Naître de nouveau… ou se faire du cinéma (partie 1)

Dans une conversation avec mes enfants hier soir avant le dodo, ma fille m’a expliqué ce qu’un pasteur jeunesse évangélique a dit aux enfants de l’école du dimanche d’une église de Montréal au Québec.

Ce dernier aurait dit à ses élèves que ceux-ci doivent faire une différence dans ce bas monde. Ils doivent être différents des non-croyants. Que leur différence doit transparaître aux yeux des non-croyants. Que si personne ne remarque la différence chez eux, c’est qu’ils ne sont pas des lumières du monde. Ma fille aurait répondu à l’hurluberlu qu’elle n’était pas Jésus, qu’il y en avait qu’un qui était la lumière du monde. Bien répondu ma chère fille 😉

 

Ma fille de 12 ans et mon garçon de dix ans se chamaillent souvent. Mon garçon n’est pas toujours évident, malgré sa très belle sensibilité. Sa grande sœur en a peur par moment, car le p’tit môsieur est impulsif dans ses réactions pas toujours empreintes de douceur. Ma fille n’est pas toujours tendre dans ses paroles à son endroit toutefois. Néanmoins, les deux croient en Jésus et aiment les histoires que je leur raconte à ce sujet. Ils en redemandent. Me questionnent régulièrement. Me font part de leurs réflexions souvent plein de sens. Mais ont-ils cessé leurs disputes? Les guerres de mots? Mis tous leurs désaccords de côté? Bien sûr que non. Alors, ils ne sont pas des lumières du monde, ils ne sont pas nés de nouveau d’après ce charlatan évangélique.

 

LE PARAÎTRE

Dans la religion, le paraître prend l’ascendant sur le savoir être. Les évangéliques utilisent intellectuellement le verbe « être » régulièrement. Que ce soit pour expliquer que Jésus est lui-même le verbe « être », qu’il faut « être » né de nouveau pour comprendre. Qu’être chrétien c’est « être » disciple de Christ. Que Dieu transforme notre « être » et notre savoir « être ». Mais non. Il faut que ça « paraisse » que nous sommes chrétiens. Il faut, il faut et il faut. L’obligation est là, bien présente, sans nuance aucune. Aller à l’église tous les dimanches matins fait de vous des chrétiens fidèles à Jésus-Christ. Mais oui, on insistera sur le « naître de nouveau », comme si cela relevait d’un choix personnel. Évidemment, je pouvais, en tant que spermatozoïde, exiger de mes créateurs biologiques, de naître. Ben oui, puisque je suis en train de vous écrire et que vous me lisez. J’ai certainement eu quelque chose à voir avec ma propre naissance, vous comprenez? Loin de moi le calvinisme, je n’adhère à aucune école de pensée. Alors allons-y, simulons la nouvelle naissance afin d’éviter les discours et accusations culpabilisants de la part de ceux qui prêchent le dimanche matin et qui, par cette seule position d’autorité autoproclamée, les dispense de tout soupçon sur leur propre salut.

 

INVITATION AU JUGEMENT DE VALEUR

Je ne devrais jamais être déprimé, avoir des envies de mourir (ce n’est pas mon cas, mais c’est peut-être le cas de d’autres chrétiens), il faut que j’exprime de la joie. Je ne peux pas me présenter à l’église avec une face de carême, ni être en dispute avec ma femme ou mes enfants. Je dois transpirer l’amour de mon prochain, de ma femme, de mes enfants, du voisin, du pasteur, des fidèles de l’église et de n’importe qui finalement. Je simule l’amour, certes, mais au moins, personne ne me soupçonne sur mes véritables sentiments à leur égard. Ça fait un monde évangélique rempli d’hypocrites, mais qu’à cela ne tienne, j’ai l’air chrétien… et d’une lumière dans ce monde de ténèbres, comme aiment le dire les élitistes évangéliques.

Le gars (et même des femmes, soit dit en passant) ne parlera certainement pas de ses addictions pornographiques lors d’une poignée de mains avec un(e) chrétien(ne) dans l’entrée de l’église. Même pas de ses quelques visites rares ou occasionnelles sur les sites pornographiques ou les revues du même acabit. Il va plutôt lui servir une recette de mots vides du Patois de Canaan, afin de faire la démonstration qu’il est non seulement né de nouveau, mais qu’il fait preuve de zèle, de fidélité comme un bon soldat de Christ et qu’on peut le considérer comme étant « des nôtres ». Car oui, être « des nôtres », c’est un langage sectaire qui instrumentalise les propos de l’apôtre Jean, mais interprété de façon frauduleuse. On ne veut surtout pas perdre son réseau social le plus important: l’église. Et dans bien des cas, c’est le seul réseau social. Que voulez-vous, la secte prend beaucoup de place dans une vie de zélés.

 

L’AFFAIRE RICHARD PICOTIN

Il y a deux ou trois ans, un certain Richard Picotin a fait son « coming out ». Il est maintenant un gay avoué, et non plus un gay demeuré accroché après un ceintre du placard. Il a dit, et je cite: « j’accepte mon homosexualité » et ce, après avoir consulté les Chamans de l’Église Nouvelle Vie, qui ont fait des incantations pour faire sortir le « démon de l’homosexualité » du corps de M. Picotin. C’est de ce même Richard qu’est sortis le célèbre cantique « Christ est roi ». Les églises évangéliques du Québec comme de l’Europe francophone l’ont chanté à l’unisson aussi souvent qu’ils vont sur le trône pour éjecter un numéro deux. Mais maintenant qu’il est ouvertement gay, les églises, pour plusieurs, ont banni ce cantique, car il a été conçu par un gay. Quand je vous parlais de jugement de valeur… Richard Picotin est un homme fini dans le mouvement évangélique. Il a bien tenté de se repentir de son homosexualité depuis son adolescence, tenté de le camoufler et faire croire qu’il est un chrétien exemplaire qui a vaincu ses démons grâce à la nouvelle naissance qui, faut-il le rappeler, est une invitation de la part des prédicateurs, copié-collé du non moindre hurluberlu de Billy Graham, avec ses ridicules campagnes d’évangélisation qui ne font rien d’autre que des clones d’hypocrites évangéliques.

Richard Picotin a décidé de devenir honnête et totalement transparent. Il est maintenant crucifié. Ça me rappelle quelqu’un, mais je cherche encore son nom… quel est-il déjà?… 😉

Comme sur les stèles d’Égypte, son nom ne figure pas parmi les sommités du monde évangélique. En fait, il n’y paraît plus. Son nom est effacé des stèles qui ont pour but de conserver dans la mémoire collective, les actes grandioses de ses pharaons évangéliques.

 

Le paraître, c’est ce qui compte. Votre honnêteté vous obligera à faire cavalier seul.

 

 

Suite au prochain article.

 

 

 

Patrick Galarneau

 

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Pasteur, mêles-toi de tes affaires… ou celles de tes naïfs!

C’est bien connu, dans le monde évangélique, on veut contrôler ce que pensent les adeptes. On veut moduler leurs comportements, éradiquer leurs formulations de pensées pour qu’ils adoptent et embrassent leur vision du monde. Le rôle du pasteur n’est pas anodin et sans conséquence. On interprète la Bible à la place des adeptes. Sinon, c’est le chaos, diront-ils. Mais la vérité, c’est que si chacun est libre devant Dieu, à quoi sert le pasteur?

 

MON PASTEUR

Je me rappelle de mes débuts dans l’église évangélique. J’entendais souvent des propos dans les conversations des chrétiens après la réunion dominicale, sur le perron de l’église. Les chrétiens aimaient bien jouer au « m’as-tu vu, m’as-tu entendu », rêvassant sans doute d’être eux-mêmes pasteurs et donc, recevoir l’admiration du plus grand nombre. C’était dans les années 80′.

 

Lorsque le débat s’enlisait dans un discours de sourds parmi ces grands théologiens ponctuels, j’entendais alors l’argument massue: « Mon pasteur nous a dit que ça voulait dire ça ». Ou encore: « Je vais en parler avec mon pasteur ». Cette dernière citation me fait encore sourciller aujourd’hui. Le pasteur est perçu comme une sorte de Chaman des temps modernes, un druide, une autorité incontestable. On parle de SON pasteur comme de son avocat, son médecin, son comptable, son agent immobilier. C’est MON pasteur, il est mon guide, celui qui pense à ma place.

Votre garagiste, il connaît son affaire mieux que vous. Vous lui faites confiance et c’est pour cette raison que vous lui confiez votre véhicule. Votre avocat défendra vos causes, surtout si vous êtes chef d’entreprise et que la compagnie doit absolument se doter de gens qualifiés pour défendre des causes devant les tribunaux. L’avocat a une expertise pour tenter de vous défendre ou vous sortir du pétrin. Votre médecin connaît les particularités du corps humain. Il peut vous diagnostiquer ce qui va ou ne va pas. Il a une expertise en la matière. Votre agent immobilier fait le travail pour vous, afin de vous négocier le meilleur prix. Votre conseillé financier peut vous dénicher de bonnes affaires avec des rendements intéressants, vous éviter de l’impôt inutile, des réclamations auxquels vous avez droit, il a une expertise en la matière.

 

Le pasteur entre dans ce cercle intime qui agrémente votre vie et vous permet de ne pas avoir à réfléchir par vous-mêmes aux solutions à emprunter, comme le garagiste, l’avocat, le médecin et le conseillé financier. Votre pasteur réfléchi à votre place, il a étudié et maîtrise les particularités bibliques et « scripturaires » (je haïs ce mot de discours pompeux). C’est du moins ce que croient les adeptes qui ont l’habitude de dire « mon pasteur ». Le hic, c’est que la théologie est aussi précise qu’un aveugle qui tire à l’arc pour viser la cible. Il y a énormément de subjectivité dans ce domaine.

 

DIFFICILE DE SE RETENIR

Demander à un pasteur de se mêler de ses affaires, c’est comme demander à un enfant de ne pas jouer: c’est impossible. D’abord, parce que la dépendance pastorale est voulue et imposée aux fidèles, parfois sans subtilité! Pour les questions d’ordre privée, que ce soit pour de la relation d’aide de couple, de vie sexuelle, de finances personnelles ou d’avancement professionnel potentiel, beaucoup d’adeptes prennent rendez-vous avec leur druide pastoral pour connaître ce qu’ils doivent faire. C’est là que les pasteurs se dégagent des accusations de se mêler de ce qui ne les regarde pas, puisque ce sont les adeptes eux-mêmes qui le réclament!

Un pasteur de l’association d’églises baptistes évangéliques à laquelle je faisais partie, était fier de dire qu’il a incité un de ses adeptes à refusé une opportunité de promotion et d’avancement dans la carrière de ce dernier. Il l’a plutôt incité à servir Dieu dans le ministère qui lui sera peut-être un jour confié. Autrement dit, en acceptant la promotion de son employeur, le fidèle sera subitement moins disponible dans son travail de lèche-bottes envers les bonzes évangéliques. Moins malléable, le fidèle sera alors secrètement discrédité pour avoir osé remettre sa propre foi en cause pour de l’argent. C’est ce qui est insinué. À contrario, les bonzes évangéliques seront heureux que d’autres fidèles gagnent plus d’argent, si ces fidèles ne leur sont utiles que pour fournir à leur caisse qu’ils appellent « donner à l’église c’est donner à Dieu », alors que l’on sait très bien que donner à l’église, c’est payer les vacances dans le sud l’hiver des pasteurs, puis leurs vacances d’été qui débutent à la fin de l’année scolaire et qui terminent à la fin août. Ces Chamans sont si utiles, qu’il faut les payer grassement, vous comprenez? 😉

Ces paresseux qui mangent, voyagent, travaillent très peu ou pas, qui se logent et se payent de belles voitures, c’est sur le dos des naïfs qu’ils le font. Parce que ce sont justement ceux que le roi Salomon dénonce:  «tu ne travaille pas, tu ne mérite pas de manger »! Pire: ils se mêlent de la vie privée des fidèles qui leur sont assujettis. S’ils se contentaient de seulement arnaquer leurs fidèles…

 

Et ils font la morale en plus de cela. Ils vous culpabilisent lorsque vous êtes plus ou moins fidèles à votre église. Ils font passer des messages dans leurs sermons, parfois subtilement, parfois pas. Ils parlent d’argent dans leurs sermons, évoquant combien l’argent était un sujet omniprésent dans le N-T (n’importe quoi), afin de soutirer encore plus des poches des naïfs, qui eux, se priveront de surplus durant le temps des fêtes… mais pas leurs Chamans ni leurs druides pastoraux.

 

Alors, pasteurs, mêlez-vous des affaires de vos fidèles, ils aiment ça et en redemandent 😉

 

 

Patrick Galarneau