Les femmes, opposées ou complémentaires? Quatrième partie. Explication théologique.

INTRODUCTION

Débutons par une citation de William Barclay:

La femme grecque respectable menait une vie très en retrait, confinée à ses quartiers, auxquels seul son mari avait accès. Elle n’apparaissait pas même aux repas. Elle ne se trouvait jamais seule dans la rue, et n’assistait jamais à aucune assemblée publique (The Letters to Timothy, Titus, and Philemon, Philadelphie : Westminster, 1975, p. 67).

 

LA SOUMISSION DE LA FEMME DANS LA SOCIÉTÉ, PORTE OMBRAGE À SA LIBERTÉ EN CHRIST ET DANS L’ÉGLISE

La femme grecque était confinée dans des quartiers lui étant réservée, à l’abris des regards masculins et de la vie publique en générale. Seul, l’homme avait droit à une vie publique, conformément à la malédiction prononcée par Dieu à l’intention de la femme, en l’occurrence, Ève, pour débuter la chute aux enfers de la soumission envers l’homme. C’est à la suite de sa désinvolture, face au fruit défendu, que la femme a fait transgresser toute l’humanité. L’apôtre Paul intervient à ce sujet:

1Tm.2.9 ¶ Je veux aussi que les femmes, vêtues d’une manière décente, avec pudeur et modestie, ne se parent ni de tresses, ni d’or, ni de perles, ni d’habits somptueux,
10 mais qu’elles se parent de bonnes œuvres, comme il convient à des femmes qui font profession de servir Dieu.
11 Que la femme écoute l’instruction en silence, avec une entière soumission.
12 Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme ; mais elle doit demeurer dans le silence.
13 Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite ;
14 et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui, séduite, s’est rendue coupable de transgression.
15 Elle sera néanmoins sauvée en devenant mère, si elle persévère avec modestie dans la foi, dans la charité, et dans la sainteté.

 

Les chrétiens d’Éphèse s’inscrivaient dans cette pensée concernant la femme en générale, puisque cette cité est grecque de culture. Même ses icônes et ses divinités sont de nature grecques. Dans ce qui est mentionné ci-haut, nous avons l’impression que l’apôtre Paul dénonce la femme et la remet à sa juste place: en silence, dans une entière soumission. Pour beaucoup de croyants, l’apôtre Paul pointe les femmes d’un doigt accusateur. Cette interprétation se défend et n’est pas fausse. Cependant, l’apôtre Paul prend soin d’établir, au préalable, une petite révolution sociale à l’intérieur de l’Église élargit: le droit d’apprentissage des femmes et de devenir elles aussi des disciples, au même titre que les hommes, ce que les rabbins juifs refusaient aux femmes, comme la société grecque refusait aux femmes tous les privilèges donnés aux hommes. Voici un commentaire pertinent de John MacArthur sur le sujet:

Il peut nous sembler évident qu’on doive enseigner aux femmes la Parole de Dieu, puisqu’elles sont spirituellement égales en Christ et que les commandements du Nouveau Testament sont donnés à tous (#1P 2:1, 2). Cependant, cela n’avait rien d’évident pour un judéo-chrétien d’alors, car le judaïsme du Ier siècle ne tenait pas les femmes en haute estime. Bien qu’on ne leur interdisait pas l’accès à la synagogue, on ne les encourageait pas non plus à apprendre. En fait, la plupart des rabbins de l’époque refusaient d’enseigner aux femmes, et certains comparaient même la chose au fait de jeter ses perles aux pourceaux.

 

Un second commentaire du même auteur sur le même sujet:

Précisons d’abord que la perception traditionnelle qu’entretiennent les Juifs de l’époque envers les femmes ne leur vient pas de l’Ancien Testament, qui affirme que les femmes sont spirituellement égales aux hommes. N’est-il pas vrai que la loi mosaïque a été donnée à tout Israël, aux femmes donc comme aux hommes (#De 1:1) ? Que les uns comme les autres devaient l’enseigner à leurs enfants (#De 6:4-7; Pr 6:20) ? Que la Loi protégeait les femmes au même titre que les hommes (voir #Ex 21:28-32) ? Que les femmes avaient des droits d’héritage (#No 36:1-12) ? Qu’hommes et femmes participaient indifféremment aux festins religieux juifs (voir #Ex 12:3; De 16:9-15) ? Que le plus grand vœu spirituel qui soit, savoir celui de naziréat, était possible aux femmes comme aux hommes (#No 6:2) ? Que les femmes prenaient part au culte spirituel (#Ex 38:8; Né 7:67) ? Que Dieu n’a pas hésité à interagir directement avec les femmes (#Ge 3:13; 16:7-13; Jug 13:3) ?

 

CONFRONTATION IDÉOLOGIQUE OU CONCILIATION IDÉOLOGIQUE

La société grecque dans laquelle la cité d’Éphèse s’inscrivait, ne permettait pas aux femmes une vie publique, contrairement à ce que nous observons de nos jours dans nos sociétés occidentales. Or, si l’apôtre Paul peut nous sembler misogyne dans ce texte-ci, il faut tout de même relativiser en tenant compte du contexte de son époque. Le simple fait d’établir de toutes nouvelles règles permissives à l’intention de la femme, était, en soi, une confrontation idéologique. Si les femmes étaient tout aussi méprisées par les chrétiens, il faut alors comprendre que ces chrétiens n’étaient pas sortis des modèles et des canevas de la pensée de ce monde pécheur et déchu. La soumission de la femme n’est pas une volonté divine, mais une conséquence de Dieu, selon ce que la femme a commise comme faute. Et c’est cette faute qui l’a relégué au second rang, derrière l’homme à qui elle a usurpé un pouvoir bilatéralement échu à la femme autant qu’à l’homme.

 

Le problème maintenant qui se pose dans le christianisme, particulièrement à cette époque, et plus encore à Éphèse, c’est la conciliation du rôle de la femme au sein de l’Église et de la société. Si elle ne peut sortir seule en société, qu’elle ne peut être vue dans les quartiers qui ne lui sont pas réservés, on ne peut certainement pas hisser la femme à un rôle supérieur et ecclésiastique sans provoquer le scandale parmi la population de la cité d’Éphèse. Cette provocation aurait-elle été nécessaire? Ou encore, aurait-elle été un obstacle à l’érection des fondations de l’Église en Asie Mineure, dont Éphèse est la principale cité qui fut la porte d’entré du christianisme dans cette région du monde? L’apôtre Paul débute en tout premier lieu par une nouvelle liberté donnée à la femme: écouter l’instruction. Se rajoute à cela: en silence, et qui en fait grincer des dents plus d’une femme de nos jours, avec raison. Mais ne prenons pas ce passage comme si ce dernier était une vérité immuable.

 

VÉRITÉ IMMUABLE, VÉRITÉ CIRCONSTANCIELLE

L’apôtre Paul n’était pas en train de restreindre la femme, au contraire. Il lui offrit la liberté d’écouter l’instruction, de la même manière que les hommes. Il lui offrit la possibilité, dans ce même cas, de devenir disciple de Christ, car sur le plan spirituel, l’homme et la femme sont égaux et la société n’a pas à intervenir d’une quelconque manière dans les affaires de Dieu. Or, la manière dont les chrétiens d’aujourd’hui interprètent ce passage, c’est par la restriction et non la liberté nouvelle offerte à la femme. De prime abord, c’est se placer ans une mauvaise posture exégétique et herméneutique. L’intention de l’auteur n’était pas de restreindre, mais de libérer les femmes en débutant cette libération de manière modeste, mais bien ressentit.

 

Pour plusieurs, le simple rajout de  »en silence », semble complètement effacer tout ce que Paul tente de dire au sujet de la femme. Ce silence, dont doivent faire preuve les femmes de cette époque, devient une vérité immuable, donc, qui transcende les époques et les contextes géo-socio-historico-culturels. Or, ce silence ajouté est circonstanciel et temporel, car la société grecque de cette époque ne pouvait suivre une évolution des mœurs de manière aussi drastique. C’est ici là, le principe immuable de la conciliation en concomitance avec l’évolution de nos sociétés. Dans un contexte socio-culturel différent, l’application des vérités immuables se fait tout aussi différemment et s’ajuste à sa société dans laquelle l’Église s’inscrit. Une vérité énoncée dans un contexte donné, n’est plus une vérité dans un autre contexte, si ce dernier lui est totalement différent. Cette vérité est circonstancielle et non immuable.

 

CONCLUSION

Dans l’article précédent, je voulais revenir dans ce présent article sur les chapitre un et deux de Genèse, son découpage laborieux et son impact sur notre compréhension, mais j’ai pris la décision d’y revenir ultérieurement. Je continuerai donc au prochain article, sur l’argumentation de l’apôtre Paul, soit, ses choix d’arguments au sujet de la chute d’Adam et Ève. Suite à venir.

 

 

Patrick Galarneau

 

 

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