Lettre personnelle de Paul à Philémon: l’autorité de l’amour (1ère partie)

La lettre de Paul à Philémon est très particulière, car la forme que prend cette lettre est aussi importante que son contenu. En fait, cette lettre démontre de manière claire et sans équivoque, la manière dont les relations entre croyants nés de nouveau devraient se dérouler… en principe. La requête de Paul envers Philémon s’est faite sous le couvert de l’amour et non de l’autorité dont l’apôtre aurait pu invoquer afin de contraindre Philémon à agir selon la volonté de l’apôtre, ce qui, par le fait même, serait devenu une requête par argument d’autorité et contre-productive.

Philémon, dans un contexte socio-culturel où l’esclavage était une institution de laquelle dépendait l’empire romain, pouvait aisément se prévaloir de son autorité civile pour faire condamner Onésime, traître et voleur, de surcroît, sans tenir compte de la grâce qui a été offerte à Onésime, son esclave en cavale. Toutefois, la forme que prend la requête de l’apôtre Paul a certainement eu des échos au-delà de la simple personne d’Onésime, d’abord parce que l’apôtre n’a pas invoqué son autorité apostolique, et ensuite, parce que la requête s’est faite par un appel à la grâce, grâce dont Philémon a obtenu en étant libéré des chaînes de la condamnation de Dieu en devenant enfant de Dieu. L’apôtre fait aussi la démonstration d’une grande modestie et de bienveillance, tant envers Onésime que Philémon. Il est même disposé à prendre en charge les coûts liés à un dédommagement que Onésime devrait à Philémon. L’autorité de l’amour convainc. L’autorité imposée contraint.

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INERRANCE BIBLIQUE ET PERFECTION DE LA BIBLE (par: David Vincent)

http://didascale.com/inerrance-biblique-infaillibilite-bible/

INERRANCE BIBLIQUE ET PERFECTION DE LA BIBLE

Je vous propose de continuer cette série de réflexions sur l’inspiration et l’interprétation de la Bible en abordant un sujet délicat, celui de l’inerrance biblique. Dans la présentation de mon blog, j’ai eu l’occasion d’exposer mes objectifs. Devant un sujet si sensible, je me permets de les rappeler ici :

Ce blog s’adresse avant tout à des personnes (chrétiennes ou non) cherchant à mieux comprendre la Bible pour mieux connaitre Dieu. Cela suppose donc d’abandonner certains préjugés pour laisser place au texte lui-même, replacer dans son contexte. Par ailleurs, pour que la discussion puisse être profitable, il faut que les personnes qui souhaitent intervenir le fasse dans un état d’esprit positif et surtout prennent le temps de lire complètement l’article. Je me permets d’insister sur ce point, car j’ai remarqué que, d’une manière générale mais surtout sur ce sujet en particulier,un certain nombre de personnes étaient particulièrement promptes à intervenir sans prendre le temps de lire ce que j’écrivais, ce qui entrainait souvent des réponses au mieux « hors sujet », au pire agressives.

Définition des termes et du sujet

La doctrine de l’inerrance biblique, confondue avec l’infaillibilité, est actuellement considérée comme fondamentale par beaucoup d’évangéliques. Elle a notamment été réaffirmée lors de la déclaration de Chicago.

L’inerrance biblique est une doctrine qui affirme que,  la Bible étant la Parole de Dieu , celle-ci est donc, « dans les manuscrits originaux, » préservée de toute erreur, théologique bien sûr, mais aussi historique et « scientifique ». Cette position se distingue donc de la doctrine de l’infaillibilité, qui considère au contraire que la Bible n’est infaillible que sur les questions théologiques, mais que cette infaillibilité ne s’étend pas aux domaines de l’histoire et « des sciences ».

Les partisans de l’inerrance biblique seront désignés dans cet article sous le nom d’ « inerrantistes » ou « fondamentalistes », sachant qu’aucun de ces termes n’a de connotation péjorative, puisqu’historiquement ce sont les « fondamentalistes » eux-mêmes qui se sont donnés le nom de « fondamentalistes » et non leurs adversaires.

Dans cet article, j’aimerais revenir plus précisément sur trois de leurs affirmations :

  1. Les chrétiens ont toujours cru à l’inerrance biblique. Cette doctrine n’a été remise en cause que par le libéralisme théologique apparu au XIXe siècle.
  2. La remise en cause de l’inerrance biblique est une remise en cause de l’autorité de la Bible
  3. La remise en cause de l’inerrance biblique est dangereuse pour la foi

Après avoir discuté ces trois points, je terminerai en expliquant pourquoi, selon moi, il est préférable de parler d’une « Bible parfaite » ou de « perfection biblique » plutôt que d’inerrance biblique.

Doctrine historique ou invention tardive ?

Le premier argument en faveur de l’inerrance biblique est la perpétuité de cette doctrine. On entend souvent dire que les chrétiens auraient toujours cru en l’inerrance biblique, et que celle-ci n’a été remise en cause que par les théologies libérales issues des Lumières. Un tel argument a sans aucun doute un poids considérable et m’a longtemps fait réfléchir.

Au tout début, j’ai cru à cette idée puis, au cours de mes études, j’ai eu l’occasion de travailler sur la littérature chrétienne ancienne et plus particulièrement sur les commentaires bibliques. C’est en étudiant ces textes que je me suis aperçu qu’aucun de ces auteurs anciens ne croyait en l’inerrance biblique. Au contraire, ceux-ci n’avaient absolument aucune difficulté à admettre que les récits bibliques puissent contenir des erreurs historiques et ils n’hésitaient pas à corriger celles-ci.

Les Pères de l’Eglise

Les Pères de l’Eglise ne pouvaient pas adhérer à l’inerrance pour deux raisons

1)  La première c’est qu’ils utilisaient comme texte biblique de référence la Septante et non le texte hébreu. Cela peut paraître anodin, mais cela remet en cause le fondement même de l’inerrance biblique. L’inerrance biblique affirme que le texte original est sans erreur, Cependant, en traduisant la Bible de l’hébreu en grec, les auteurs de la Septante ont modifié de nombreux passages en apportant des corrections historiques ou théologiques, voire même « scientifiques ». C’est la meilleure preuve qu’eux-mêmes ne considéraient pas le texte hébreu original comme inerrant. Or, deux points importants doivent être relevés. Premièrement, les chrétiens, ou au moins les docteurs de l’Eglise, étaient au courant de ces modifications, plusieurs passages de leurs écrits l’attestent très clairement. Deuxièmement, ils ont accepté de prendre ce texte modifié comme texte de référence. L’argument avancé pour justifier cette décision, et qui en tant qu’évangéliques devrait nous faire réfléchir, est la fidélité aux apôtres qui avaient déjà pris le texte de la Septante comme texte de référence.(1)

2) La deuxième raison qui empêche les Pères de l’Eglise d’adhérer à l’inerrance biblique est leur théorie de l’inspiration, essentiellement issue d’Origène, qui distinguait différents sens de l’Ecriture (2). Pour appuyer le fait que les Pères de l’Eglise croyaient en l’inerrance, on extraie souvent quelques citations hors contexte où les Pères semblent affirmer que la Bible est sans erreur. Mais en examinant le contexte de ces citations, on s’aperçoit que les Pères de l’Eglise affirmaient que la Bible était infaillible non dans son sens littéral, mais dans son sens allégorique. Et bien loin de nier les erreurs qui pouvaient exister dans le sens littéral, ils y voyaient au contraire une preuve de l’existence et de la primauté du sens allégorique ! Ainsi les Pères distinguaient l’infaillibilité de la Bible et l’inerrance biblique. La Bible était infaillible dans le sens où elle était un fondement sûr de la foi, à condition de la lire avec l’Esprit. En revanche, cette infaillibilité ne s’étendait pas aux données historiques ou « scientifiques ».

Et les Réformateurs ?

Que pensaient les Réformateurs de tout cela ? Pendant longtemps, même après avoir découvert la position des Pères de l’Eglise, je pensais que l’inerrance biblique était apparue au cours du Moyen Age et qu’elle avait été adoptée par l’Eglise catholique (jusqu’à Vatican II) (4) et j’étais prêt à concéder aux inerrantistes que les Réformateurs avaient repris cette doctrine et étaient donc de leur côté.

Cependant, un certain nombre de lectures récentes m’amènent de plus en plus à douter de cette position. Si je pense toujours que l’inerrance biblique s’est bien développée durant la période scolastique médiévale, j’ai de plus en plus de doutes concernant sa reprise par les Réformateurs, au moins certains d’entre eux. Après avoir commencé à étudier les écrits de certains Réformateurs, notamment Martin Luther, Jean Calvin et Théodore de Bèze, je ne pense plus qu’ils adhéraient à l’inerrance biblique. Au contraire, leur position me semble beaucoup plus proche de la mienne. Toutefois, je préfère attendre d’avoir lu complètement leurs œuvres avant de publier des articles sur cette question. (5)

L’autorité de la Bible dans la vie du croyant

Le deuxième argument consiste à dire que la remise en cause de l’inerrance biblique entrainerait une remise en cause de l’autorité de la Bible, ce qui conduirait notamment à une attitude de désobéissance envers Dieu.

Je pense de mon côté que ces deux choses sont tout à fait séparées et que le vrai problème de l’obéissance ne se situe pas là. Je traiterai aussi cette affirmation en deux points.

Fondamentalisme et obéissance

Tout d’abord, la première chose à souligner, c’est que l’adhésion à l’inerrance biblique n’implique pas nécessairement une vie d’obéissance à Dieu, bien au contraire. Un simple coup d’œil sur l’histoire nous montre que beaucoup de chrétiens fondamentalistes ont eu un comportement absolument contraire à l’Evangile et se sont servis de la Bible pour le justifier.

Un exemple tout simple : la convention Baptiste du Sud (6). Les Baptistes du Sud sont aujourd’hui la plus grande dénomination protestante américaine, mais beaucoup de gens oublient ses débuts et le pourquoi de sa création. A l’origine, cette convention avait été créée par les pasteurs baptistes qui refusaient l’abolition de l’esclavage et l’égalité entre les Blancs et les Noirs. Pendant la guerre de sécession, tous ces pasteurs baptistes se sont unanimement rangés derrière l’armée esclavagiste du Sud et ont présenté cette guerre comme une « guerre sainte », n’hésitant pas à écrire des livres pour défendre bibliquementl’esclavage et l’inégalité des races.

Plus récemment, on peut rappeler que le Ku Klux Klan, dans sa deuxième version, était majoritairement composé de WASP (White Anglo-Saxon Protestant). Il y avait bien sur des « protestants de tradition », mais aussi de nombreux protestants convaincus qui croyaient réellement en Dieu, en la Bible, … et en son inerrance. Cela ne les empêchait pas de se livrer à tous leurs crimes. Enfin terminons en signalant qu’aujourd’hui, le Klu Klux Klan, qui n’est heureusement plus qu’un groupuscule minoritaire, est encore dirigé par un pasteur fondamentaliste.

Fondamentalisme et violence

Sans tomber dans ces extrêmes, j’ai aussi pu constater que cette croyance rend très facilement agressif, en particulier lors des débats doctrinaux. L’explication de cette attitude est assez simple. En assimilant la Parole de Dieu à la Bible, puis la Bible à leur propre interprétation de la Bible, ils en viennent finalement à élever, sans s’en rendre compte, leur propre interprétation de la Bible au rang de Parole de Dieu. De fait, ne pas être d’accord avec eux, c’est ne pas être d’accord avec Dieu.

Ainsi des questions qui peuvent paraître assez anodines ou concerner des sujets compliqués, qui demandent beaucoup de prudence, peuvent très vite dégénérer en véritable pugilat.

Bien évidemment, en disant cela, je ne veux pas généraliser. Il y a aussi, et heureusement, des personnes qui peuvent croire à l’inerrance biblique et manifester véritablement l’Evangile et les fruits de l’Esprit (douceur, tempérance, etc.) dans leur comportement. Ce que je veux souligner, c’est que ces deux points, l’inerrance biblique et une réelle vie chrétienne, ne sont pas liés et croire en l’inerrance biblique ne garantit absolument pas de mener une vie conforme à l’Evangile. L’obéissance à Dieu est avant tout une attitude de cœur. Celui qui ne veut pas obéir trouvera toujours une raison pour ne pas le faire.

L’inerrance biblique et la foi chrétienne

La dernière question concerne le rapport entre l’inerrance biblique et la foi chrétienne. Je suis bien conscient que l’adhésion à l’inerrance biblique est liée à une volonté sincère d’être fidèle à l’enseignement de Jésus et qu’en défendant l’inerrance biblique, les inerrantistes ont la réelle conviction de défendre la Bible. Toutefois, je pense aussi qu’on peut être sincère, mais sincèrement dans l’erreur et qu’en réalité la doctrine de l’inerrance est dangereuse pour le christianisme.

Une telle affirmation peut paraître extrême. Même sans y adhérer on peut se demander en quoi l’inerrance peut-elle être dangereuse ? A mon sens, elle est dangereuse tout simplement parce que si cette croyance se révèle fausse, elle peut être une cause de chute, car elle met le chrétien devant une fausse alternative.

Assez récemment, j’ai eu l’occasion d’étudier la « crise moderniste » durant laquelle l’inerrance a été discutée au sein de l’Eglise catholique. Ce qui m’a particulièrement frappé, ce sont les causes qui ont amené un certain nombre de catholiques, comme Ernest Renan ou Alfred de Loisy, à perdre la foi. Ils n’ont pas perdu la foi parce qu’ils ont constaté certaines erreurs dans la Bible. Ils ont perdu la foi parce que l’Eglise, sans répondre à leurs remarques, se contentait de répéter que cela n’était pas possible. Sans examiner sérieusement les objections soulevées, l’Eglise campait sur une position intransigeante qui était tout simplement indéfendable lorsqu’on étudiait les textes avec soin. La seule réponse possible étant la « politique d’autruche «  : se cacher la tête pour éviter de voir les problèmes.

Autruche

Or ce même problème se retrouve aujourd’hui dans certaines franges du monde évangélique. Ainsi, il n’y a pas si longtemps, j’ai pu lire mot pour mot ceci sur un site évangélique :

  1. Soit la Bible est infaillible dans tous les domaines
  2. Soit elle n’a aucune valeur

En réduisant le choix à ces deux alternatives, les défenseurs de l’inerrance causent de grands dommages, car si la personne s’aperçoit que la proposition 1) est fausse, alors elle basculera  dans l’opinion 2)

Ce « faux choix » est d’autant plus problématique que les inerrantistes évangéliques reproduisent exactement les mêmes erreurs que l’Eglise catholique au moment de la crise moderniste. Ils affirment haut et fort que la Bible est inerrante et pour appuyer cela, outre quelques versets sortis de leurs contextes, inventent des fausses contradictions qu’ils résolvent (« technique de l’homme de paille »), mais refusent toujours de s’attaquer aux « vrais problèmes ». Lorsqu’on leur propose de discuter de ces vrais problèmes, la réponse est toujours la même : « je n’ai pas le temps ». Une telle attitude est tout simplement désastreuse sur le long terme, et illustre parfaitement ce que les sociologues appellent le « paradoxe des conséquences ».

En sociologie, on parle de « paradoxe des conséquences », lorsque notre action aboutit au contraire de notre intention. L’intention des inerrantistes est de valoriser la Bible pour défendre son autorité. Mais en soutenant une position insoutenable, ils aboutissent au résultat contraire. En réalité, je pense que le fondamentalisme est le meilleur allié du libéralisme qu’il prétend combattre.

Inerrance biblique et rabbinisme

Un deuxième danger de l’inerrance est que cette doctrine pousse à déformer le sens du texte biblique. Pour résoudre les « contradictions apparentes », on en vient à inventer toutes sortes de théories totalement aberrantes qui permettent de concilier ces « contradictions apparentes ».

Les rabbins avaient déjà su faire preuve d’une grande imagination. Un exemple qui m’a toujours fait sourire est le cas de l’adultère de David avec Bethsabée. Le texte biblique affirme très clairement que David a commis un adultère avec Bethsabée. Mais en même temps, l’auteur du Psaume 51, que la tradition considère comme la prière de repentance de David après son adultère, affirme, s’adressant à Dieu : « J’ai péché contre toi seul, et j’ai fait ce qui est mal à tes yeux, en sorte que tu seras juste dans ta sentence, sans reproche dans ton jugement. »

Affirmation étonnante de la part de quelqu’un qui vient de commettre un adultère et de faire assassiner le mari ! Le minimum serait quand même de reconnaître dans ce cas qu’il a péché contre Dieu, mais aussi contre ce pauvre Urie. Pour résoudre ce problème, les rabbins ont donc inventé une théorie très ingénieuse pour expliquer qu’en réalité David n’a jamais commis d’adultère avec Bethsabée, même si le texte biblique prétend explicitement le contraire.

Ce cas peut paraître caricatural, mais les fondamentalistes évangéliques savent faire aussi bien. Du côté évangélique, une belle illustration de ce genre de pratiques nous est fournie par les théories concernant les récits de la résurrection. Au lieu de reconnaître honnêtement que les récits des différents évangiles présentent entre eux des divergences, on en vient à élaborer des théories complètement farfelues pour tenter de les concilier. Ce genre d’élucubrations, qui ne convaincra que les convaincus, tend plus à décrédibiliser le christianisme qu’autre chose. Par ailleurs, en prenant l’habitude de déformer les passages historiques pour gommer les divergences, on risque très vite, sans s’en rendre compte, de se mettre à faire la même chose pour les textes doctrinaux.

La perfection de la Bible

Cela veut-il dire que la Bible n’est pas parfaite ? Au contraire, j’affirme haut et fort le contraire. La Bible est parfaite, car la manière dont elle est conçue lui permet de remplir idéalement le rôle pour lequel elle a été conçue. Je résumerai cela en deux points

  1. La Bible est suffisamment fiable pour qu’on puisse croire à son témoignage (Luc 24 : 27)
  2. Mais la Bible n’est pas inerrante pour ne pas faire d’ombre à la personne dont elle rend témoignage, et qui est la seule véritable « Parole de Dieu » (Jean1 : 1)

La fiabilité de la Bible

D’une part la Bible est suffisamment fiable pour rendre témoignage de la personne de Jésus de Nazareth. Ce point sera développé plus en détail dans une prochaine série, j’évoquerai donc simplement deux idées :

-Une fiabilité de la transmission : Les textes de la Bible sont les mieux transmis, et sans comparaison aucune, de l’Antiquité. Cela est particulièrement vrai pour le Nouveau Testament, les nombreuses traductions, copies et citations, font que grâce à nos méthodes de critique textuelle, nous pouvons connaître avec certitude le texte original. Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas des divergences, mais ces dernières sont parfaitement repérables dans le texte et, la plupart du temps, n’ont de toute façon aucune incidence sur le sens du texte.

-Une fiabilité du contenu: Le contenu est aussi fiable d’un point de vue historique. De nombreux indices internes, mais aussi des preuves externes (découvertes archéologiques, récits d’historiens païens, etc.) viennent confirmer l’historicité des récits bibliques.

 La Parole de Dieu : Jésus de Nazareth (7)

Cependant, elle n’est pas infaillible car elle n’a pas vocation à remplacer la Parole de Dieu faite chair : Jésus. En effet, contrairement à d’autres religions, le christianisme ne conçoit pas la Parole de Dieu comme un Livre mais comme un Homme. Les Ecritures rendent témoignage de la Parole de Dieu, mais ne sont pas un synonyme de « Parole de Dieu ».

Lorsque Jésus s’apprêtait à quitter ses disciples il leur a promis de leur envoyer l’Esprit. Le danger de l’inerrance biblique est de remplacer l’Esprit par la Bible. Cette doctrine a explicitement été formulée dans ce qu’on appelle le « cessationisme » : les dons de l’Esprit, dont parle l’apôtre Paul, n’étaient valables que pour la génération apostolique, en attendant justement que la Bible soit achevée. L’achèvement de la Bible a rendu obsolète ces dons. Ainsi, la Bible a remplacé les manifestations de l’Esprit. (8)

Inerrance biblique et orgueil

Enfin, je pense que la non-inerrance est aussi là pour nous préserver de l’orgueil. J’ai particulièrement été frappé de voir comment dans certains débats,notamment sur la théorie de l’évolution, cette doctrine pouvait rendre les chrétiens orgueilleux. Parce qu’ils sont persuadés de détenir la vérité, les chrétiens ne se soucient même pas de l’avis des différents spécialistes mais se pensent habilités à se prononcer sur toutes les questions, y compris (surtout ?) celles qu’ils ne maitrisent pas. Or, il me semble que cette attitude est fondamentalement contraire au principe « de l’esprit corporatif » véhiculé par l’Evangile. Cependant, cette question mériterait d’être davantage creusée et j’espère l’approfondir dans les semaines ou les mois à venir, afin de partager mes réflexions avec vous.

Conclusion

Les problèmes de l’inerrance

Pour résumer brièvement, je pense que la doctrine de l’inerrance comporte deux faiblesses majeures.

a) La première c’est qu’elle est basée sur un présupposé anachronique, au moins pour l’Ancien Testament, En effet, la doctrine de l’inerrance biblique affirme que les textes bibliques sont inerrants dans leurs manuscrits originaux. Cela suppose donc l’existence d’un manuscrit original pour chaque livre qui aurait été ensuite continuellement copié sans changement par les différents scribes. Si une telle idée peut être acceptée pour le Nouveau Testament, elle  n’a aucun sens pour les périodes précédentes comme je l’ai expliqué dans un article précédent.

b) Par ailleurs, la doctrine de l’inerrance n’est défendable qu’en restant dans le domaine de la spéculation. Mais dès lors qu’on aborde les problèmes concrets et qu’on en vient à des passages précis, les inerrantistes désertent massivement la discussion et laissent les questions sans réponse. Ce refus de traiter les problèmes est une position insoutenable sur le long terme.

Les conséquences de l’inerrance biblique

L’adhésion à l’inerrance biblique peut entrainer deux problèmes principaux :

a) Un mauvais fondement de la foi qui peut conduire à la perte de celle-ci. En remplaçant Christ par la Bible et en pensant que l’inerrance biblique est indispensable au christianisme, le chrétien se place en grand danger puisque la découverte d’éléments invalidant l’inerrance biblique peut alors très vite le conduire à la perte de la foi chrétienne. En revanche, une foi fondée directement sur Christ ne peut pas être ébranlée.

b) L’orgueil et la violence. Tous les inerrantistes, et heureusement (!), ne sont pas orgueilleux et violents, mais un survol historique et mon expérience personnelle m’ont montré que cette doctrine était très favorable au développement de ces deux sentiments pour les raisons que j’ai explicitées un peu plus haut.

Le chrétien face à la Bible

Enfin, en conclusion, je dirai que face à la Bible, chaque personne peut avoir deux attitudes :

  1. L’aborder avec des préjugés et tordre les textes pour les adapter à nos préjugés. Ces préjugés peuvent être aussi bien des préjugésfondamentalistes (la Bible ne peut pas faire d’erreurs historiques) quelibéraux (les miracles sont impossibles)
  2. Aborder le texte tel qu’il se présente à nous et essayer de comprendre pourquoi Dieu l’a voulu ainsi.

C’est cette deuxième option que j’ai choisie. Je termine donc en disant que je n’adhère pas à l’inerrance biblique, non parce que celle-ci aurait été impossible, non parce que je doute des miracles, mais parce qu’une étude approfondie des textes contredit cette position et que s’il en est ainsi, ce n’est pas que Dieu a mal fait les choses, mais simplement qu’Il n’a pas voulu que la Bible soit inerrante. Libre à nous de l’accepter ou de le refuser.

Note

(1) Pour plus de détails sur cette question, voir ma série d’articles sur la Septante :Sommaire des études sur la Septante, où j’illustre mes différentes affirmations par des passages très précis. Pour un exemple précis de modification textuelle reprise par les auteurs du Nouveau Testament, on peut signaler la citation d’Amos 9 dans le discours de Jacques. 

(2) Voir mon article sur les trois sens des Ecritures qui s’inspire de cette théorie, sans la reprendre totalemen

(3) Article à venir

(4) Au sein de l’Eglise catholique, la doctrine de l’inerrance a commencé à être remise en cause lors de la « crise moderniste », avec notamment les travaux de l’Ecole Biblique de Jérusalem. Elle a été définitivement abandonnée par les autorités ecclésiastiques après le concile Vatican II et le dernier catéchisme publié par le Vatican, le Youcat, approuvé par Benoît XVI, affirme expressément la non-inerrance de la Bible.

(5) J’espère avoir l’occasion dans les années à venir de rédiger un mémoire sur cette question. Si c’est le cas, je publierais les résultats de mes travaux sur ce blog

(6) Sur ce sujet, on peut consulter le livre de Sébastien Fath, Militants de la Bible aux Etats-Unis (2004), qui offre une première introduction et contient une bibliographie intéressante pour ceux qui veulent approfondir la question. Il a fallu attendre 1995 pour que la Convention se repente officiellement de son passé ségrégationniste.

(7) Voir mon article précédent : Religion du Livre et Parole de Dieu

(8) Une série d’articles sera consacrée à ce sujet

About David Vincent
Chrétien. Etudiant en histoire & sciences religieuses. Blogueur : didascale.com

Philosophie inexistentialiste, l’anti-humour et le fatalisme (si vous aimez ne pas rire)

Jean-Paul Sartre, cet ennuyeux philosophe humaniste-existentialiste, se plaint encore sur l’épaule de celui qu’il croit naïvement être son ami et confident, l’ineffable inexistentialiste aux propos fatalistes et sans équivoque:

– J-P Sartre: « Mon bon ami, le monde ne se rend pas compte de tout le mal qui se fomente depuis la nuit des temps. Il est plus que temps que le monde s’ouvre les yeux

– inexistentialiste: « je ne vois pas pourquoi l’imbécile heureux augmenterait sa peine. Il est préférable de se fermer les yeux que de s’ouvrir les veines »…

Jean-Paul Sartre, cet humaniste-existentialiste et braillard notoire, célèbre le mariage, de celui qu’il considère naïvement comme un frère, l’imperturbable inexistentialiste, cet inconnu, sauf de Dieu. L’inexistentialiste, en ce jour unique dans la vie d’un homme, fait la preuve de tout son romantisme lors de l’échange des voeux:

– J-P Sartre: « mon cher ami, acceptez-vous de prendre pour épouse, cette femme imaginaire et ce, jusqu’à ce que la mort vous sépare »?

– l’inexistentialiste: C’est que, voici, mes chers convives, je dois vous instruire à ce sujet, car la mort n’existe pas, qu’elle n’est que le résultat d’une absence de vie. La mort n’a pas d’entité et n’a donc pas le pouvoir de séparer qui que ce soit. Ainsi, il est donc impossible que ce soit la mort qui nous sépare, faute d’existence.

Trinité (par Gilles Veuillet)

Bien que je ne sois pas trinitaire, je me suis dis que malgré tout, c’est un sujet qui peut en intéresser plus d’un. Un de mes contact a rédigé un article qui peut susciter de l’intérêt parmi les lecteurs de ce site, alors, je vous en fais part.

– Patrick Galarneau, administrateur

Enseignements bibliques sur la Trinité


Six tableaux tirés de mon étude: Le Saint-Esprit dans la Trinité en regard du croyant, bientôt disponible sur ce site. Les notes se réfèrent à ce document.


  1. L’œuvre Trinitaire
  2. Le caractère trinitaire de Dieu (Jean 1,1-18)
  3. La Personne du Père
  4. La Personne du Fils
  5. La Personne du Saint-Esprit
  6. L’office du Saint- Esprit

L’œuvre Trinitaire
Référence Fraction de verset Affirmation Vérité enseignée
Apocalypse 19,13 Le Fils est la Parole Jésus-Christ est la Révélation de Dieu
Hébreux 1, 2 a / b Il est la révélation dernière de Dieu
Jean 1, 4 b / b Le Logos vivant est révélation pour nous
Jean 1, 18 Le Dieu invisible est révélé par son Fils
Jean 1, 17 a / b Moïse médiateur de l’A.T Christ est l’unique médiateur de la nouvelle dispensation de l’alliance de grâce
b / b Christ médiateur du N.T
Jean 14, 16 a / b Il est la voie véritable
b / b Il conduit au Père
1 Timothée 2, 5 Il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes
Marc 14, 24 La Nouvelle Alliance est conclue par le sang de Jésus
Jean 1, 12 a / b Par Lui, le Père adopte Le Père adopte en Jésus-Christ
Jean 1, 13 a, b / b Le Père est la cause souveraine de l’adoption
Jean 14, 16, 17 b / b et c / c Unité du Fils et de l’Esprit L’Esprit de Christ en le croyant réalise la présence du Christ glorifié dans les âmes
Jean 14, 17 a / c L’Esprit est le privilège exclusif du croyant
Jean 16, 7 L’Esprit répandu remplace Christ
Apocalypse 19,10 L’Esprit témoigne de Jésus L’Esprit Saint témoigne de la double nature de Christ, signifiée en son incarnation
1 Jean 4, 2 L’Esprit qui confesse Jésus incarné est de Dieu

Le caractère trinitaire de Dieu (Jean 1,1-18)
Référence Fraction de verset Affirmation Vérité enseignée
1,1 a/c b/c Préexistence du Logos, distinction Logos/Dieu Divinité du Logos (hypostase [personne] distincte de Dieu le Père)
1,2 d/c a/a Divinité du Logos, éternité du Logos
1,3 a, b/b Par Lui tout a été créé Le Logos est agent de la Création
1,4 a/b Il est vie, pas une force Le Logos vivant est révélation pour le monde
b/b Il éclaire les hommes
1,10 a/c Immanent au monde Il est immanent et transcendant à la fois
b/c Transcendant au monde
d/c Inconnaissabilité au monde
1,14 a/d Incarnation du Logos, Il a gardé sa divinité dans son incarnation Incarnation du Logos, unique engendré du Père
b, d/d, c/d Fils monogène du Père
1,18 a/c Invisibilité du Père Le Logos (Fils de Dieu) est pleinement homme et pleinement Dieu
b, c/c Visibilité du Père

La Personne du Père
Référence Fraction de verset Affirmation Vérité enseignée
Jean 1,14 c/d Le Père a engendré (uniquement) le Fils (aussi Hébreux 1,5) Paternité divine
Jean 14,10 a/c Le Père et le Fils sont Un Unité Père / Fils
Jean 14,16 b/b Le Père donne l’Esprit (le Paraclet)
Jean 8,18 Il témoigne du Fils
Jean 8, 49 Il glorifie le Fils

La Personne du Fils
Référence Fraction de verset Affirmation Vérité enseignée
L’emploi et la signification du terme de Logos exprime l’idée d’une union intime entre la Parole incarnée, et la Parole écrite; ce que confirme les passages suivants:
Proverbes 3,19-20 La Sagesse divine est agent de la Création Le Fils est Sagesse du Père
La Sagesse est préexistante au monde
Proverbes 8,22-31 La Parole est éternelle Divinité de la Parole
La Parole est agent de la Création
Psaume 119,89 Le Fils est agent de la Création
Hébreux 11,3 Le Fils est la Parole de Dieu Identification Fils / Parole
Hébreux 1,2
Apocalypse 19, 13, 16
Le Logos écrit est l’émanation du Logos incarné
Jean 2,24 b/b Omniscience du Fils Attributs divins
Jean 3,13 b/c Transcendance du Fils
Jean 5,18 c/c Le Fils est Dieu autant que le Père Le Fils est consubstantiel au Père
Colossiens 2,9 Le Fils est pleinement Dieu dans la chair
Jean 14,10 a/c Unité du Père et du Fils (aussi 14,20 et 17,22,23) Unité du Père et du Fils (une seule volonté, pensée et opération)
( 7 )
c/c Paroles et œuvres du Fils ont leur source dans le Père (aussi Jean 5, 17, 18 )
Jean 14,29-28 c/c Le Père est plus grand que le Fils Le Fils est subordonné au Père (non en essence mais en mode de subsistance)
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Jean 14,31 b/c Le Fils fait ce que veut le Père (aussi Jean 5,19)

La Personne du Saint-Esprit
Référence Fraction de verset Affirmation Vérité enseignée
Actes 5,3,4 Le Saint-Esprit est Dieu (distinct du Père) Divinité de l’Esprit-Saint
Jean 14,16,17,20 L’Esprit est Un avec le Fils Unité Fils/ Esprit
Jean 15,26 b / d Le Fils envoie l’Esprit L’Esprit procède du Père et du Fils
c/ d Il procède du Père
Galates 4,6 L’Esprit est du Fils
1 Corinthiens 2,10,11 L’Esprit sonde tout L’Esprit est omniscient

L’office du Saint- Esprit
Référence Fraction de verset Affirmation Vérité enseignée
Jean 14,20 b, c / c Union du croyant à Christ en Esprit Par l’Esprit, les croyants sont en communion avec le Fils et le Père, et entre eux
Jean 14,23 a, b / b Par la Parole implantée dans le croyant, celui-ci est en communion avec le Père
Jean 17,19-23 Les saints ont communion entre eux à l’instar de celle entre le Père et le Fils
2 Corinthiens 13,14 c / c La communion de l’Esprit est avec tous
Jean 14,26 b / b Il enseigne et remémore la Parole L’Esprit guide et enseigne les croyants de la vérité révélée
Jean 15,13 b / e Il conduit dans la vérité
c, d / e Il ne révèle rien d’autre que sur Christ
e / e Il annoncera les événements apocalyptiques
Jean 15,14 a / b Il glorifie Christ Il est tourné vers Christ
Apocalypse 19,10 et 14,26 d / d Il rend témoignage de Christ
Éphésiens 1,13 c / c Il scelle les croyants L’Esprit est un sceau, il assure les croyants de leur adoption
Romains 8,15 a / c L’esprit n’enchaîne pas
b, c / c Il rend conscient de notre filialité
Romains 8,26 a / c L’esprit aide, secourt L’Esprit est une aide aux croyants, mais l’’incrédulité s’oppose à Lui
b, c / c L’Esprit intercède
Éphésiens 4,30 a / b Il peut être attristé
Éphésiens 5,18 b / b Il faut toujours en rester rempli
Actes 7,51 L’incroyance lui résiste
Galates 5,17 L’esprit est opposé à la chair
Jean 16,18 a / c Il convainc de péché L’Esprit condamne l’incroyance et justifie ceux qui croient
b / c De justice
c / c De jugement
Jean 6,63 a / b C’est l’esprit qui vivifie L’Esprit vivifie, régénère et sanctifie
1 Corinthiens 6,11 Il sanctifie (aussi Romains 15,16)
Tite 3,5 Il renouvelle, régénère
Éphésiens 6,17 L’épée de l’Esprit est la Bible Parole et Esprit œuvrent ensemble
Apocalypse 19,10 L’Esprit de prophétie est le témoignage de Jésus
1 Thessaloniciens 5,19 Le mépris des prophéties éteint l’Esprit
Actes 1,2 Par l’Esprit Jésus a donné des ordres aux Apôtres L’Esprit a parlé par les Apôtres et les prophètes
Matthieu 10,19,20 L’Esprit parlera par la bouche des Apôtres
Éphésiens 3,5 Le mystère de Christ est révélé aux Apôtres et aux Prophètes
1 Corinthiens 12,13 L’Église se forme par le baptême spirituel L’Esprit forme l’Eglise et l’édifie, il lui accorde les dons nécessaires
1 Corinthiens 12,7 La manifestation de l’Esprit est en vue de l’utilité (édification, exhortation et consolation Cf. 1Cor 14,3)
Actes 20,28 L’Esprit établit des anciens
Gilles VEUILLET – Auteur/éditeur de sites internet et publications chrétiennes – Envoyez vos questions, remarques ou commentaires par courriel à gillovy@gmail.com

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