit pas de dictée mécanique, mais bien des concepts et de la linguistique de son rédacteur, afin de transmettre la révélation de Dieu. L’histoire relatée est donc à l’avantage de la pensée, considérée aujourd’hui, comme machiste et très patriarcale. S’agit-il d’une vérité historique? S’agit-il plutôt d’une vérité enjolivée dans l’objectif d’être reçu par le plus grand nombre de contemporains issus de cette société patriarcale, dont les concepts découlent de la malédiction prononcée par Dieu en Ge.3.15-16? Il semble que oui.

 

DANS LA MÊME PENSÉE

L’apôtre Paul ne fait que réaffirmer ces concepts, traditionnellement acceptés par le judaïsme, en plus d’être en accord avec la pensée véhiculée dans la société dans laquelle s’inscrit l’Église. L’apôtre ne discrédite pas la femme dans son énoncé, il évoque son rôle social, mais seulement après avoir évoqué préalablement sa place dans le corps de Christ, l’Église. Sur le plan spirituel, la femme est l’égal de l’homme, mais elle doit encore assumer les conséquences qui lui échoient, au même titre que l’homme né de nouveau travaillera à la sueur de son front pour gagner sa pitance.

 

 

Patrick Galarneau

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