Incirconcis: qui étaient-ils?

INTRODUCTION

 

La circoncision: signe de la promesse de Dieu:

On pense encore à Gn 17 lui-même qui prépare la grossesse de Sara jusque-là stérile et la naissance d’Isaac. Ce récit est intéressant puisque ce n’est plus le rite lui-même qui assure une nombreuse descendance – ce qui aurait pu être interprété de façon magique – mais les seules promesses de Dieu. Il s’agit d’une alliance entre deux époux, figure de l’alliance entre Dieu et son peuple. La circoncision du coeur est l’alliance de Dieu, par son Saint-Esprit, dans le coeur du croyant.

 

TERME

La circoncision est attestée en Égypte à une époque ancienne, dès le troisième millénaire, et dans les grottes syriennes. Si on a retrouvé certaines momies qui n’étaient pas circoncises, il semble, du moins, que le rite ait été obligatoire pour les prêtres.

On constate donc ici, encore une fois, que cette pratique fut empruntée par les juifs, Dieu ayant donné une signification précise. Ainsi, Dieu reprend une pratique que les juifs connaissaient. De cette manière, Dieu ne déstabilise pas les juifs et les encadre avec des éléments qu’ils connaissent déjà. On ne change donc pas trop leurs habitudes, mais on donne à ces rites une signification différente et adaptée pour enseigner au peuple hébreux les éléments à discerner au sujet de la promesse à venir au sujet du Messie, qui viendra ultimement pour circoncire leur cœur. Mais déjà, la foi en Dieu par la promesse à venir est une circoncision du cœur.

 

La circoncision, combattue par les Grecs et les Romains

La circoncision a souvent rimé avec persécution. Pratiquée par les Egyptiens, ce rite fut rejeté par plusieurs conquérants romains et grecs, qui l’assimilaient à une mutilation et à une castration. Or dans la loi romaine, il était interdit de castrer les esclaves, au risque qu’ils perdent leur valeur marchande. Par ailleurs, chez les Grecs, la longueur du prépuce était liée à la fertilité. Lors de ses conquêtes, Alexandre le Grand fait diminuer le nombre de circoncis. Plus tard, au IIe siècle avant Jésus-Christ, la circoncision est même interdite par Antiochos IV régnant au Proche-Orient. Conséquence : de nombreux juifs avaient recours à plusieurs opérations pour reformer leur prépuce. Parallèlement, un mouvement protestataire et revendicateur du rite apparaît. Après plusieurs révoltes, les troupes Antiochos IV sont vaincues par les juifs. Le rite est de nouveau autorisé et les hommes de confession juive ont alors commencé à effectuer des ablations hautes, c’est-à-dire à enlever plus de muqueuse que de peau, pour éviter les chirurgies réparatrices visant à reconstruire le prépuce.

 

Le problème ici, c’est que les juifs ont combattus pour une pratique, alors qu’il leur suffisait tout simplement d’être obéissant et aimer Dieu sans même avoir recours à la pratique de la circoncision. Faire la guerre pour avoir le droit de s’automutiler le pénis ne fait que démontrer que les juifs n’ont rien compris de sa signification. Cela démontre qu’ils étaient attachés aux pratiques religieuses et aux rituels, bien davantage que de de celui qui a institué cette pratique comme simple prélude et enseignement de ce qu’il leur avait promis par le Messie.

Et c’est le problème religieux: fidélité aux pratiques extérieures sans avoir à engager la profondeur du coeur. C’est ce que Dieu a dénoncé, par l’intermédiaire du prophète Jérémie, au sujet des juifs et de tous ceux qui ont adopté cette pratique parmi les non-juifs.

 

Encore une fois, le judaïsme ne devait pas être une religion, mais un pédagogue.

Jé.9 24 « Le jour vient, déclare le Seigneur, où j’interviendrai contre tous ceux qui sont circoncis pour la forme : 25 Égyptiens, Judéens, Édomites, Ammonites, Moabites, ainsi que les populations du désert qui se rasent les tempes. Car toutes ces nations sont sans vraie circoncision et Israël dans son ensemble ne s’est pas circoncis pour le Seigneur. »

Les incirconcis ne sont donc pas automatiquement des gens issus de nations diverses. Il est fort possible qu’il s’agisse d’individus issus du monde greco-romain, en effet, mais aussi hébreux. En fait, les hébreux vivant de manière hellène ont adopté la culture hellénistique, pour la plupart. D’autres sont demeurés très attachés au judaïsme, mais ne sont pas réellement considérés comme des circoncis. Le fait est que le vrai circoncis, selon la culture juive, c’est de rendre un culte à Dieu au Temple. D’ailleurs, plusieurs juifs répartis à travers le monde se rendaient une fois l’an à Jérusalem afin d’aller rendre un culte à Dieu au Temple. Toutefois, cela ne fait pas d’eux des circoncis pour autant, qu’importe l’état de leur prépuce. C’est davantage l’état de leur coeur qui est pris en compte. Le prépuce ne fait pas du juif un circoncis au sens du terme que Dieu a donné comme signification.

Dieu n’a-t-il pas dit justement qu’il préférait l’obéissance aux sacrifices? Non pas que le juif soit nécessairement dispensé d’offrir des sacrifices, mais que même sans sacrifice, l’obéissance a bien plus de valeur aux yeux du Seigneur. Le juif pourrait ne pas avoir à offrir des sacrifices si son obéissance émanait d’un cœur renouvelé. Les sacrifices n’étaient rien d’autre qu’un prélude au sacrifice ultime qui devait survenir lors de la révélation du Messie mais surtout, un enseignement pédagogique pour discerner le vrai Messie de tous ces faux qui oseraient se prétendre être Messie. Je dirais même davantage: Dieu dit, Dieu accomplit. Lorsqu’il promet, la promesse s’accomplira. Pour le juif, observer les préceptes du Seigneur n’avait rien de religieux, ni de contraignant ni de culturel, ni ritualiste ni quoi que ce soit d’autre. Jésus avait dénoncé l’hypocrisie des religieux juifs, qui accomplissaient les préceptes de la loi, mais le coeur n’y était tout simplement pas. Les apparences n’ont jamais sauvé qui que ce soit de la colère de Dieu. Et être circoncis dans la chair n’a strictement rien changé.

Les incirconcis sont particulièrement juifs, puisqu’ils étaient en pleine connaissance de cause de la signification de la circoncision. Il faut croire que la signification a perdu beaucoup de son sens parmi les juifs, car ces derniers étaient davantage attachés aux pratiques qu’aux principes. En fait, tout ce qui était demandé par Dieu n’avait rien à voir avec une pratique religieuse. Le judaïsme n’était pas une religion, avant que les « incirconcis du coeur », les « païens » idolâtres qu’étaient les juifs, ne viennent pour en faire une religion, c’est-à-dire, une pratique ritualiste qui relie les membres d’une communauté, dénué de son véritable sens initial. La religion encourage la pratique extérieure et en superficie, alors que la foi est un coeur débordant d’amour pour son créateur. Ça, c’est la vraie circoncision. La circoncision dans la chair n’a jamais signifié l’ablation du prépuce. Ça, ce n’est rien d’autre qu’une manifestation charnelle et terrestre d’une signification spirituelle qui dépasse largement la simple pratique de la circoncision. Ainsi, les circoncis sont ceux et celles (oui, les femmes aussi, puisque c’est le coeur qui doit être circoncis. Dieu n’accuse pas les hommes seulement de leur incirconcision) qui sont élus avant la fondation du monde, alors que les incirconcis courent à leur perte. L’auteur du livre destiné aux hébreux démontre que les juifs étaient davantage attachés aux idoles par les anges (ch.2) et qui, malgré leur circoncision dans la chair, ils étaient en réalité des incirconcis et des païens (nous reviendront sur ce terme au prochain article).

 

CONCLUSION

Les incirconcis sont tous ceux qui ne vont pas adorer Dieu au Temple de Jérusalem. Soit. Cependant, le terme a une portée bien plus étendue. Les juifs de la Judée avaient beau être circoncis dans la chair et aller adorer et rendre un culte à Dieu au Temple, exercer les sacrifices et les fêtes annuelles, respecter le sabbat et donner la dîme et l’offrande, toutes ces choses ne faisaient pourtant pas d’eux des circoncis pour autant. Le circoncis recevait la parole de la bonne nouvelle avec joie et s’assurait que ce qui lui était dit et démontré soit en accord avec les prophéties dans les écritures (Ac.17.11). Si l’apôtre Paul semble faire une distinction entre les circoncis d’origine juive et les incirconcis d’origine grecque, cette distinction n’est pas aussi évidente qu’elle n’y paraît. L’apôtre Paul a passé sa vie dans les synagogues, afin d’avertir la diaspora d’Israël de la fin imminente, certes, mais surtout de la révélation manifestée en chair par la personne de Jésus. Beaucoup de grecs étaient des convertis au judaïsme, des nobles comme des villageois, mais beaucoup de nobles, dont le judaïsme revêtait une pratique hautaine et difficile à observer.

Il y avait aussi beaucoup d’hébreux qui s’étaient hellénisés et qui n’adoptaient pas les règles de la loi mosaïque à leur vie, qu’ils considéraient comme rétrogrades et incompatibles avec la culture grecque dans laquelle ils ont été élevés. Lorsque l’apôtre Paul parle des incirconcis et/ou de païens, il fait référence aux hébreux hellènes et aux grecs. D’ailleurs, c’est l’apôtre Paul qui affirme « pour le juif en premier, puis le grec ensuite ». C’est par extension que le grec est sensibilisé au phénomène christologique, car il côtoie le judaïsme dans les cités visitées par Paul et des disciples qui, par appel et vocation, va avertir les juifs et hébreux des différentes cités par lesquelles il est passé. Une seule idée en tête, comme Jésus: le juif d’abord, car la promesse lui était destinée. La bonne nouvelle, c’est que le Messie tant attendu depuis le roi David, est enfin révélé.

 

 

Patrick Galarneau

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