Maintenant, un peu de nuance ;-)

Dans le dernier article « FUCK YOU », je me suis mis à la place des dissidents évangéliques, des crasseux, des itinérants, des prostituées, des junkies et de tous ceux et celles que, sans nécessairement les mépriser directement, on ignore et ce, bien tristement de manière volontaire. Mais doit-on s’attendre à autre chose de la part de gens vivant dans la religiosité et non dans l’amour? Doit-on en vouloir à des institutions religieuses de faire des œuvres caritatives dans le simple but de recevoir des exemptions de l’état par les reçus d’impôts, reçus qui sont attribuables aux donateurs des assemblées locales? En fait, il n’y a rien d’illégal ni d’immoral à recevoir de l’état un léger retour sur ses dons. Bon… moi, comme plusieurs chrétiens évangéliques, ne sommes pas très à l’aise avec cette manière de faire. Pourquoi faire payer les contribuables pour l’exercice de ma religion? Mais ça, c’est une question d’opinion et de conscience.

 

Mais revenons au dernier article:

J’ai volontairement cherché à provoquer quelques réactions par un titre aussi douteux que vulgaire. Ce n’est pas dans mon langage usuel. Alors, pourquoi un tel titre? La réponse est simple: parce que c’est ça, le monde. Le vrai monde. Or, lorsque l’on écoute les chrétiens évangéliques dans leurs assemblées, bible sous le bras et poignées de mains protocolaires, sans compter l’apparence soignée de ses adeptes, je suis perplexe. Je me demande sur quelle planète ils vivent. Ils sont tout aussi soignés dans leurs paroles que dans leur apparence. Mais cela représentent-ils réellement ce qu’ils sont à l’intérieur?

 

Une chose est cependant certaine: la plupart des assemblées locales sont éloignées de la misère, tant géographique que de coeur. Pourtant, c’est là que nous devrions nous trouver. Je suis attristé par le manque de compassion généralisé lorsque des « ouvriers » de Dieu ont imposé une prétendue vision venant du Seigneur pour établir les fondations de leurs futurs bâtiments d’églises locales dans des endroits où on est loin de la misère humaine. Y a-t-il beaucoup de pasteurs qui ont une vision du Seigneur pour s’implanter en plein coeur d’un quartier difficile et peu accueillant? Avouez que ce n’est pas très vendeur et ça risque aussi de ne pas remplir toutes les chaises… et les coffres!

 

Certains me diront que c’est une question de taxation, de prix ou de zonage. Mais toutes ces raisons très terre-à-terre et mondaines ne m’impressionnent pas. Ou bien tu as reçu du Seigneur, ou tu es en train de duper les naïfs pour qu’ils te suivent. Si le Seigneur donne, qui peut alors s’interposer? Aucune raison ne justifie que nous ne soyons pas en plein cœur des quartiers où la misère est palpable. Pour ma part, c’est le symptôme évident d’un esprit sectaire, alors que l’on préfère recruter des gens qui peuvent rapporter des dividendes, ne dérangent pas et entrent dans les rangs docilement. C’est moins évident avec un junkie qui entre inopinément dans la bâtisse en envoyant promener au hasard des chrétiens de l’église, alors que le pauvre homme cherche à commanditer sa prochaine dose d’héroïne.

 

Alors, « FUCK YOU », vous dira-t-il. Et qui ne serait pas choqué, d’abord de voir entrer une crasse de la rue dans son assemblée remplie de gens propres et dociles? Et ensuite, de se faire salir ses oreilles prétendument vierges de paroles aussi vulgaires? Combien de religieux seraient vexés et menaceraient le conseil d’église de ne plus revenir si les crasseux commencent à prendre place sur les bancs de leur église locale? Nous avons les églises à caractère ethnique, mais maintenant, que ferions-nous dans des assemblées où les crasseux sortent fumer du « weed » avant la prédication? Que ferions-nous des couples gays qui y entreraient main dans la main? Que ferions-nous avec des punks ou pire: des gothiques crasseux ayant l’apparence de corbeaux dans leurs accoutrements mortuaires? Et que dire des finances de l’église locale, qui est le véritable visionnaire de l’implantation de l’église?

 

Non la vérité, c’est qu’il leur est préférable de demeurer entre eux, et que les crasseux demeurent entre eux. Faisons semblant que la plus grande misère humaine, c’est quand madame une telle dans l’église doit aller se faire opérer à la hanche et qu’elle vient de se faire couper le cable parce qu’elle n’a pas payer. Allons à la réunion de prière pour chasser le méchant Satan qui a éprouver durement notre sœur en l’affligeant dans son corps. Et prions pour que Dieu fasse justice à cette dame pour que le méchant cablo-distributeur lui redonne son service, afin qu’elle puisse parasiter son divan l’après-midi en regardant « les feux de l’amour » en reprise!

 

Prions, mais n’agissons pas. Prions pour les choses faciles, celles qui se règlent par elles-mêmes de toute façon, et berçons-nous d’illusions en se félicitant que la prière du juste a été entendue, alors que ce n’est rien d’autre que le processus normal que les petits soucis de la vie se règlent, à toutes fins pratiques, par elles-mêmes. Franchement, je ne vois pas de différence avec les témoins de Jéhovah. Chacun est replié sur lui-même et surtout, on ne vous incitera pas à devenir autonome dans l’exercice de votre compassion si elle se traduit monétairement. Donnez vos finances au pouvoir central de l’église. Celui-ci a pour mandat de gérer votre argent au nom de Dieu. Et ce n’est pas pour les miséreux que Dieu va le gérer, mais pour les salaires pastoraux et les nombreuses dépenses inhérentes au bâtiment, qui gruge le budget des gens composant ces assemblées.

 

Voilà ce qui est minable. Et pendant ce temps, les crasseux leur diront, en guise de remerciement pour leur coeur sur la main: « FUCK YOU »!

 

 

Patrick Galarneau

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