Les femmes, opposées ou complémentaires? Sixième partie. Explication théologique.

INTRODUCTION

Dans le contexte des temps apostoliques, où la femme était confinée au retrait social, cette dernière fut donc laissée aux bons comme aux mauvais soins du mari. Si, théoriquement, la femme possédait des droits, dans la pratique, la parole d’une femme contre un homme ne suffisait pas. Son sort était ultimement entre les mains d’un homme, que ce soit son mari, son fils, son frère ou son père, dépendamment si elle était mariée, célibataire ou veuve.

 

Faut-il alors s’étonner des propos de l’apôtre Paul, alors qu’il a affirmé ceci aux femmes:

Éph.5.22 Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur ;
23 car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Eglise, qui est son corps, et dont il est le Sauveur.
24 Or, de même que l’Eglise est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l’être à leurs maris en toutes choses.

Étrangement, dans l’original, les mots  »soit soumise » sont absents dans le grec. Ainsi, le mot grec hupotassô ne s’y trouve pas, alors qu’il y est dans le verset précédent (v.21). Il n’y a pas non plus le mot grec hupakouô, qui signifie obéir, donc, obéir à son mari. Toutefois, le rajout francisé de hupotassô, que l’on peut traduire par soumission de soi, ou par soumission volontaire, fait suite à l’idée exprimé par l’apôtre Paul concernant la soumission réciproquement volontaire entre croyants nés de nouveau que l’on observe au verset 21 du chapitre cinq. Alors, même si les mots ne s’y trouvent pas, il y a une continuité naturelle et, pour alléger le texte, l’apôtre Paul rend implicite la soumission de la femme envers l’homme. C’est ce qui explique le rajout dans nos traductions, alors que c’est absent dans l’original. Il ne faut donc pas conclure que la femme échappe à l’idée de la soumission à l’homme, ce n’est pas ce que l’apôtre Paul dit ici.

 

LE CONTEXTE, SUPPORT PÉRIPHÉRIQUE, MAIS ESSENTIEL

On ne peut cependant échapper à un élément capital de l’herméneutique: le contexte historique. Certains affirmeront que la soumission est dans l’ordre naturel des choses, comme si la femme fut créée à cette fin. Or, dans les articles précédents, nous avons constaté que la soumission est une conséquence et non une volonté initialement voulue par Dieu. Dans l’article précédent, nous avons vu aussi que l’homme et la femme, conjointement, furent pressentis tous deux à exercer l’autorité sur toute la création, sans aucune distinction. Mais ça, c’était avant la chute provoquée par la convoitise de la femme, Ève. Le chapitre deux de Genèse semble contredire le chapitre un, alors que les versets 26-28 du premier chapitre expriment la création de l’être humain, puisque le mot HOMME employé à cette fin, est simplement le générique qui signifie LA RACE HUMAINE, précisant au passage, dans ces versets, qu’il s’agit bel et bien d’un homme et d’une femme.

L’explication au chapitre deux semble tout à fait l’oeuvre du rédacteur, dans sa pensée et ses concepts émanant de son contexte culturel. Cela ne signifie pas que ce soit en contradiction avec la pensée de Dieu, loin de là. Comme je l’ai maintes fois expliqué, la révélation consignée est conjointement l’oeuvre de Dieu et de ses rédacteurs. Bien entendu, l’inspiration est de Dieu. Il s’agit de son souffle et non celui de l’homme. Toutefois, il s’agit bien de la langue du rédacteur, de ses concepts, de ses images, de son style bien à lui. Le chapitre deux de Genèse représente l’outil de transmission langagière et conceptuelle, afin de s’adresser à la compréhension de ceux à qui la révélation est premièrement destinée. La révélation plénière, la participation du rédacteur ne se limite que très rarement au rôle de spectateur-rédacteur. Le rédacteur ne rédige pas par dictée mécanique, mais bien comme participant actif à la révélation, et pas seulement comme écrivain au service de Dieu, mais bien par la personnalité propre au rédacteur.

 

L’inspiration plénière demeure tout à fait intacte et sans tache. Voyez-vous, si Christ fut conçu par le Saint-Esprit par un véhicule humain, à combien plus forte raison les écritures sont tout à fait intactes dans son inspiration pleine et entière. La participation humaine est à la fois légitime et désirée, et la nature pécheresse de l’homme est couverte entièrement par le souffle émanant de Dieu en ce qui concerne la finalité du projet de rédaction des écritures. Le fait que le rédacteur du récit de la création ait enjolivé le texte pour le rendre accessible juste suffisamment pour la transmission aux destinataires directes, dont ses membres sont soumis à leur propre obscurantisme social (ce n’est pas péjoratif, mais un constat sur les limites de compréhension et des influences externes sur leur degré de compréhension), n’enlève en rien la valeur du texte et de son inspiration plénière. À travers le véhicule que représente les concepts inhérents au contexte socio-culturel de l’auteur, Dieu a parlé. Le texte est sans aucun doute enjolivé à la faveur du degré d’acceptation des destinataires directes, mais les vérités qui en émanent sont à la fois intactes et instructives.

 

L’INFLUENCE DU VÉHICULE DANS LA NOUVELLE ALLIANCE

Précisons à nouveau de quel véhicule dont il s’agit, ainsi que son rôle:

  • Le véhicule transporte le messager ou le message. Il délivre le message. Dans le cas du message biblique, le véhicule est le moyen de transmission.
  • Le moyen de transmission que représente le véhicule sert à adapter le message selon le contexte de réception de ses destinataires.
  • Exemple: Marie, la mère de Jésus, a servit de véhicule pour mettre au monde l’enfant Jésus, le rendant semblable aux hommes, mais conservant sa nature divine. Par Marie, Dieu fut incarné dans la personne humaine de Jésus et devient le reflet humain de Dieu. Jésus a dit, à juste titre: CELUI QUI M’A VU A VU LE PÈRE. Jésus est donc le reflet humain de la gloire de Dieu.

Ainsi, le véhicule pour adapter le message de Dieu concernant la soumission de la femme est celui évoqué en Genèse ch.2, alors que son auteur explique à ses contemporains d’une société patriarcale, d’où vient le péché, ainsi que son ultime besoin d’un rédempteur. L’apôtre Paul, aussi bizarrement que dans une apparente contradiction, affirme en Ro.5.12 que c’est par un seul homme que le péché a atteint toute l’humanité. Soudainement, il ne fait plus référence à la femme, instrumentalisant l’un ou l’autre, selon le besoin immédiat pour transmettre son message. Il y a le véhicule, puis le message véhiculé, une intention de son auteur. En 1Tm.2.11-12, Paul se sert du ch.2 de Genèse pour asseoir son argumentation au sujet de la femme et lui imposer un rang et un silence dans l’Église, puis de la même manière et dans un autre ordre d’idée, il introduit Christ en le nommant LE SECOND ADAM, en instrumentalisant le premier homme et le rendant coupable de l’entrée du péché dans le monde.

 

Non, ce n’est pas contradictoire. Il s’agit du véhicule, donc, d’une adaptation d’une vérité afin d’illustrer son vrai propos. L’objectif n’était pas d’accuser Adam, mais il accusa Adam afin d’illustrer l’importance et la signification de la venue de Christ dans le monde. Pourquoi l’apôtre Paul n’a-t-il pas accusé Ève dans ce cas-ci, comme il l’a fait dans sa lettre à Timothée? Parce qu’il ne visait pas le même objectif, tout simplement. Et ce n’est pas le même sujet qui est traité ni les mêmes destinataires. Dans les deux cas de figures, il y a bel et bien une intention différente, donc, une adaptation différente du message. L’apôtre illustre donc son propos différemment et par des moyens différents. Lorsque Paul dit que l’homme fut créé en premier, puis la femme ensuite, c’est un choix volontaire qu’il a fait, afin d’illustrer son propos. L’apôtre Paul aurait très bien pu choisir le texte de Ge.1.26-28, qui représente avec plus de justesse, comment Dieu a procédé dans l’élaboration de sa création, en particulier, l’homme et la femme. Il a plutôt choisit le texte de Ge.2 de manière arbitraire, mais pour des raisons circonstancielles et adaptées à la situation dans 1Tm2.11-12.

 

MAIS QUELLE SITUATION? N’EST-CE PAS UN PRINCIPE?

Certains y voient un principe divin et immuable dans la soumission de la femme. Ainsi, il est tout à fait normal et justifié de l’apôtre Paul d’exiger la soumission de la femme envers le mari. Plus nuancé, Paul exhorte la femme à se soumettre volontairement à son mari, plutôt que de se faire imposer la soumission, ce qui provoquerait une profonde irritation de celle-ci. Pire, l’apôtre va même jusqu’à justifier la soumission comme un ordre divin. Or, c’est la soumission de la femme qui a imposé la rédaction du chapitre deux de Genèse. C’est la soumission de la femme qui a imposé l’obscurantisme social des différentes sociétés, dont celle des juifs. La soumission imposée à la femme par Dieu était une conséquence, pas un privilège ni un ordre divin. Cette conséquence a dirigé la manière de rédiger les récits de la création, imposant un ordre hiérarchique à la création, ce qui a aussi établit de manière imagée, la hiérarchie au sein de l’Église: Dieu est le chef de Christ, Christ est le chef de l’Église, chef de l’homme, puis l’homme le chef de la femme.

 

HIÉRARCHIE SPIRITUELLE

Pourtant, Christ est le reflet humain de la personne de Dieu, car personne ne peut voir Dieu dans toute sa gloire sans en mourir. Christ est-il réellement subordonné à lui-même? Notre christianisme est imprégné de dogmes inventés, comme celui de la trinité. Ceux et celles qui acceptent ce dogme ne sont pas moins chrétiens pour autant, par contre, ce sont des passages secondaires qui les convainc de ce dogme. Jésus est la forme humaine de Dieu. C’est Dieu incarné. Il n’y a pas trois dieux, pas même trois personnes en un Dieu. Lorsque l’auteur affirme que Christ est soumis au Père, il utilise à la fois les paroles que Jésus a déjà dite à son propre sujet, mais aussi, s’en sert comme image pour illustrer et parvenir à faire comprendre son propos principal. Et dans ce cas, la trinité n’est pas le sujet et pas parce que le mot est absent. L’apôtre impose son autorité de manière justifiée et équilibrée. Il n’abuse pas quand il fait ses affirmations, tout comme le véhicule qu’il emploi: c’est circonstanciel, ce n’est pas immuable ni transcendant. Christ est comparé à l’époux, et l’Église à l’épouse. Mais ici, il s’agit d’une illustration pour convaincre ses destinataires directes de la pertinence de son propos. L’Église n’est pas littéralement une épouse et Christ n’est pas littéralement un époux. Les noces de l’agneau ne sont pas de véritables noces, l’auteur emprunte des images bien connues de ses contemporains pour illustrer une vérité qu’ils se doivent de connaître. Jésus a souvent utilisé cette technique pour illustrer ses enseignements. Il n’y a pas une vraie hiérarchie au sein de l’Église, mais il y en a une entre l’homme et la femme de cette époque, et c’est ce que l’apôtre tente de démontrer. Il est tout à fait vrai que Jésus s’est soumis au Père de manière volontaire, mais la vérité, c’est qu’il s’est soumis à sa propre personne dans toute sa gloire qui est demeurée au ciel, celle qu’on ne peut pas voir sans en mourir. Les particularités linguistiques et conceptuelles de la culture grecque, imposent des distinctions précises entre les différentes natures et les entités. D’ailleurs, la mythologie grecque représente bien cette construction de pensée grecque. Chaque divinité possède ses propres attributs qui le distingue des autres, avec son rôle particulier et ses tâches inhérentes. Le langage grec est symptomatique de ces distinctions, car chaque mot est habilement construit selon une idée ou un concept bien précis. Chaque mot, chaque idée et chaque concept possède sa propre signification qui le distingue de manière particulière, contrairement à la langue hébraïque. Mais c’est un sujet que j’ai déjà abordé.

 

Quoi qu’il en soit, sur le plan spirituel, l’homme et la femme sont égaux, ce qui est déjà une révolution à cette époque, très réfractaire aux femmes. Mais sur le plan social, la femme n’est pas l’égal de l’homme et malgré sa nouveauté de vie, elle doit encore assumer le rôle de second violon dans la hiérarchie, car tant bien que mal, nous sommes encore soumis à ce monde et ses conséquences. L’apôtre Paul ne peut donc accepter que la femme puisse assumer un rôle de premier plan dans l’Église, car cette façon de faire irait totalement à l’encontre de ce qui peut être socialement acceptable. Son argumentation est tout à fait justifiable dans ces circonstances, car en fait, l’apôtre ne fait pas appel au rôle spirituel de la femme, mais bien à son rôle d’une épouse dans la société de son époque, membre à part entière de cette société. Et l’Église n’est pas un terrain pour les revendications sociales.

 

EN CONCLUSION

Si j’étais à la place de l’apôtre Paul, je ferais et dirais exactement les mêmes choses. La femme doit se soumettre à son mari. Mais si l’apôtre Paul était à ma place, son message serait différent aujourd’hui et serait adapté à notre contexte à nous, particulièrement celui de la femme d’aujourd’hui. Cette pression coercitive tendancieuse de la soumission de la femme envers l’homme ne serait plus d’actualité. L’apôtre Paul ne ferait pas appel aux mêmes véhicules pour transmettre son message, et les vérités seraient adaptés à notre contexte, tout comme ces mêmes vérités ont été adaptés dans le contexte apostolique. Ce sont les moyens d’adaptations qui diffèrent, pas les vérités immuables et transcendant les époques ou les contextes. La vérité demeure la même, mais les moyens de les transmettre changent.

 

 

Patrick Galarneau

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