Peut-on rire de tout, de tout le monde?

D’emblée, je dirais non… mais oui à la fois, mais ça dépend.

Il y a trois grandes catégories, par ordre d’importance :

  1. L’être humain
  2. Sa culture
  3. Sa religion

Je crois que l’on peut, jusqu’à certaines limites, rire de la culture et de la religion d’une personne ou d’un groupe d’individus, mais qu’il est préférable d’être prudent lorsque l’on veut rire de quelqu’un en particulier, même si c’est fait par admiration ou affection. Ce qui suit est valable tant dans la vraie vie que sur les réseaux sociaux :

1- L’être humain: je pense qu’il faut être en bonne et intime relation pour rire de l’autre. Vous savez, la taquinerie? De même, on peut dire des vérités difficiles à une personne avec qui nous sommes très proche, alors que cette même vérité ne passerait pas nécessairement si elle venait d’une autre personne un peu plus éloignée sur le plan relationnel. La personne la plus proche de nous peut nous dire des choses que nous ne permettrions pas à d’autres, sous peine de mettre fin illico à cette relation ou à la limite, de rétrograder cette personne dans l’estime que nous lui accorderions dorénavant. Il faut bien se connaître pour se permettre des taquineries entre nous qui seraient considérées comme  »méchantes » si nous l’avions dite à une personne plus éloignée sur le plan relationnel.

  • Conseil : la prudence est de mise en toutes circonstances. Soyez vigilants à la manière dont vos formulez vos taquineries, car elles pourraient être mal interprétées. Si vous reconnaissez éprouver certaines lacunes au niveau de vos interactions avec les autres, n’utilisez pas la taquinerie, mais efforcez-vous d’être un bon ami et compagnon qui soit à l’écoute de l’autre.

 

2- Sa culture : un de mes amis pasteurs, un québécois pure laine, m’a invité à une fête organisée par des haïtiens. Mon ami se permettait de taquiner la culture de ses hôtes sans aucune gêne, ce qui était non seulement accepté par nos hôtes, mais en plus, ils en ajoutèrent davantage en guise d’autodérision. Je ne me serais toutefois pas vu faire la même chose alors que je ne suis qu’un invité que l’on ne connaît que très peu. Voyez-vous? Il faut encore une fois faire preuve de jugement et de discernement. Mais plus que cela : il faut être en très bons termes et avoir une grande intimité avec des personnes de cultures différentes afin de faire ce type d’humour sensible. Il y a bien plus de choses que l’on accepte d’un ami que d’un étranger. 

  • Conseil : Dans tous les cas, je pense que l’on peut rire des différentes cultures, à la condition que ce soit par affection ET parce que l’on est très intime avec plusieurs personnes d’une même culture. Mais pour éviter les maladresses et que cela nous expose à l’ostracisme à cause d’un quiproquo, il serait préférable de ne plus regarder à ce qui nous différencie. Après tout, nous sommes tous des humains au départ… mais oui, on peut en rire je crois… avec prudence.

 

3- Sa religion : C’est étrangement le sujet le plus sensible mais le moins identitaire des trois. Entendons-nous sur cela : l’essence même d’un être humain se mesure à la valeur que l’on accorde à la vie. La culture est l’environnement immédiat de l’être humain, mais demeure en périphérie de sa personne. La religion, elle, peut s’inscrire dans le registre de l’environnement immédiat, car la religion dépend de la culture, mais la culture ne dépend pas de la religion. Et c’est là toute la nuance. L’être humain peut survivre sans religion, mais il lui est difficile de forger à maturité son identité sans une culture qui l’accompagne. La culture encadre l’être humain dans sa quête identitaire, lui donne des concepts abstraits et linguistiques, ainsi qu’un historique du clan, qui incite de manière coercitive à défendre les valeurs du clan en les acceptant dans sa formation identitaire. Bref, la religion n’est pas une obligation identitaire, mais une obligation dans un état théocratique où l’être humain n’a pas le droit de s’émanciper de manière individuelle et en gardant éloigné en périphérie la religion du clan. Que l’on considère la dite religion de superstition, de fables et de croyances ancestrales, il n’en demeure pas moins qu’elle est idéologique et imposée de force. Peut-on rire de la religion dans ce cas? Je crois qu’il faut justement en rire. Et pas nécessairement en termes dérisoires et méprisants. La religion a cette caractéristique particulière d’être austère et peu charitable, que justement, il faudrait y ajouter beaucoup d’humour pour faire le contre-poids.

  • Conseil : entre amis, je pense qu’on peut se le permettre. J’éviterais de le faire avec des religieux, car plusieurs sont obtus et perdus dans leur obscurantisme. Et comme l’humour est souvent aux antipodes des valeurs de ce type de religieux, il est préférable de simplement les éviter et d’aller rire ailleurs, avec des gens ouverts. Encore une fois, il faut user de jugement et discernement. Par contre, il y a des gens dans des religions qui n’ont pas peur de l’autodérision.

 

 

Patrick Galarneau

 

 

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