Je suis un «sél» et non un «séf», et encore moins un «sÉ»

D’abord, je vais définir les termes ci-dessus:

«sél»: sans église locale

«séf»: sans église fixe

«sÉ»: sans l’Église

 

EXPLICATIONS

Je suis sans église locale car je ne crois pas à l’institution humaine, mais au corps de Christ. Ceux et celles que l’on nomme parfois injustement «sans église fixe», ce sont ceux et celles qui ne sont pas attachés à une église locale en particulier, mais qui visitent des assemblées ici et là sans pour autant s’y engager. En fait, le membre d’une église locale a certaines obligations inhérentes:

  • participation aux réunions de membres
  • soutient financier aux infrastructures du bâtiment et salaires
  • doit être présent pour un nombre considérable de dimanches matins, faute de quoi on peut lui retirer son droit d’être membre
  • droit de vote pour l’élection de trésorier, de diacres, d’acceptations ou refus de potentiels nouveaux membres, élection d’anciens ou de pasteurs principaux, ect…
  • participation minimale à la vie de l’église locale
  • rencontre annuelle du rapport d’état financier

Il y a une focalisation centralisée sur l’institution ecclésiastique, ce qui influe sur la perception du monde extérieur au système de croyances de l’église locale. La vie en église locale est légiférée par un système de croyance, que l’on appelle aussi le «crédo». Il importe pour l’adhérant qui désire devenir membre de cette église locale, d’accepter le système de croyance pour être accepté comme tel. Le postulant doit donc rédiger ou dire oralement son témoignage à un nombre minimal de membres lors d’une rencontre ou lors du culte dominical.

Je ne crois pas qu’en tant que croyant, je doive être aux prises avec de tels engagements aussi en superficie de la véritable mission en Jésus-Christ. Je ne blâme pas ceux et celles qui y adhèrent, mais je suis perplexe quant aux ressources financières, d’énergie humaine et en temps passé pour de telles préoccupations aussi secondaires. Je me questionne aussi sur les véritables motifs. Si le motif principal est de se construire une assemblée locale pour y exercer son expression religieuse dimanche après dimanche, bien leur en fasse. Mais je demeure persuadé que c’est aux antipodes de l’appel des croyants. Nous sommes appelés à aller vers le monde et non pas le contraire. Se camper entre quatre murs n’a jamais été un objectif de Jésus ni des apôtres. De plus, comment peut-on justifier tout ce temps et cet argent pour centraliser vers un lieu géographique? Le bâtiment n’est pas un lieu saint. Le Temple fut détruit et rebâtit en trois jours, mais cette fois, sans l’intervention et la construction humaine.

 

Les traductions influencent notre perception de l’Église

Lorsque l’on s’exerce à l’herméneutique, on oublie le contexte de traduction dans l’équation. Les traducteurs sont sous l’influence de l’empire dominant. Le catholicisme est empirique et a étendu ses pouvoirs et son influences dans les moindres recoins de l’Europe, puis des Amériques. Sa position dominante a influencé les traductions vers une position dominante de l’Église primitive, comme si les cités mentionnées dans le Nouveau Testament ne possédaient plus leur gentilé d’origine. Ou si vous préférez, ce ne sont plus des éphésiens de la cité d’Éphèse, mais l’Église d’Éphèse. Or, non seulement le christianisme était-il embryonnaire, mais de plus, il n’était pas dominant à cette époque. Il y a donc dichotomie entre la traduction et la réalité des faits. Les traductions emploient «Églises» ou «églises» pour parler des croyants qui se rassemblaient dans les cités mentionnées dans les épîtres et dans l’Apocalypse. Or, la perception dominante de l’Église catholique nous a donné l’impression que nous avions des églises locales bien distinctes et qu’elles avaient une préséance dominante sur le gentilé des citoyens de ces cités. Pourtant, il n’y avait qu’une poignée de croyants dans ces cités. Les traductions auraient dû employer des termes plus modestes et conformes à la réalité du christianisme apostolique. Par exemple: «à ceux qui se réunissent à Éphèse», plutôt que: «À l’Église d’Éphèse». Dans cette dernière citation, on a l’impression que l’identité des éphésiens passe au second rang derrière l’identification religieuse.

Ce type d’intervention de traduction induit le lecteur en erreur sur la signification et la portée réelle du mot «Église». Et pour appuyer cet argument, le terme «église» n’existe pas dans la pensée des auteurs ni de Jésus. Il y a seulement «Église», sans pluriel, sans minuscule. Dans notre pensée ecclésiastique, nous distinguons faussement deux termes: «église» et «Église». Or, il n’y a que le mot «Église». Certaines traductions ont tenté le compromis de la littéralité et de la vulgarisation de ce terme. Ce qui nous a donné des traductions qui donnèrent ceci: «Églises». Ce qui est contradictoire au sens même de l’étymologie du terme. Il n’y a pas plusieurs «épouses», mais une seule. Et il n’y a pas d’églises au pluriel, mais une seule.

 

Assemblée ou rassemblement

Je ne passerai pas trop de temps sur ce sous-thème, car je l’ai maintes fois abordé dans des articles précédents. Néanmoins, il est bon de rappeler que ceux et celles qui nous sortent Hé.10.25 pour nous inciter à ne pas quitter nos assemblées ou encore, pour nous convaincre d’y retourner, le texte ne dit tout simplement rien de cela. Il s’agit d’un avertissement sévère pour la génération d’hébreux qui a vu et entendu la révélation faite chair en Jésus-Christ, mais qui l’ont rejeté et crucifié. Ils ont donc quitté ce «rassemblement», et non «assemblée», pour se voir être contraints au jugement qui viendra sur eux (Hé.10.26-30). Il ne s’agit en aucun cas de l’église locale.

 

Je reviendrai ultimement pour élaborer davantage sur le sujet.

 

 

Patrick Galarneau

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